Petite réflexion sur la journée de la femme

Je voudrais exprimer quelques mots sur la journée de la femme, que m’a inspirée cette journée. Il y a une question que je me pose chaque année, le 8 mars: quelle est la raison d´être de la journée de la femme? Autrement dit, pourquoi les femmes sont-elles « honorées » d’une telle journée spéciale? Cette journée a-t-elle véritablement une raison d’être? Est-il nécessaire de maintenir ce jour? Faut-il même poursuivre « la lutte pour l´égalité entre les femmes et les hommes »? Je trouve important d´essayer de répondre à ce genre de question chaque année. C‘est l’occasion de mettre en balance les acquis et les reculs en matière de droits, surtout dans le domaine social.

Mon but n´est pas de répéter ou de ressasser les exemples traditionnels ou habituels qu´on rappelle constamment dès qu’il s’agit d’évoquer la question de la discrimination, qui perdure encore dans la société, pour justifier la célébration du 8 mars (comme les inégalités femmes-hommes dans le marché du travail, les problèmes liés à la maternité, etc.), mais plutôt de vous faire réfléchir à une inégalité très particulière, qui m’est rappelée et qui m´étonne chaque fois que je pars à l´étranger.

Je m´appelle Irati Aizpurua Alquezar. Mon prénom est Irati, et mes noms (oui, au pluriel, les noms) sont Aizpurua et Alquezar (en fait, je pourrais mentionner jusqu´au huit noms de famille). Néanmoins, dans presque tous les États européens (à l´exception, à ma connaissance, de l´Espagne et du Portugal) les enfants ne conservent que le nom de famille du père. De plus, dans quelques cas, la femme change son nom pour celui de son mari. Par conséquent, ma petite réflexion autour de la journée de la femme sera la suivante : Comment peut-on parler d´égalité entre femmes et hommes quand, encore au XXIe siècle, le nom de la femme disparaît légalement à travers l’événement du mariage, et n’est pas transmis à ses propres descendants,  lorsqu´elle enfante? Faut-il rappeler que le nom est l´une des caractéristiques la plus intime de la personne?

Néanmoins, ce n´est pas seulement la législation en vigueur, absolument discriminatoire, qui me paraît étonnante. Le fait de constater qu´il y a encore beaucoup de femmes qui ne mettent pas en doute ces normes, qu’elles acceptent comme une évidence et confirment par leur passive acceptation, est encore plus troublant. Vous pourriez penser également que ce problème concernant les noms de famille n´est qu´une inégalité mineure en comparaison avec d´autres « véritables » discriminations comme l´écart salarial ou la violence sexiste. Toutefois, je trouve que chaque fois qu´un enfant adopte le nom du père, la mère-femme devient invisible à l´égard de la société,  toute liaison formelle-administrative ayant disparue. De plus, chaque fois qu´une femme décide de changer son nom après le mariage, sans avoir bien réfléchi aux origines de la norme, une partie de la femme elle-même disparaît. Si une telle discrimination devait sembler « simplement symbolique » à certains ou certaines, alors il faut être tout à fait clair : cette inégalité symbolise parfaitement toute les autres. Peut-être même qu’elle les rend possible, en contribuant à les faire apparaître comme « naturelles », évidentes, voire nécessaires.

Comme je l´ai dit au début de cette petite réflexion sur la journée de la femme, il ne s’agit que d’un petit exemple d´une inégalité perdurant dans nos sociétés européennes, l’exemple de discrimination qui n´est pas toujours interrogée ou bousculée, et qui ne fait pas partie des discours communément véhiculés par les média.

En attendant que la législation au niveau européen change, je devrai continuer à expliquer que, oui, j´ai deux noms (et j´adore dire les deux) : l´un de mon père et l´autre de ma mère, c´est-à-dire, les noms de mes parents.

Irati Aizpurua Alquezar, EFAy President

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