Une campagne pas si européenne

Un peu partout en Europe, on voit que la campagne électorale pour les élections européennes, prévues du 22 au 25 mai prochain, a du mal à se lancer, donnant l’impression qu’on a une drôle de campagne, voire une non-compagne.

Une élection de second rang

Dans de nombreux pays de l’Union Européenne (UE), et pour de très mauvaises raisons, les élections européennes sont reléguées au second plan de la vie politique, alors qu’elles devraient en être le cœur, car de plus en plus de lois, de normes ou de mesures tant économiques que sociales, environnementales ou culturelles sont désormais définies et/ou réglementées en commun à Bruxelles.

En France, par exemple, les municipales à peine terminées, on pense déjà aux régionales et aux départementales de 2015, voire à la présidentielle de 2017 !

En Allemagne, c’est Mme Merkel, forte de sa popularité qui sera le visage de la CDU, son parti pour les élections, et peu importe si elle n’est pas candidate, que son parti ait une tête de liste nationale ou que le parti européen auquel il adhère, le Parti Populaire Européen (UMP en France), ait aussi une tête de liste européenne en la personne de Jean Claude Juncker, l’ex-Premier Ministre luxembourgeois!

En Belgique, encore mieux : le 25 mai sera le jour des élections régionales, fédérales et européennes ; dans le pays hôte de la capitale de l’Union, la campagne européenne est diluée dans le débat belgo-belge ou plutôt flamand-francophone.

En Grèce, Alexis Tsipras, tête de liste de l’extrême-gauche pour les européennes, n’est même pas candidat… aux européennes! Un comble! En fait, il ”attend” des élections législatives anticipées pour devenir 1er Ministre chez lui.

Avec ces quelques exemples, et j’aurais pu les multiplier, on voit bien qu’au final, plutôt que d’avoir une élection européenne, on a l’impression d’avoir affaire à 28 élections européennes juxtaposées.

Des chefs de file et des candidats de terrain

Pour contrer cette ”étatisation” de la campagne européenne qui, in fine, ne profite qu’à ceux qui ne veulent pas d’Europe (même une autre, meilleure, différente) et continuent de croire que l’État tel qu’il est aujourd’hui, est la solution, il n’y a que deux choix possibles.

D’une part, il y a celui de la quasi-totalité des partis politiques européens (socialistes, écologistes, communistes, libéraux, droite) qui a été de désigner un candidat à la présidence de la Commission européenne, l’exécutif de l’Union, qui doit ratisser littéralement les 28 Etats de l’UE en l’espace d’un ou deux mois. D’ailleurs, des débats télévisés ou dans la presse se multiplient afin de ”personnaliser” et ”d’européaniser” la campagne. De ce point de vue, bien qu’embryonnaire, cette personnalisation de la vie européenne est plutôt une réussite.

D’autre part, il y a le choix fait, et c’est notamment le cas pour les partis qui ne se reconnaissent pas dans les Etats tels qu’ils existent aujourd’hui : les partis politiques nationalistes, autonomistes ou régionalistes, notamment au sein de l’Alliance Libre Européenne, dont François Alfonsi, eurodéputé de la Corse et candidat à sa propre succession, est membre, qui décident de faire vivre l’Europe au plus près des territoires, des peuples et des citoyens. Car, bien que les directives et règlements européens se fassent à Bruxelles, ils doivent être expliqués, défendus ou combattus, puis appliqués sur le terrain. Cette ”régionalisation” ou encore cette ”relocalisation” de la vie politique européenne est tout aussi nécessaire. Sans citoyens, sans peuples il n’y a ni Europe ni démocratie.

D’ailleurs, un peu partout en Europe, des listes régionalistes ou nationalistes voient le jour, que ce soit en Bretagne, en Ecosse, en Catalogne, en Bavière : le fait régional ou national non reconnu progresse car il répond à la double demande démocratique à laquelle l’État ne peut répondre: construire quelque chose de plus grand (l’Europe) tout en vivant dans quelque chose de plus petit (nos régions).

Si, au soir du 25 mai, les 500 millions d’Européens diront probablement leur attachement à continuer de vivre ensemble et à continuer de construire l’Europe, ils diront très probablement aussi qu’ils veulent ”Vivre, décider et travailler au pays”.

Roccu GAROBY, Président de l’Alliance Libre Européenne-jeune

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