Quel visage aura l’Europe dans un an ? (3ème et dernière partie)

Le 25 mai 2014, nous élirons nos 751 députés européens qui, à leur tour, éliront le Président de la Commission européenne, auditionneront les 27 autres commissaires européens avant d’élire, in fine,  le collège de la Commission européenne dans son ensemble. Mais quel sera le visage de l’Europe en 2014 ?

La droite imbattable ?

Depuis les élections de 2009, le Parti Populaire Européen (PPE, droite dont l’UMP en France) domine le Parlement européen sans être majoritaire (275 députés européens, soient 36%) et les premiers sondages pour les élections européennes annoncent déjà un bon score pour ce parti, même si les résultats semblent un peu moins favorables qu’il y a cinq ans.

L’Europe est dominée par des gouvernements de droite et les crises ont tendance à renforcer ces partis conservateurs, car les peuples ont peur de l’inconnu et, au milieu du guet, la stabilité et la sécurité paraissent être les maîtres mots. Ainsi, la droite européenne semble imbattable en 2014, et pourtant, elle risque de se réveiller avec la gueule de bois si elle n’évite pas deux écueils.

D’une part, la droite européenne est en train de perdre ses valeurs traditionnelles que ce soit par l’extrême droitisation de certains partis (UMP en France, FIDESZ en Hongrie…), ou que ce soit par la victimisation d’autres (PdL (parti de Berlusconi) en Italie). D’autre part, en 2009 la droite avait réalisé un score historique et semblait avoir un programme pour sortir l’Europe de la crise. Cinq ans plus tard, force est de constater que les plans d’austérité se succèdent, sans effet pour les peuples, si ce n’est d’imposer une violence sociale qui éloigne ces mêmes peuples non seulement de l’Europe mais aussi de la démocratie !

Le réveil socialiste ?

Avec à peine 25% des voix en 2009, les socialistes (194 députés) avaient connu une cuisante défaite malgré la crise financière qui validait pourtant (une partie) de leur thèse économique.

En 2014, après cinq années de crise et de hausse perpétuelle du nombre de chômeurs en Europe, les socialistes espèrent récolter les fruits de la colère des peuples d’Europe, gagner les élections et ainsi passer devant leur rival du PPE.

Pourtant, le Parti Socialiste Européen (PSE) devra répondre à deux questions, quand il se présentera devant les citoyens européens. Pourquoi a-t-il validé (avec le PPE et les libéraux) tous les plans d’austérité en Europe, que ce soit au niveau européen ou national, quand il était au gouvernement ?

Et pourquoi ne conçoit-il pas une alliance politique autre que celle avec le PPE et ainsi tenter de construire une majorité progressiste (avec les autres partis de gauche et du centre) et ne pas prendre le risque, qu’au jeu de l’alternance, il perde un jour le pouvoir ? Mais le PSE préfère gouverner avec les conservateurs du PPE car cela le rassure, bon an mal an, d’être au pouvoir quelque soient son programme et le résultat électoral.

Si, en 2014, le PPE et le PSE ensemble ont plus de 400-420 députés européens (sur 751), contre 469 aujourd’hui, ils feront probablement, et ce malgré leur défaite relative, une coalition à deux pendant cinq ans, rejetant tous les autres groupes dans l’opposition.

La place ‘‘des petits’’

Après les élections allemandes, (plus mauvais score d’après guerre avec 4,8%, les faisant ainsi disparaître du Bundestag), les libéraux européens craignent la saignée dans leurs rangs et particulièrement là où ils sont au gouvernement, comme en Allemagne ou au Royaume-Uni. De 85 députés (3ème groupe), ils pourraient chuter et devenir un petit groupe, alors qu’ils ont plusieurs 1ers Ministres dans leurs rangs (Finlande, Pays-Bas…).

Que ce soit en France, avec la liste tirée par Daniel Cohn Bendit (qui ne briguera pas un nouveau mandat), et qui avait obtenu plus de 16%, juste derrière les socialistes, ou que ce soit au Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg… le cru 2009 des écologistes européens avait été particulièrement bon. Mais sans leur vedette, et après plusieurs échecs au gouvernement (France, Finlande) ou dans l’opposition (Allemagne, Belgique…), il se pourrait que les Verts vivent des lendemains qui déchantent, tant l’urgence du réchauffement climatique a été relayée, à tort, au second plan.

L’Alliance Libre Européenne (7 députés), alliée des Verts au Parlement européen, pourrait bien créer une surprise en progressant significativement (notamment en Flandres, en Ecosse, au Pays Basque et en Catalogne) parce qu’elle est la seule force politique à répondre à la fois au besoin de protection des peuples d’Europe et à la demande de renforcement de la construction européenne pour les protéger contre la mondialisation.

Enfin, les communistes (35 députés) pourraient bien profiter de la colère des peuples, pour peu qu’elle s’exprime en leur faveur. En pointe contre l’austérité, les communistes ne parviennent pas, ensuite, à transformer la colère à laquelle ils répondent ! Or, en politique, à quoi bon voter pour quelqu’un si celui-ci refuse, par principe, de peser dans les débats, les votes et les politiques !

La poussée de l’extrême droite

Les grands gagnants pourraient bien être alors les partis d’extrême droite comme le FN en France, le Jobbik en Hongrie (antisémite et xénophobe), Aube dorée en Grèce (parti nazi), le PVV au Pays-Bas (raciste et xénophobe), le parti ‘‘des vrais Finlandais’’ (xénophobe) et qui pourraient, pour partie au moins, travailler ensemble après les élections européennes comme en 2007, lorsque durant quelques mois les partis d’extrême droite (dont le FN et la petite fille de Mussolini) avaient formé un groupe avant d’exploser, incapables de simplement s’entendre entre eux.

A cela s’ajoutent encore les partis europhobes comme le UKIP au Royaume-Uni ou ‘‘l’Alternative pour l’Allemagne’’ qui veulent faire sortir leur pays de l’Euro et/ou de l’Union européenne… In fine, les europhobes et/ou les partis d’extrême droite pourraient être plus forts que jamais et réunir plus d’une centaine de députés (contre 63 aujourd’hui), rendant la construction d’une majorité stable plus compliquée encore.

Quel visage aura le Parlement le 25 mai prochain ? Nul ne le sait, même si de grandes tendances commencent à se dessiner, mais une certitude existe : l’Europe aura le visage que les 500 millions d’Européens voudront bien lui donner.

En réalité, le premier parti d’Europe pourrait bien s’avérer être l’abstention (56,9% en 2009, en augmentation constante depuis 1979, date des premières élections européennes au suffrage universel direct).

Les mauvaises langues diront que c’est la faute à la crise, aux gouvernements, à la Commission européenne, ou encore que le taux d’abstention est semblable à celui des Etats-Unis (ou en moyenne seul un électeur sur deux se déplace pour voter). En vérité, aucun démocrate ne peut se satisfaire d’une si faible participation, d’autant plus que le Parlement européen est le seul organe européen élu au suffrage universel direct qui a le pouvoir de promulguer des lois européennes qui s’appliqueront ensuite dans les Etats membres ! De ce fait, les élections européennes s’avèrent plus importantes que les élections législatives françaises !

Le 25 mai prochain : votez et donnez un visage à l’Europe !

Roccu GAROBY

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