Un député européen, sinon rien!

Du jeudi 22 au dimanche 25 mai prochains auront lieu, dans les 28 Etats membres de l’Union européenne, les élections européennes durant lesquelles les 500 millions de citoyens européens choisiront leurs 751 représentants qui siègeront pendant 5 ans à Bruxelles. Pour certains territoires ou peuples européens cette élection est cruciale. Explications :

Un de plus ou un de moins !

Les grands partis politiques (socialiste, conservateur et/ou libéral selon les pays) n’ont pas de soucis à se faire ! Ils auront de grosses troupes, (un peu plus de 200 pour les deux premiers, une petite centaine pour le troisième), pour les représenter au Parlement à Bruxelles, bien que la question soit : lequel des deux premiers arrivera en tête pour imposer son candidat à la présidence de la Commission européenne : Schulz l’Allemand pour les socialistes, Juncker le Luxembourgeois pour les conservateurs, et quel poids aura le troisième, le peut-être faiseur de roi, emmené par le fédéraliste belge Verhofstadt. Pour ces partis politiques, un siège de plus ou un de moins peut avoir de l’importance quant à la nomination aux grands postes à responsabilité.

Pour les plus petits partis (écologistes, communistes, eurosceptiques) qui auront tous entre quarante et cinquante députés mais avec des dynamiques différentes, les écologistes et les eurosceptiques en recul et les communistes probablement en progression, la bataille est plus rude. Il est question d’exister dans la prochaine mandature, de ne pas se faire ‘‘phagocyter’’ électoralement ou politiquement, ou d’éviter la mise à l’écart par les trois gros, afin de peser encore quelque chose sur certains dossiers clés. Pour ces partis, un député de plus ou de moins, c’est la possibilité d’exister, ou non, pendant 5 ans.

Enfin, pour les partis europhobes et xénophobes d’extrême droite, qui auront le vent en poupe dans les prochaines élections, le but est d’avoir le maximum de députés pour se faire entendre dans le prochain Parlement, tout en refusant de peser dans les débats, et en sachant qu’ils seront mis en permanence à l’écart par les six autres groupes politiques. Bien que leur poids politique puisse doubler et regrouper près de 15% des élus (une centaine de députés), leur taille ne permettra pas de bloquer les institutions européennes du fait du ‘‘cordon sanitaire’’ qui existe à Bruxelles entre les partis démocratiques et ceux d’extrême-droite. Pour ces partis-là, un élu de plus ou de moins ne changera rien en terme de représentation politique.

Un de plus sinon rien !

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, un député de plus ou de moins dans ces familles politiques-là ne change pas dramatiquement la donne. Cela se traduit par un rapport de force politique différent et plus équilibré, un poste important pour l’un plutôt que pour l’autre, mais fondamentalement, les trois gros vont continuer à travailler ensemble, les trois petits vont être les poils à gratter des gros pour faire bouger les lignes sur quelques dossiers mineurs mais symboliques pour eux et l’extrême droite sera marginalisée bien que renforcée.

Et d’une façon générale, ce rapport de force entre les trois gros, les trois petits et l’extrême droite existera plus ou moins dans chaque Etat membre, pour peu que l’on tienne compte de la tradition politique du pays, de son histoire et du mode électoral choisi pour élire ses députés.

Mais il y en a pour qui un député de plus ou de moins change tout ! Car il y a des peuples et des régions qui risquent de ne pas être représentés du tout à Bruxelles pendant les cinq prochaines années. C’est le cas du peuple corse, si François Alfonsi n’est pas réélu, qui ne sera pas représenté à Bruxelles pendant la prochaine mandature ! Il y a des régions, comme la Bretagne réunifiée si Christian Guyonvarc’h n’est pas élu, qui ne seront pas représentées à Bruxelles durant les cinq prochaines années! Il y a des nations sans Etat, comme l’Ecosse possiblement indépendante dans quelques mois qui ne seront pas défendues à Bruxelles pendant cinq ans, si des élus du Scottish National Party (SNP) ne sont pas élus,! Il y a des minorités d’Europe, comme les Danois d’Allemagne par exemple, des territoires, comme l’Occitanie, et des langues, comme l’alsacien, qui ne seront pas défendus à Bruxelles pendant cinq ans si les partis politiques qui composent l’Alliance Libre Européenne (ALE) ne réussissent pas une belle élection en faisant élire un maximum de députés venant de toutes les régions d’Europe. Et cinq ans, c’est très long !

Pour nos minorités, nos peuples et nos nations sans Etats, l’expression ‘‘un député de plus ou de moins’’ peut très vite se transformer en ‘‘un député de plus sinon rien !’’. Alors, du 22 au 25 mai, allez voter pour que votre peuple et votre territoire soit représenté pendant cinq ans à Bruxelles !

 

Roccu GAROBY, Président des jeunes de l’Alliance Libre Européenne

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