La Commission Juncker définitivement élue par le Parlement européen!

Après les dernières auditions des derniers Commissaires européens, menées tambour battant l’avant-veille du vote solennel, il n’y avait plus d’obstacle à ce que la Commission Juncker soit définitivement élue par le Parlement européen le mercredi 22 octobre dernier.

Bye-bye Barroso, Bonjour Juncker

Après une décennie 2004-2014 pendant laquelle José Manuel Barroso, l’ancien Président de la Commission européenne, a réussi l’exploit de mettre cette dernière dans le formol, tant son bilan est maigre et ses initiatives quasi inexistantes. Il a réduit l’Exécutif européen à un simple Secrétariat général des Etats membres, donc des grandes capitales. L’arrivée à la Présidence de la Commission européenne du chrétien-démocrate luxembourgeois Jean Claude Juncker ouvre une nouvelle page de la construction européenne.

L’Union européenne a, de toute urgence, besoin d’une relance tant politique que démocratique, économique et sociale après 10 ans de léthargie et de crise. En ce sens, Jean Claude Juncker voit juste quand il dit que cette Commission est celle ”de la dernière chance” car soit ”elle réussit” à lutter efficacement contre le chômage, à redonner un espoir aux jeunes et aux peuples européens, soit ”l’Europe échouera”. Dans son intervention liminaire Juncker a voulu donner des gages à toutes les familles politiques pro-européennes, qu’elles soient ou non dans la majorité.

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L’homme qui voulait 300 milliards d’euros

Dans son discours devant le Parlement européen, Jean Claude Juncker a expliqué l’architecture de sa Commission européenne, mais il a aussi et surtout pris des engagements politiques.

Tout d’abord, et cela doit être salué, il souhaite revenir à la méthode communautaire, c’est-à-dire donner plus de pouvoir au Parlement européen, seule institution européenne élue au suffrage universel direct, aux dépens du Conseil représentant les Etats.

Ensuite, il a insisté, en bon chrétien-démocrate à la fibre sociale, plus grande qu’on ne la lui prête, sur le fait que si l’Union Européenne (UE) devait se battre pour garder son AAA sur les marchés financiers, il fallait désormais que l’UE se batte pour un ”triple A social”!

Puis, il a aussi assuré qu’”avant Noël”, la Commission présenterait un plan d’investissement européen de 300 milliards d’euros, venant probablement principalement de fonds privés.

Enfin, il a annoncé que la subsidiarité (le fait qu’une politique publique soit menée au niveau le plus petit possible) serait le mot clé de sa Commission, à l’opposé de la volonté de tout centraliser à Bruxelles.

Une majorité fragile?

Après le discours, et le débat qui l’a suivi, il y a eu le vote solennel très attendu mais sans véritable suspense car il n’y avait aucun doute quant à l’élection de la Commission dans son ensemble par le Parlement européen. Cependant, l’analyse des votes montre que cette majorité, bien que confortable, demeure fragile.

En nombre, la majorité est stable car 423 députés européens sur 751 ont voté favorablement, dont le Parti Populaire Européen (PPE), les Socio-démocrates (S&D) et les Libéraux-démocrates (ALDE), 209 ont voté contre dont les Verts européens, l’Alliance Libre Européenne, la Gauche Unie Européenne (GUE), les Europhobes et l’extrême droite, et 67 se sont abstenu dont principalement les Eurosceptiques britanniques.

Mais en faisant une grande coalition (centre-droit, centre, centre-gauche), la Commission européenne prend l’immense risque de décevoir beaucoup de monde, car c’est peu ou prou la même majorité, avec cependant un léger rééquilibrage du centre droit vers le centre, qui risque d’être attaquée de toute part.

L’Europe des peuples

Si faire mieux que la Commission Barroso semble être à la portée de tout le monde, la nouvelle Commission européenne a cependant une l’obligation de résultat! L’Europe des Etats a failli et il est temps de construire une autre Europe, plus démocratique, plus solidaire et plus respectueuse de sa diversité. Une Europe des peuples en somme !

Lors de son discours politique, Jean Claude Juncker a terminé en disant qu’ ”on ne construisait pas l’Europe contre les nations”. C’est juste mais faut-il encore le faire!

La façon dont Bruxelles va traiter la question du droit à l’autodétermination des nations européennes, et en premier lieu, celui de la nation catalane, le 9 novembre prochain, sera le premier exemple concret qui mettra la nouvelle Commission européenne face à ses engagements.

En cela, on pourra déjà commencer à juger si les choses changent à Bruxelles, ou si c’est ”business as usual” (le statut quo) comme on dit en jargon européen.

 

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne jeune

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