Quel visage aura l’Europe dans un an ? (1ère partie)

image-upload

Le 25 ami 2014, nous éliront nos 751 dépués européens qui, à leur tour, éliront le Président de la Commission européenne, auditionneront les 27 autres commissaires européens avant, in fine, d’élire le collège de la Commission européenne dans son ensemble. Mais quel sera le visage de l’Europe en 2014 ?

Le Traité de Lisbonne et ses interprétations

L’article 17 du Traité sur l’Union européenne définit le mode de désignation, le Conseil européen (chef d’état et de gouvernement), en tenant compte des résultats des élections européennes, propose, à la majorité qualifiée, un candidat au Parlement européen qui doit l’élire à la majorité absolue des membres, soit 376 voix ‘‘pour’’ quelque soit le nombre de député présent le jour du vote. En cas de rejet du Parlement, le Conseil à 1 mois pour proposer, toujours à la majorité qualifiée, un autre candidat.

Bien que précis, l’article 17 est interprété de façon différente selon les institutions européennes, les politiques et surtout les objectifs menés par chacun. Ainsi, les chefs d’état et de gouvernement considèrent qu’ils ont toujours la main sur la désignation du Président puisque c’est à eux que revient le pouvoir de proposer le nom. Certes ils doivent tenir compte des résultats des élections mais ils espèrent, comme toujours, imposer leurs décisions aux députés européens qu’ils considèrent, bien -trop- souvent, comme des hommes politiques à leurs ordres.

De son coté le Parlement considère que c’est à lui que revient le droit d’élire le Président et espère donc refuser le candidat du Conseil européen pour lui imposer le sien. Ce qui est légalement vrai mais ce qui pourrait s’avérer politiquement beaucoup plus difficile.

Les écologistes, les libéraux et les socialistes européens sur les rangs

Pour pouvoir avoir une chance d’imposer son choix aux chefs d’état et de gouvernement, ce qui serait un renversement de pouvoir inédit au profit du Parlement européen ce qui en ferait un évènement que souhaitable dans le but de construire une Europe plus démocratique, le Parlement européen a définit sa stratégie. Chaque parti politique européen doit désigner son ‘‘candidat’’ pour la Présidence de la Commission européenne qui aura ensuite en charge de former une coalition majoritaire qui le soutienne au Parlement européen. Libre à chaque parti politique européen de choisir son mode de désignation.

Les écologistes européens se sont lancés dans un processus inédit au niveau européen pour désigner 1 tandem, une primaire citoyenne européenne à laquelle Rebecca Harms (co-présidente du groupe Verts-ALE au Parlement européen) et José Bové, entre autres, participent.

Les libéraux n’ont par encore défini exactement leur mode de désignation mais le fédéraliste Guy Verhofstadt, ancien Premier Ministre Belge (1999-2008) et Président du groupe Libéral au Parlement européen, est sur les rangs mais nombre de ses collègues ‘‘faucons’’ (ultralibéraux et de plus en plus eurosceptique) ne souhaitent pas voir aboutir cette candidature clairement fédéraliste.

Les socialistes européens préparent un congrès pour désigner leur héraut. Le Président du Parlement européen, l’allemand Martin Schulz, fait clairement campagne pour être porter par son parti mais là encore d’autres candidatures pourraient voir le jour pour barrer la route au très combatif Schulz.

La droite complètement perdue

Enfin, le plus grand parti du Parlement européen, le PPE (Parti Populaire Européen, droite), est complètement perdu. D’un coté il souhaite renforcer le parlement européen et la démocratie européenne en donnant un visage à la campagne électorale. D’un autre coté, la majorité des chefs d’état et de gouvernement européen sont issus de son rang et ne souhaitent pas perdre la main sur la désignation du prochain chef de l’exécutif européen. Ainsi certaines candidatures sur plus ou moins connues.

Ainsi, l’actuel Président de la Commission européenne, le portugais José Manuel Barroso, qui a déjà fait 2 mandats de 5 ans pour un bilan qui tient sur la paume d’une main, ne dément pas son intérêt pour un 3ème mandat même si en réalité il vise plus le poste de Secrétaire Général de l’ONU ou à défaut de l’OTAN. Sa Vice-présidente, la luxembourgeoise Viviane Reding qui a déjà effectué 3 mandats en tant que commissaire européenne, a annoncé son désir de briguer le poste de Présidente si Barroso n’y allait pas. Un autre commissaire européen PPE est sur les rangs, le français Michel Barnier qui se veut être le ‘‘Delors de droite’’, fédéraliste, modéré et ouvert.

Mais au PPE, il faudra compter aussi, et surtout, avec les chefs d’état et de gouvernement qui devront composer aussi avec d’autres nominations en 2014 comme le poste de Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères, aujourd’hui tenu par Catherine Ashton, membre de la Commission européenne et équivalent d’un Ministre des affaires étrangères européen, ou encore le Président du Conseil européen, aujourd’hui tenu par Herman Van Rompuy. Le tout devra être fait en tenant compte des équilibres politiques (droite-gauche), géographiques (nord-sud, est-ouest), de genre (homme-femme)… Un vrai casse-tête pour le PPE qui pourrait in fine ne pas présenter de candidat officiel préférant un conclave postélectoral pour arbitrer tout cela dans l’ombre.

La démocratie européenne meurt de l’absence de clivage politique clair et compréhensible pour les citoyens (droite-gauche, fédéraliste-souverainiste, pro-liberté-conservateur, environnementaliste-productiviste…) alors que de plus en plus de décision se prennent à Bruxelles. Mais elle se meurt aussi par l’absence de visage pour incarner l’exécutif européen.

Quelque soit le Prochain Président de la Commission européenne, il devra incarner l’Europe. Donnons un visage à Bruxelles !

Roccu GAROBY

Advertisements