L’Union européenne, ce géant inexistant

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Première puissance économique, malgré la crise qui la traverse, l’Union européenne est inexistante sur la scène politique internationale. Est-ce irrémédiable ou souhaitable?

L’Europe façonnée par le commerce

Nul ne peut le nier, l’Europe s’est construite par l’économie. Le raison initiale était simple, d’une part il fallait reconstruire l’Europe, dévastée par six ans de guerre, par le commerce et d’autre part, il fallait créer une paix entre la France et l’Allemagne, et pour cela, resserrer les liens économiques entre les deux pays, à un tel point qu’il devienne inenvisageable, voire impossible, de se désunir ensuite. La paix par le commerce non plus par la politique, en somme. Après tout, le politique n’avait-il pas échoué durant l’entre deux guerres, entre l’esprit de vengeance des Allemands humiliés par le traité de Versailles de 1919 et le désir de domination impérialiste d’une France qui voulait faire payer au quintuple le prix de la guerre?

En 1951, est signé le traité CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) qui avait pour but de rapprocher les économies de 6 pays (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) dans deux domaines économiques clés : le charbon, donc l’énergie nécessaire à toute vie économique, et l’acier, matière de base nécessaire pour la construction comme pour le militaire. Six ans plus tard, les six mêmes Etats ratifient le traité CEE (Communauté Economique Européenne) qui instaure un véritable marché commun entre eux.

Devenue un géant économique

Aujourd’hui, 28 états européens partagent le même marché commun et commercent ensemble. Nul ne peut le contester, le commerce a eu pour but d’assurer une paix durable pendant plus de 60 ans , ce qu’aucun traité politique n’avait su faire durant les deux siècles précédents.

Ainsi, l’Europe s’est construite grâce à l’économie, à tel point qu’aujourd’hui elle est devenue, malgré la crise violente qui la frappe, la première puissance économique au monde, le plus grand marché intérieur, le premier exportateur et le premier importateur au monde en étant, de facto, la première puissance commerciale de la planète. En dépit de l’immense crise financière, économique, sociale et environnementale de laquelle l’Union Européenne n’est toujours pas sortie, l’UE a les moyens, et le devoir, de peser sur les normes sociales et environnementales mondiales, sur la règlementation financière et économique internationale, ou encore sur le respect des droits de l’Homme et des peuples.

Pourtant, l’Union ne pèse pas sur la scène politique internationale bien qu’elle soit la première donatrice d’aide humanitaire au monde. En fait, sa force politique, diplomatique et militaire est inversement proportionnelle à sa puissance économique : c’est-à-dire inexistante.

Un nain politique

Tout remonte à 1954, quand l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas qui avaient déjà ratifié la Communauté Européenne de la Défense (CED), et l’Italie, qui était en train de finaliser son processus de ratification, n’attendaient plus que la France pour créer, neuf ans seulement après la fin de la seconde guerre mondiale, une armée européenne intégrée, point de départ d’un processus d’intégration politique. Malheureusement, la moitié des socialistes français s’est alliée aux communistes, hostiles à toute armée qui puisse faire de l’ombre à Moscou, et aux gaullistes, opposés à toute instance supranationale qui puisse affaiblir la France, et fait échouer le projet d’une armée commune qui aurait été le point de départ d’une Europe politique.

De cet échec, dont les socialistes français portent l’essentiel de la responsabilité, l’Europe ne s’est jamais relevée puisque plus jamais l’intégration politique n’a pu reprendre sa marche en avant, malgré quelques relances fragiles comme, en 1992, avec le traité de Maastricht qui a octroyé pour la toute première fois du pouvoir au Parlement européen, et en 2007 avec le traité de Lisbonne, qui renforce encore les pouvoirs du Parlement, seule institution élue au suffrage universel direct.

L’union des extrêmes

En fait, le paradoxe de cette faiblesse vient du fait que des hommes et des femmes politiques qui n’ont rien en commun, d’un point de vue politique, se sont objectivement associés pour mettre à mal l’Europe politique : que ce soit des souverainistes, comme le Général de Gaulle qui voulait que toute les décisions se prennent à l’unanimité dans une vision intergouvernementale de l’Europe; que ce soit des libre-échangistes, comme Margareth Thatcher, la Premier Ministre Britannique de 1979 à 1990, qui voulait élargir l’Europe le plus vite et le plus loin possible pour élargir le grand marché européen ; que ce soit l’extrême gauche ‘‘révolutionnaire’’, comme Mélenchon qui veut une Europe sociale ‘‘pure et parfaite’’ avant de donner son accord à quoi que ce soit; ou que ce soit l’extrême-droite, qui croit que les frontières d’hier doivent être érigées en murs pour nous protéger de l’étranger -différent et donc dangereux- et du monde de demain.

Aujourd’hui, l’Europe est inexistante sur le dossier syrien, comme elle le fut hier sur le dossier yougoslave ou malien. Les Etats membres font de leur mieux pour la fusiller de l’intérieur. L’Allemagne, ‘‘la repentie’’, a peur de prendre les armes et préfère se cacher derrière son lourd passé ; la France, ‘‘la belliqueuse’’, est tout fière de faire croire qu’elle compte encore sur la scène militaire internationale à défaut de pouvoir rivaliser commercialement ; la Grande Bretagne, ‘‘l’insulaire’’, croit toujours que sa diplomatie est la plus influente alors qu’elle ne se comporte que comme l’appendice américain en Europe.

In fine, dans un monde de plus en plus multipolaire, avec la montée de nouvelles puissances comme la Chine, l’Inde, le Brésil… la faiblesse politique de l’Europe pousse la Russie et les Etats-Unis à se comporter comme si nous étions encore au temps de la guerre froide sans que ces deux pays n’aient la puissance politique ni l’autorité morale pour le faire.

Si Obama et Poutine ont tort de se comporter ainsi, ils y sont aussi forcés, et les Européens sont complices de cette re-bipolarisation du monde par isolationnisme passif.

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