Pourquoi il faut respecter la volonté des peuples européens

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Les élections européennes sont terminées, les résultats définitifs sont connus, et même si une petite centaine de députés européens, principalement d’extrême-droite, ne savent pas encore dans quel groupe siéger, le rapport de force global est connu. Sans que l’ALE jeune ne s’exprime en faveur de Jean Claude Juncker voici quelques explications pourquoi il doit devenir le prochain Président de la Commission européenne.

Respecter le vote des Européens

Du 22 au 25 mai, dans les urnes, les presque 400 millions d’électeurs européens ont tranché plusieurs questions et ce choix des électeurs doit être respecté.

Tout d’abord, avec une baisse très forte (-22% de sièges) du principal parti de la droite, le Parti Populaire Européen (PPE, UMP en France), les Européens ont clairement demandé une Europe moins à droite. Cependant, en conservant le PPE comme 1er groupe au Parlement européen (214 au PPE contre 191 aux socialistes) et en ne renforçant pas le bloc de gauche (socialistes, écologistes, communistes) qui obtient exactement le même nombre de sièges qu’en 2009 (288 sur 751), les Européens n’ont pas demandé non plus beaucoup plus de gauche ! Ils ont surtout souhaité un rééquilibrage dans la politique européenne : moins d’austérité, plus de solidarité, sans pour autant tomber dans l’absence de bonne gestion budgétaire.

Ensuite, bien que des partis ouvertement eurosceptiques et/ou d’extrême-droite soient arrivés en tête dans différents pays (France, Royaume-Uni, Danemark) ou en seconde ou troisième place (Italie, Pays-Bas…), les Européens, dans leur ensemble, ont donné une très largement majorité aux partis politiques qui soutiennent la construction européenne, bien que ceux-ci divergent quant à la façon de la construire et/ou de la réformer, certains étant plutôt fédéralistes d’autres inter-gouvernementalistes. Aujourd’hui, il y a entre 520-550 députés pro-européens, bien plus que les 376 que nécessite la majorité absolue, alors qu’ils étaient entre 600 et 630 dans le précédent Parlement. Les Européens ont donc donné un mandat clair pour continuer la construction européenne, mais ils ont aussi envoyé un signal fort à Bruxelles.

Atteindre le chiffre magique de 376 !

Dès les résultats sont connus et les premières analyses faites, nul ne peut nier que c’est à Jean Claude Juncker, candidat à la Présidence de la Commission européenne pour le PPE, de tenter de former une majorité autour de lui.

Mais avec seulement 214 élus, il est loin d’avoir la majorité des 376 nécessaires pour être élu. Même avec les libéraux (64 élus), il ne peut atteindre ce seuil. Et comme la droite européenne, et c’est tout à son honneur, refuse de s’allier à l’extrême-droite à Bruxelles, il n’y aura pas de majorité au Parlement européen sans les socialistes.

Dès lors, ce sera une ‘‘grande coalition’’ (comprenez PPE et socialistes, comme en Allemagne, en Italie, en Belgique, en Autriche…) qui, ensembles, atteignent difficilement les 405 sièges, soit à peine plus que la majorité. Mais de nombreux votes pourraient ne pas passer avec une si faible marge de manœuvre. Il faudra sûrement élargir la majorité aux libéraux (64 élus) voire aux Verts-ALE (52 sièges) pour assurer une majorité stable pendant 5 ans.

Bloquer la tentative de coup d’Etat !

Mais le plus grand danger ne vient ni des extrêmes, heureusement trop faibles pour bloquer les institutions européennes mais du Conseil européen, composé des chefs d’Etat et de gouvernement. En effet, depuis dimanche, voilà que ces derniers, qui ont seuls le pouvoir de proposer un nom que le Parlement doit accepter à la majorité des 376, tentent un véritable coup d’Etat, en tentant de proposer au Parlement un autre nom que celui d’un des candidats ! 27 chefs d’Etat sur 28 avaient soutenu un candidat, celui de sa famille politique, et aujourd’hui, le PPE ne soutient plus le sien ! Seul, l’eurosceptique et 1er Ministre britannique : David Cameron n’avait de poulain ! Logique en somme ! Mais comme il n’a pas, fort heureusement, cette fois-ci, de droit de véto sur la nomination du candidat à la Présidence, il use du chantage, de la pression, du bluff (en l’occurrence : faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne) pour forcer Merkel à ne pas soutenir Juncker.

Paradoxe, les chefs d’Etat et de gouvernement socialistes et les chefs de partis politiques au Parlement européen ont accepté le verdict des urnes, et donc la candidature de Juncker mais pas les chefs de gouvernement de son propre parti !

Enfin, la question n’est plus de savoir si la ligne politique de Juncker est la bonne, ce sont les électeurs européens qui ont tranché cette question, mais de savoir si la démocratie européenne continue pas à pas à progresser en se choisissant un des candidats officiels, ou si les chefs d’Etat et de gouvernement peuvent continuer à imposer leur volonté dans la froideur et la noirceur des sommets européens ?

Roccu Garoby

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