Déflation en Europe : Violer les traités pour les respecter !

Depuis plusieurs mois, l’inflation est à un niveau historiquement bas. Jamais, elle n’a été si basse, aussi longtemps, depuis plusieurs décennies. Ceci met en péril la sortie de crise et la relance économique, faisant planer un risque de stagnation durable en Europe.

Les conséquences de l’inflation

L’inflation, phénomène bien connu des économistes, est une hausse généralisée des prix qui a, comme tout phénomène, des bons et des mauvais côtés. En simplifiant, un bien qui vaut 100 une année, coûtera 102 l’année suivante si l’inflation est de 2%.

Le premier effet de cette hausse des prix est, bien-sûr, la perte de pouvoir d’achat des citoyens, à moins que les salaires ne suivent l’augmentation des prix. En effet, si un salaire n’augmente pas et que les prix augmentent, le pouvoir d’achat diminue, c’est facile à comprendre !

Mais l’augmentation des prix a aussi un avantage : celui de réduire les dettes, et notamment les dettes publiques, car le montant d’une dette est figée au moment où le prêt est contracté et son remboursement aussi. Autrement dit, si les prix augmentent et les salaires aussi, même si c’est souvent moins vite, le coût relatif du remboursement d’un prêt, ayant un remboursement fixe, diminue avec le temps, c’est tout aussi logique !

D’ailleurs, la plupart des pays européens, Allemagne en tête, ont remboursé leurs dettes publiques colossales d’après guerre (1918 et 1945) avec de l’inflation.

Mais l’Allemagne reste traumatisée par l’hyperinflation des années 1920 où le taux n’était pas de quelques % par an, considéré comme un taux normal, mais a culminé à 16 millions de % en 1923 ! Depuis, les Allemands sont allergiques à l’inflation et se sont battus pour que les traités européens imposent la stabilité des prix, c’est-à-dire une inflation légèrement inférieure à 2%.

Les dangers de la déflation !

A contrario, la déflation n’a pas véritablement d’avantages, même si de on se dit que le pouvoir d’achat augmente avec la baisse des prix. Mais voilà, les entreprises et les ménages, en cas de déflation, reportent toujours plus leurs achats puisque les prix seront encore plus bas, plus tard. Ainsi, les carnets de commande se vident, les entreprises licencient, puis, pour vendre leurs stocks, en appliquant la loi de l’offre et de la demande, elles font baisser les prix… Et c’est la chute sans fin. Pire : le poids des dettes augmente mécaniquement et l’économie s’englue dans une stagnation ou une récession économique durable, à l’image de ce que vit le Japon depuis plusieurs décennies.

Euro_ECB

Le rôle clé de la Banque Centrale Européenne

Depuis 2008, l’économie européenne est engluée dans une crise économique et sociale. Elle n’arrive pas à repartir et la faible inflation (0,3 ou 0,4% cette année) n’arrange rien. L’avenir ressemble de plus en plus au scénario nippon.

Mais quelle arme l’Europe possède-t-elle ? En réalité, pour lutter contre la déflation, il y a très peu de moyens, si ce n’est celui de la monnaie qui est aux mains de l’indépendante Banque Centrale Européenne (BCE), dont le siège est à Frankfurt. Son objectif premier est la stabilité des prix (2% par an) et si, et seulement si, cet objectif est rempli, elle peut soutenir l’économie et l’emploi. De plus, elle ne peut pas prêter directement aux Etats ni ne peut racheter de la dette directement auprès des trésors nationaux (en réalité, c’est la même chose !). Depuis près de 5 ans, la BCE a fait le maximum de ce qu’elle avait le droit de faire, allant parfois aux limites des traités voire en les contournant.

Mais voilà, l’inflation est loin d’être à 2%. L’emploi et l’économie plongeraient violemment en cas de récession, le poids des dettes publiques, déjà à un niveau relativement élevé en Europe, augmenterait mécaniquement… Ce serait un scénario catastrophe !!! A moins que la BCE ne devienne enfin une vraie Banque Centrale. Et pour cela, elle doit violer les traités pour les respecter !

Si, pour tenir son objectif de stabilité des prix et sauver l’économie européenne de la déflation catastrophique, elle doit acheter de la dette publique, et donc violer les traités, elle doit le faire malgré les réticences allemandes, car l’heure presse et les peuples d’Europe n’en peuvent plus !

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

Advertisements