Vers la fin du « logiciel austéritaire » en Europe ?

En décidant de ralentir le rythme de la consolidation budgétaire, la Commission européenne a-t-elle pris un virage économique décisif pour sortir de la crise économique actuelle ?

 

Le Pacte de Stabilité et de Croissance

Le Pacte de Stabilité et de Croissance a été adopté en juillet 1997. Il permet une coordination des politiques économiques des Etats membres au sein de la zone euro (17 Etats sur les  27 de l’Union européenne). En effet, au sein d’un même espace monétaire, la coordination de la politique économique est nécessaire afin d’éviter l’éclatement près duquel nous sommes passés ces 4 dernières années.

Ce pacte prévoit, parmi plusieurs critères, qu’un Etat membre (Etat, Sécurité Sociale, collectivités territoriales) n’ait pas un déficit public supérieur à 3% de son Produit Intérieur Brut (PIB) ce qui correspond à une limite de 60 milliards d’euros pour la France, (il a été d’un peu plus de 90 milliards d’euros en 2012). De plus, la dette publique, c’est-à-dire le cumul des déficits passés, ne doit pas dépasser le seuil de 60% du PIB, ce qui correspond à une limite de 1200 milliards d’euros pour la France (la dette française représente environ 1800 milliards d’euros aujourd’hui).

Ce pacte prévoit aussi qu’un Etat membre qui ne respecte pas ces critères est dans l’obligation de revenir dans ‘‘les clous du pacte’’ très rapidement. Or, avec la crise économique, tous les Etats ou presque (24 sur 27 en 2012 !) sont dans cette procédure de ‘‘déficits excessifs’’ et le marasme économique ne permet pas une sortie durable et soutenable en si peu de temps.

Vers un changement de doctrine économique ?

Le 3 mai dernier, en donnant un ‘‘répit’’ de 2 ans à la France et à l’Espagne mais probablement aussi au Portugal, et un allongement d’1 année à la Slovénie, les Pays Bas et la Pologne pour revenir dans  « les clous » du Pacte de Stabilité et de Croissance, la Commission européenne, à travers son très libéral Commissaire européen en charge de la politique économique et monétaire : Olli Rehn, a décidé, enfin serait-on tenté de dire, de lever -un petit peu- le pied sur le rythme auquel les Etats membres doivent remettre leurs comptes publics en ordre.

Certains commentateurs, surtout les libéraux -les plus orthodoxes-  considèrent que ce répit est un ‘‘cadeau’’ fait à des pays qui ne font pas d’efforts quand d’autres, souvent trop optimistes quant à l’évolution de la situation économique, crient à la fin du dogme du ‘‘tout austérité’’. En réalité, la vérité est tout autre.

La Commission européenne ouvre les yeux mais persiste

Après 5 ans de crise, la Commission européenne, et son Président : José Manuel Barroso, a dû reconnaître une évidence absolue, qu’elle semblait être la dernière à ne pas avoir vu d’ailleurs : en période de faible croissance ou de récession, la consolidation budgétaire simultanée de tous les Etats membres basée sur la baisse massive de la dépense publique, couplée à une augmentation violente des impôts, ne peut avoir que des effets récessifs pro-cycliques, c’est-à-dire qu’ils accentuent la crise économique nécessitant toujours plus de coupes budgétaires et une hausse des impôts.

Dès lors, en reconnaissant cette évidence, ce n’est pas un cadeau que la Commission européenne fait à la France, l’Espagne, le Portugal ou la très ‘‘sérieuse’’ et ‘‘nordique’’ Hollande, d’autant plus que ce délai n’est octroyé qu’en échange d’un sérieux budgétaire strict qui doit se traduire par des réformes structurelles lourdes (réforme du marché du travail, réforme des retraites…). Ainsi, ceux qui critiquent ce délai comme un abandon de sérieux, devraient plutôt se réjouir de ne pas voir l’austérité dépressive se généraliser plus longtemps.

Ces réformes, que la Commission n’imagine que libérales par ailleurs, sont la raison pour laquelle les opposants à l’austérité, le Président François Hollande en tête, ne devraient pas considérer ce délai comme une victoire sur l’austérité, tant les réformes qui s’annoncent dans les 18 prochains mois seront compliquées à mettre en place.

Rendez-vous le 25 mai 2014

Ce changement de la part de la Commission européenne  n’est pas un changement de doctrine mais un ajustement à la réalité. Les peuples européens sont en train d’être brisés par cette politique économique et le disent lors des élections. D’ailleurs, la progression des partis poujadistes, extrémistes voire fascistes ou néo-nazis en Europe doivent être pris très au sérieux.

Le changement de doctrine économique ne pourra voir le jour éventuellement qu’aux élections européennes du 25 mai 2014, quand les 500 millions d’Européens éliront leurs 751 députés et leur Commission européenne.

Roccu GAROBY

EFAy President

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