Elections en Grèce, décision de la BCE: une révolution qui ne dit pas son nom!

En moins d’une semaine, la décision historique de la Banque Centrale Européenne et les élections en Grèce auront eu l’effet d’une véritable révolution en Europe !

Le ”gros bazooka”

Le jeudi 22 janvier dernier, la Banque Centrale Européenne (BCE) a sorti le ”gros bazooka” en décidant de faire marcher, pour la première fois de son histoire, ”la planche à billets”, autrement dit, la BCE a décidé de créer de la monnaie, en rachetant de la dette privée et publique. Rappelons que ”normalement” la BCE n’a pas le droit de financer directement les Etats. Or, son programme ”d’assouplissement quantitatif”, (rachat massif de dettes privées et publiques, y compris des dettes souveraines directement émises par les Etats de la zone euro), est bel et bien un soutien direct aux finances des Etats.

Mario Draghi, le président de la BCE, a considéré qu’à l’application des règles de façon bornée et aveugle, il y avait bien pire: le risque d’une déflation prolongée en Europe et surtout une sortie de crise repoussée aux calendes grecques. Bien que cette décision ait été prise en violation des traités, mais dans l’esprit de ceux-ci, la BCE ayant pour obligation d’assurer la stabilité des prix (inflation de 2% par an, quand nous sommes actuellement aux alentours de 0%, voire légèrement en-dessous), il était plus que temps que la BCE se résigne à violer les traités pour les respecter, en utilisant l’ultime moyen en possession d’une banque centrale: le rachat de la dette publique.

Après avoir utilisé toutes ses cartouches (baisse de tous ses taux directeurs pour relancer le crédit et la consommation et lancement de plusieurs programmes de prêts colossaux (environ 1000 milliards d’euros) à taux particulièrement bas (autour de 1%) aux banques commerciales, pour relancer la machine bancaire et économique…), et lutter contre la déflation, (baisse généralisée des prix), et une crise économique et sociale qui n’en finit plus en Europe, la BCE est devenue, enfin, serait-on tenté de dire, une vraie ”Banque Centrale” digne de ce nom!

”La défaite des faucons”

Ce ”jeudi historique” restera comme le jour où Francfort a décidé de passer de l’arsenal classique d’une banque centrale à celui de l’armement lourd digne des grandes banques centrales mondiales (Etats-Unis, Royaume-Uni, Japon). Si le rachat mensuel de 60 milliards d’euros de dettes jusqu’en septembre 2016 s’apparente à une véritable déclaration de guerre, Mario Draghi, le président de la BCE, annonce déjà qu’il y a encore des munitions, au cas où….. En effet, il a laissé la porte ouverte au renouvellement de cette opération, si la première roquette s’avère insuffisante!

Une véritable révolution contre laquelle, jusqu’au dernier moment, se sont battus tous les faucons ultraconservateurs et les libéraux, menés par Berlin, opposés à toute politique monétaire expansionniste (création de monnaie). Mais rappelons que, bien que ces annonces historiques de la BCE soient positives, elles ne suffiront pas, à elles seules, à relancer la machine, car il revient au Politique, in fine, d’assumer son rôle démocratique!

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Athènes et la démocratie européenne en jeu

La Grèce, berceau de la démocratie, a aussi connu une révolution (démocratique) ce week-end. Après 5 ans d’austérité sauvage et aveugle, les Grecs, qu’on pensait résignés après tant d’efforts subis, ont décidé de renverser la table. Les Hellènes ont choisi de se donner à un nouveau parti : Syriza.

Cette coalition d’extrême gauche, qui a obtenu 36,34 % des voix a réussi un triple pari. Premièrement, Syriza a abandonné son projet initial de sortie de la zone euro et de l’Union européenne. En effet, ce programme aurait sans doute été encore plus douloureux, ou du moins tout autant que l’austérité actuelle. Il n’est pas soutenu majoritairement par les Grecs, et c’est probablement ce qui lui avait fait perdre les élections en 2012.

Deuxièmement, il a réussi à réduire à néant le très corrompu PASOK (parti socialiste grec qui a obtenu 4,68%) qui a dirigé le pays pendant 40 ans, en alternance, et ces dernières années avec, le principal parti de droite, lui aussi tout autant corrompu, NEA DIMOKRATIA (28,13%). En cela, Syriza porte un véritable espoir, car n’oublions pas que le 3ème parti aux élections grecques est un parti néo-nazi (Aube dorée) qui vient d’obtenir 6,28% des voix!

Troisièmement, en remportant ces élections, Alexis Tsipras, le chef de Syrisa, a forcé un débat tabou en Europe sur l’austérité et la dette publique. In fine, chaque peuple se retrouve devant ses responsabilités : des réformes à mener dans les Etats, (et en cela, la Grèce à des efforts à fournir, notamment vis-à-vis de ses minorités macédoniennes ou turques, par exemple) et obligation, pour toute la communauté européenne, de partager l’effort économique (les plus forts devant prendre une part plus importante que les plus faibles).

”Besoin d’une autre Europe”

Ce débat vient à peine de commencer, mais c’est déjà un événement en soit ; tout comme la décision de la Banque Centrale Européenne, quatre jours auparavant. Cette véritable révolution, qui ne dit pas son nom, pourrait redessiner profondément le visage de l’Union européenne! C’est salutaire, mais c’est surtout urgent, car la déflation, le chômage de masse, la misère sociale, tout autant que la montée de mouvements d’extrême droite, voire carrément néo-nazi, ainsi que le refus de reconnaissance des droits des minorités en Europe mettent, chaque jour, un peu plus, le projet européen en danger. Or, ce n’est pas de moins d’Europe dont nous avons besoin mais d’une autre Europe!

 

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne jeunes

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