Socialistes, libéraux, conservateurs et les Etats ensemble pour affaiblir l’Europe politique!

Depuis le 10 septembre et la présentation de la Commission européenne faite par son Président élu, Jean Claude Juncker, on connaissait les noms et les portefeuilles de chacun des Commissaires mais le passage obligé devant le Parlement européen a affaibli l’Europe politique entre vrais scandales et faux semblants.

Une procédure démocratique…

A Bruxelles, il y a une règle, dont certains pays, dont la France, devraient sûrement s’inspirer pour améliorer leur démocratie, qui veut qu’avant l’élection collective de la Commission européenne par le Parlement européen, tout Commissaire désigné passe un oral devant les députés européens. Durant 3 heures, et de façon publique, le (ou la) Commissaire désigné(e) est littéralement bombardé(e) de questions (près de 50 !) sur son intégrité, son profil européen et ses compétences pour le portefeuille qui lui a été confié, après avoir, au préalable, déjà répondu, par écrit, à plusieurs autres questions ! Le but étant évidemment de savoir si le candidat est compétent pour le poste et quelle vision il va défendre pendant 5 ans. On est effectivement bien loin des nominations de ministres à la française faites dans l’obscurantisme des amitiés de couloirs, sans aucun lien avec les compétences des ‘‘heureux’’ élus.

…qui a (montré) ses limites

Mais cette procédure a ses limites. Tout d’abord, la grande coalition qui a soutenu Jean Claude Juncker, composée du Parti Populaire Européen, des Libéraux et des socio-démocrates, a tout fait pour affaiblir le processus. Sur au moins 4 ou 5 cas graves, et en attendant le vote final et solennel qui aura lieu en séance plénière le 22 octobre prochain à Strasbourg, les eurodéputés de ces 3 groupes ont pré-validé des candidatures pour le moins étranges, voire complètement inacceptables. Il y a Pierre Moscovici, l’ancien ministre des finances de la France, incapable de réduire les déficits publics à Paris et qui va devenir le Commissaire qui sanctionnera les pays qui ne respecteront pas les dites-règles, donc possiblement la France, dès cette année ! Il y a Tibor Navracsics, l’ancien ministre de la Justice de Hongrie qui a fait passer des lois et une Constitution liberticides et autoritaires dans son pays et qui a reçu le portefeuille de la citoyenneté européenne ! Et puis, il y a surtout Miguel Arias Cañete, l’ancien ministre de l’agriculture et de l’environnement de l’Espagne et candidat au poste européen sur l’énergie et le climat, en plein conflit d’intérêt, puisqu’il a de nombreuses actions dans des entreprises pétrolifères dont il a eu la charge dans le passé.

Bilan ? La droite menace de couper la tête du socialiste Moscovici si le conservateur Cañete est sanctionné par la gauche. Mais les 2 grands de la coalition s’accordent pour enlever le volet citoyenneté au Hongrois et, puisqu’il faut bien couper une tête, s’en prennent ensemble à la Commissaire désignée par la Slovénie, et ancienne première ministre, Alenka Bratušek, qui, en plus d’avoir véritablement raté son oral, a l’inconvénient d’être une femme issue d’un petit pays qui n’a pas de pouvoir de nuisance. Bel exemple de démocratie donné par la majorité conservatrice-libérale-socialiste !

Et les Etats en rajoutent une couche !

Et puis, il ne faudrait pas oublier le mauvais rôle joué par les Etats membres qui ne se privent jamais d’empêcher l’émergence d’une Europe politique. Le Président de la Commission, en l’occurrence Jean Claude Juncker, qui a été proposé par le Conseil européen regroupant les chefs d’Etat et de gouvernement des 28 Etats membres, avec 26 voix contre 2, seuls le Royaume-Uni et la Hongrie s’y étantt opposé (une première puisque, traditionnellement, le choix se fait par consensus), puis élu par le Parlement européen le 15 juillet dernier, n’avait pas toutes les cartes en mains. En effet, il ne faut pas oublier que ce sont les gouvernements des Etats membres qui nominent leur candidat, le Président ayant juste le droit de faire avec ! Autrement dit, c’est comme si un sélectionneur sportif se voyait imposer son équipe par les clubs eux-mêmes !

Pire, alors que le traité de Lisbonne dit que, seul, le Président de la Commission peut distribuer les portefeuilles de Commissaire, en réalité ce sont les Etats membres, et en tête les gros, qui font un lobbying de fou pour que leur poulain ait le portefeuille convoité. Ainsi, François Hollande, Président français, a voulu le portefeuille économique pour Moscovici, Mateo Renzi, premier Ministre italien, a fait le forcing pour arracher le portefeuille des affaires étrangères pour Frederica Mogherini et David Cameron, le Premier ministre britannique, a arraché de haute volée le poste aux marchés financiers pour protéger sa ‘‘City’’ pour Jonathan Hill… Non seulement le sélectionneur n’a pas son mot à dire sur la constitution de son équipe mais, en plus, les clubs lui imposent la place des joueurs !

S’il ne fait pas de doute que la Commission européenne sera intronisée le 22 octobre prochain, voire peut être plus tard, en novembre, s’il faut refaire quelques auditions avec la nouvelle Commissaire slovène, la majorité des 3 grands groupes est suffisante. L’Europe politique, elle, en aura pris un coup, et pour une fois, ce ne sera pas uniquement la faute des Etats membres. Les eurodéputés socialistes, libéraux et conservateurs y auront contribué par leur vote.

 

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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