Plan d’investissement européen: une bonne idée, un mauvais plan!

Mercredi 26 novembre dernier, Jean Claude Juncker, Président de la Commission européenne, a présenté, comme il s’y était engagé juste avant son élection, un plan d’investissement de 315 milliards d’euros, plan qui s’apparente à un holp up intellectuel. Explications.

Un changement de paradigme

Commençons par les bons points. Le fait que la Commission européenne vienne présenter un plan d’investissement de 315 milliards d’euros, soit l’équivalent de 2% du PIB européen, est une bonne chose, surtout après plusieurs années de crise aggravée par des mesures d’austérité (hausse de la fiscalité et coupes dans les dépenses notamment sociales…) imposées par la Commission Barroso et les Etats membres. Parler (enfin) d’investissement et se concentrer (enfin) sur la relance économique est un changement de paradigme qui doit être autant souligné que salué.

De plus, le fait que la nouvelle Commission européenne, élue il y a tout juste un mois, prenne comme première initiative celle de la relance d’investissement après tant d’années de discours ultra-libéral et ”austéritaire”, cela ne peut que permettre de redorer un peu le blason du projet européen, gravement mis en danger lors des dernières élections européennes.

Enfin, ce plan, étalé sur 3 ans (2015-2017), devra être le moteur de la relance économique en Europe, celui qui redonne la confiance nécessaire aux investisseurs et aux entrepreneurs pour lancer leurs programmes. D’autant plus que Juncker a dit que si le 1er plan était un succès, il pourrait y en avoir un second, ensuite. Mais voilà : les discours et les bonnes paroles ne font pas tout!

European Central Bank

Le magique effet multiplicateur

En fait, dans son plan, Jean Claude Juncker fait un peu d’innovation, pas mal de recyclage et beaucoup de repoudrage. Pour commencer : ce plan de 315 milliards ne mobilise pas un seul euro public nouveau. Dit autrement, l’argent mobilisé sera celui recyclé d’autres programmes ou projets !

Ensuite, en mettant 5 milliards d’euros provenant du capital de la Banque Européenne d’Investissement, le bras financier de l’Europe, et 16 milliards d’euros de garanties, issus du budget européen, Jean Claude Juncker veut créer un Fonds Européen pour les Investissements Stratégiques de 21 milliards d’euros capable de lever des capitaux privés et de mobiliser l’épargne européenne à hauteur de 315 milliards d’euros, soit 15 fois plus.

Faire croire qu’avec 21 milliards, ou plutôt un recyclage de 5 milliards et des garanties annexes, on lève 315 milliards semble un petit peu gros pour passer inaperçu !

Et avec ces 16 milliards de garanties du budget européen, ce sont des projets financés par le budget communautaire dans les domaines de la recherche et du développement, le transport, l’énergie et les télécom qui sont en danger. Et même si ce plan peut financer ces projets, ils ne seront plus sous l’autorité politique de la Commission et le suivi démocratique du Parlement européen.

Socialisons les pertes, privatisons les bénéfices

Pire, en cas de problème financier dans le plan de 315 milliards, c’est l’argent public, via le budget européen, qui devra couvrir les pertes alors que ce seront les investisseurs privés qui se partageront les bénéfices. Socialisons les pertes, privatisons les bénéfices… 4 ans après la chute de Lehmann Brother’s c’est quand même osé !

Enfin, si les Etats membres pourront abonder le Fonds de façon volontaire, ceux qui auront cruellement besoin d’investissement, notamment les Etats d’Europe du sud, ne seront pas forcément ceux qui pourront rajouter de l’argent au pot.

Et si, exclure du calcul des déficits cet argent mis au pot commun est une idée ingénieuse pour éviter que la Commission européenne ne demande à la fois plus d’argent pour renforcer le Fonds de la part des Etats et plus de discipline budgétaire (car les dépenses de ces mêmes Etats augmentent), la situation financière de certains d’entre eux ne le permettra tout simplement pas, sans dire que le principe de solidarité se définit exactement par le fait que c’est à ceux qui en ont les moyens d’aider ceux qui sont en difficulté ; rendre ce renforcement optionnel, c’est la garantie que les pays riches ne mettront pas la main à la poche.

En réalité, ce plan est nécessaire et crucial pour sortir de l’ornière de l’austérité actuelle. Mais la façon dont il a été conçu est mauvaise et il a été limité par les Etats du nord qui voulaient un plan pour faire plaisir au sud sans toute fois avoir à payer !

Si cette hypothèse se révèle juste, alors la Commission européenne sortira affaiblie car (encore) dirigée par les Etats.

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

 

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