Qui sera le prochain président de la Commission européenne? (Partie 2)

Si la plupart des partis politiques européens ont désigné, ou sont en train de désigner, un candidat pour le poste de Président de la Commission européenne, chef de l’exécutif européen, il est très fort probable que le vainqueur soit issu de l’une des deux plus grandes familles politiques que sont les socialistes et la droite. Tour d’horizon des candidats des 2 grands partis politiques.

Schulz, le bulldozer socialiste

L’actuel président du parlement européen, le socialiste allemand Martin Schulz, est devenu, le 6 novembre 2013, le premier candidat officiel à la présidence de la Commission européenne. Désigné par le Parti Socialiste Européen (PSE), il est désormais en campagne et utilise, à merveille et à son profit, la tribune que lui offre son poste de Président du Parlement. Et il ne manque pas une occasion pour pousser son agenda personnel.

Connu pour son franc-parler, voire même pour les gueulantes qu’il peut pousser, il sait se faire entendre, comprendre, respecter au point parfois, et souvent selon les mauvaises langues, de tordre beaucoup de bras pour que les choses aillent dans son sens, car il n’aime pas perdre. C’est un vrai bulldozer qui pourrait faire des ravages dans la sphère politique européenne mise dans le formol par 10 ans de Présidence Barroso. Mais c’est aussi un fin politique qui sent le point d’équilibre, qui sait comment mener les rapports de force et surtout comment ne pas les perdre !

Néanmoins, il a un point faible : il est perçu par beaucoup, notamment dans le sud de l’Europe, comme Allemand avant d’être vu comme socialiste, d’autant plus que les socio-démocrates viennent de s’allier à Angela Merkel en Allemagne. Pour gommer cette image, il soigne son profil et se met en pointe sur le chômage des jeunes, du moins dans ses discours, car en réalité, par leurs votes, les socialistes européens sont bien en deçà de ce qu’ils prétendent défendre.

Barnier, ‘‘le Delors de droite’’

Le Parti Populaire Européen (PPE), premier parti politique en Europe et dont l’UMP fait partie, ne sait même pas s’il veut présenter un candidat. Sous la pression des autres partis qui ont déjà choisi leur tête d’affiche, le PPE va sûrement devoir s’aligner lors de son congrès du 7 mars prochain. Et les candidats officiels ne sont pas légions, même s’il y a bien des Premiers Ministres qui s’y verraient, comme Kenny l’Irlandais, mais ils ne veulent pas prendre le risque de perdre une primaire au PPE, puis l’élection européenne dans leur pays et/ou dans toute l’Europe, au risque de se retrouver fragilisé dans leur propre gouvernement.

En fait, le seul qui se soit officiellement déclaré candidat est le Français Michel Barnier, l’actuel commissaire européen en charge du marché intérieur et des services financiers. Fort de 2 mandats de Commissaire (1999-2004 et 2009-2014), ancien Ministre des affaires étrangères, fin diplomate, européen convaincu et homme politique qui sait faire des compromis bien au-delà de sa famille politique, il se veut le ‘‘Delors de la droite’’.

A 63 ans, il a une chance à saisir car personne, au PPE, ne veut prendre le risque, ou n’a le courage, de se présenter contre lui. Mais il devra faire face aux peaux de banane lancées contre lui. Car nombreux sont ceux qui ne veulent pas d’un nouveau français, d’un pro-européen et/ ou d’un pro-régulation, sans compter sur d’autres qui, comme Merkel ou Van Rompuy (Président du Conseil européen), ne veulent tout simplement pas être pieds et poings liés à une candidature PPE qu’ils devront soutenir après les élections.

Bras de fer politique

Le paradoxe dans cette possibilité Schulz ou Barnier est que, si les socialistes gagnent les élections, Merkel (PPE allemande) devra soutenir un socialiste allemand, alors que si la droite gagne, Hollande devra soutenir un UMP français. Mais après le virage social-démocrate d’Hollande et la grande coalition droite-gauche en Allemagne, ce paradoxe pourrait se transformer en un ‘‘pile  je gagne, face tu perds’’ entre le couple franco-allemand et les autres états membres. Mais suivront-ils ?

Enfin, n’oublions pas que le Conseil européen pourrait avoir le dernier mot. Car si le prochain Président de la Commission européenne doit refléter les résultats des urnes et être élu par le Parlement européen, selon les traités, le nom à soumettre au vote au Parlement sera proposé en amont par le Conseil européen, 28 chefs d’Etat et de gouvernements, qui pourraient s’asseoir sur les candidats des partis politiques. C’est donc un bras de fer politique qui va s’ouvrir entre les chefs d’Etat et de gouvernements d’un côté, à qui souhaite continuer à gérer les affaires en catimini et de l’autre les députés européens, représentants des citoyens européens, qui doivent défendre la démocratie européenne.

 Roccu GAROBY

Advertisements