L’Europe sauvée par sa Banque Centrale ?

Face à l’absence d’actions politiques de Bruxelles pour sortir l’Europe de la crise économique et sociale qui est en train de déchirer le continent, Francfort, siège de la Banque Centrale Européenne, fait tout ce qu’elle peut pour aider l’économie de la zone euro à sortir de la crise.

‘‘La BCE au secours de l’Europe ?’’

Vous comme moi, nous avons un compte dans des banques commerciales (le Crédit Agricole, LCL, le Crédit coopératif…). Et ces mêmes banques commerciales ont toutes un compte à la BCE qui leur prête de l’argent en fonction des besoins de l’économie. En cas de crise économique, comme c’est le cas aujourd’hui, la BCE baisse son taux directeur, le taux auquel elle prête aux banques commerciales et qui est aussi appelé ‘‘loyer de l’argent’’, pour que celles-ci prêtent à un taux plus faible aux ménages pour consommer, aux entreprises pour investir et ainsi faire tourner l’économie. Si, par contre, l’économie est en surchauffe ou que l’inflation est trop élevée (au-delà de 2% par an), la BCE augmente son taux directeur pour couper le robinet des banques qui, à leur tour, réduisent la voilure de leur prêt et augmentent leur taux, ralentissant ainsi la croissance économique.

Or, ce jeudi 7 novembre, la Banque Centrale Européenne (BCE) a pris la décision historique d’abaisser –encore un peu- son principal taux directeur à 0,25%, et n’exclut pas de mettre sur la table d’autres mesures exceptionnelles, afin de soutenir l’économie européenne toujours engluée dans la crise économique et sociale, et qui fait désormais face à un risque déflationniste dévastateur. Malgré de nombreux défauts comme celui de lutter principalement contre l’inflation et non l’économie, ou bien par le fait qu’elle n’a pas le droit de prêter directement aux Etats membres comme le font toutes les banques centrales du monde, la BCE agit parfois, même légèrement, au-delà de ce que lui confère son mandat.

Par ce geste inattendu de la plupart des spécialistes, la BCE donne encore une petite bouffée d’oxygène à l’économie européenne alors que ce rôle devrait être assumé par la Commission européenne, en tant qu’exécutif européen, et/ou les gouvernements nationaux, en tant qu’exécutif national, et/ou les exécutifs régionaux, responsables devant leur Parlement respectif.

 ‘‘Le paradoxe européen’’

Il y a donc un paradoxe dans cette Union Européenne : d’un côté, il y a les instances démocratiquement élues : (le Parlement européen et la Commission européenne qui est responsable devant lui) incapables de prendre les mesures politiques nécessaires pour relancer l’économie, créer des emplois et renforcer la démocratie afin de résoudre la crise, et de l’autre, il y a une instance indépendante et non élue qui agit au-delà de son mandat pour sauver l’euro et donc l’Europe.

Si, politiquement, cette situation  peut être souhaitable afin d’éviter l’explosion de l’euro et donc de l’Europe et, in fine, plonger les peuples européens dans une crise qui serait bien plus grave que celle de 2008-2009, elle n’en est pas moins démocratiquement inacceptable ! A (court) terme, si ce n’est pas déjà largement initié, cette situation éloigne les citoyens européens et les peuples du Continent du bien fondé de la construction européenne par un accroissement chronique du déficit démocratique (celui-ci !) dont souffre l’Union Européenne.

La faute en revient principalement, et comme souvent, aux Etats membres, qui ont écrit les traités et donné à la BCE son mandat, son indépendance et une absence de contrôle démocratique sur elle. Ce sont ces mêmes Etats qui empêchent la construction d’une Union européenne démocratique et qui accusent de l’Europe de tous les maux alors qu’ils prennent les décisions ensemble à Bruxelles sans les assumer dans leur capitale respective.

‘‘L’Europe à l’endroit’’

Il est donc temps de remettre la maison Europe à l’endroit. La BCE doit mener sa politique monétaire européenne de façon indépendante, avec un mandat plein, comme toute banque centrale, mais sous le contrôle démocratique du Parlement européen qui doit lui-même élire le Président de l’exécutif européen et la Commission européenne  de façon autonome. Quant aux Etats membres, réunis au sein du Conseil des Ministres, ils doivent assumer leur rôle, leur vote et leur décision dans la transparence. C’est comme cela que la démocratie européenne en sortira renforcée. Les citoyens comprendront alors mieux le fonctionnement des institutions et pourront sanctionner dans les urnes les responsables des politiques menées.

Construisons donc l’Europe démocratique  !

Roccu GAROBY

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