Le cœur de l’Ukraine bat en Europe

Jeudi 28 novembre dernier, à Vilnius, la capitale de la Lituanie, l’Ukraine et l’Union Européenne (UE) auraient dû  signer un accord d’association, première étape vers une future possible adhésion de l’Ukraine à l’UE mais le Président ukrainien, le pro-russe Viktor Ianoukovytch, a tout fait capoter sous la pression du Président russe Poutine et s’est aliéné toute la jeunesse de son pays qui rêve d’Europe.

Un grand pays potentiellement riche mais très pauvre

L’Ukraine est un grand pays, du moins au niveau du continent européen avec ses 603 000 km² contre 552 000 km² pour la France métropolitaine, et peuplé de 45 millions d’habitants, ce qui en ferait le 6ème pays le plus peuplé de l’UE, à peine moins que l’Espagne avec ses 47 millions d’habitants, De plus, l’Ukraine est une grande puissance économique en devenir , avec ses ressources naturelles, son sous-sol qui fait partie des dernières terres européennes abritant encore des ressources naturelles, son industrie, quoique vétuste car datant de l’époque soviétique, et son tourisme avec ses stations balnéaires sur la mer Noire et notamment en Crimée. Mais ce sont surtout ses terres agricoles, considérées comme les meilleures du monde, qui donnent à l’Ukraine l’espoir d’un futur meilleur. D’ailleurs, le drapeau ukrainien fait l’éloge de ses terres avec ses 2 bandes horizontales de même taille, une bleue en haut représentant le ciel et une jaune, en bas, symbolisant les champs de blé.

Mais les Ukrainiens sont très pauvres, à l’exception d’une toute petite oligarchie corrompue et ayant accaparé toute les richesses du pays. Rendez-vous compte : le PIB/habitant, qui donne la moyenne de la richesse nationale par habitant, est en Ukraine 4 fois inférieur à celui de la France.

Le regard tourné vers Bruxelles mais l’économie vers Moscou

Après l’ère soviétique (1918-1991) et l’effondrement de l’URSS, l’Ukraine redevient indépendante et découvre la démocratie, la transition économique avec une économie libéralisée. Et comme toutes les nouvelles démocraties d’Europe de l’est, c’est le boom économique avec une croissance à 2 chiffres (12% en 2004). Les Ukrainiens croient alors que tout est réglé mais de profondes divisions demeurent dans le pays.

En effet, dans les années 1990 et le début des années 2000, l’économie ukrainienne, une fois libéralisée, se tourne résolument vers l’UE et l’occident alors que la plupart de ses importations, et notamment le gaz, viennent toujours de la Russie : celle-ci voyant d’un mauvais œil son propre affaiblissement allant de pair avec la montée en puissance de l’UE.

Les divisons du pays s’expriment sans violence, lors de la révolution orange de novembre-décembre 2004 quand 54% des Ukrainiens choisissent le libéral pro-européen Viktor Iouchtchenko, financé massivement par l’administration américaine et qui fait un « carton » dans l’ouest du pays avec des scores allant jusqu’à 96% ! De l’autre côté, 44% des Ukrainiens votent pour Viktor Ianoukovytch, le pro-russe et actuel président, avec des pics à 94% près  de la frontière russe.

Depuis, la révolution orange a explosé et échoué : la Russie ayant essayé d’empoisonner le leader de la révolution en réponse au financement américain et le camp pro-russe a gagné les dernières élections. Puis, à partir du milieu des années 2000, tout s’inverse : l’Europe, tout en restant attractive, s’enfonce dans la crise économique alors que la Russie, (re)mise en marche forcée par le Président russe Vladimir Poutine, retrouve des couleurs, du moins du point vue macro-économique. C’est ainsi que Poutine joue ses cartes dans la bataille avec de l’argent, le pétrole, le gaz, le tout accompagné de corruption, si besoin. En 2006 et 2008, la Russie ira jusqu’à couper tout simplement le gaz en plein hiver, menaçant de mettre fin aux tarifs ‘‘préférentiels’’ pour ses partenaires, dont l’Ukraine, si celle-ci continue de se tourner vers l’Europe.

L’Ukraine est un pont, pas un mur !

Encore une fois, Poutine a voulu jouer du porte-monnaie contre l’accord de partenariat EU-Ukraine, en promettant des investissements massifs en Ukraine et en assurant le financement de la campagne présidentielle du Président pro-russe Ianoukovytch, prévue en 2015. Pour cela, il a demandé que ce dernier ne signe pas l’accord de partenariat avec l’UE, ce qu’il a fait à la dernière minute, sans prévenir.

Mais ce que ni Poutine, ni Ianoukovytch ni même l’UE ne pouvaient pas prévoir, c’est la soif d’Europe qu’a la jeunesse ukrainienne et le peuple ukrainien. Dès le lendemain du refus du Président Ianoukovytch de signer l’accord, 100 000 manifestants descendaient dans les rues de Kiev, réclamant un futur tourné vers l’Europe.

En réalité, le cœur de l’Ukraine bat en Europe. Et l’erreur que font les Russes comme les Européens, c’est de croire que l’accord de partenariat EU-Ukraine qui ouvrera peut-être la voie, dans 10 ou 20 ans, à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE est un mur entre l’Ukraine et la Russie. Bien au contraire, c’est un pont! L’Ukraine, si elle adhère à l’UE, est et restera, le pont entre l’Europe et la Russie, comme le Royaume Uni l’est entre l’UE et les Etats-Unis ou la Turquie entre l’UE et le monde oriental. Ça déplaît probablement à beaucoup mais on ne demande pas à un peuple de renier son histoire ni ce qu’il est.

Roccu GAROBY

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