Renégocier la dette grecque : une urgence autant qu’une obligation!

Ayant gagné les élections, Syriza veut renégocier la dette de la Grèce et son leader, Alexis Tsipras, devenu son 1er ministre, veut aller vite et fort, alors que Bruxelles bloque. Pourtant, les Européens ont le devoir impérieux d’aider les Grecs.

Les leçons du passé!

L’histoire économique, particulièrement en Europe, est ponctuée de multiples exemples de dettes non payées de façon unilatérale, de dettes partiellement remboursées d’un commun accord ou de dettes simplement évaporées par le jeu de l’inflation.

Des ”emprunts russes” consentis principalement par la France et jamais payés par les bolchéviques après la ”révolution rouge” aux accords de Londres de 1953 qui réduisirent la dette de l’Allemagne de moitié en un coup de crayon, en passant par l’inflation au sortir des 2 grandes guerres du XXème siècle, et qui ont permis à tous les pays européens de faire évaporer leurs dettes, il n’y a pas un pays européen qui au XXème siècle n’ait pas, à un moment ou à un autre, profité d’une façon ou d’une autre d’une restructuration, d’une négociation ou d’une évaporation de sa dette publique.

Enfin, dernière leçon du passé, au soir de la ratification du traité de Versailles, en 1919, seuls quelques hommes se sont opposés à l’esprit revanchard des vainqueurs de la 1ère guerre mondiale. Georges Clemenceau en tête, a mis en place un véritable pillage organisé, notamment contre l’Allemagne, pour l’humilier et lui faire payer le coup de la guerre. Cet esprit de revanche n’a apporté que de la souffrance, de la haine et in fine (encore) la guerre.

Il a fallu toute l’expertise, tout aussi fine qu’exceptionnelle d’un jeune et brillant économiste anglais, John Maynard Keynes, pour comprendre ”les conséquences économiques de la Paix”. On ne fait pas la Paix contre l’autre mais avec l’autre.

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Athènes n’est pas la seule responsable!

Dès lors, pourquoi refuserait-on aux Grecs une renégociation de leur dette publique, alors qu’ils ont vécu l’invivable? Les Grecs ont subi une perte de 25% de leur richesse nationale en 5 ans, comme si la France produisait 500 milliards d’euros de moins de richesse par an, les retraites ont été réduites en moyenne de 30%, le salaire minimum a diminué de 22%, des fonctionnaires ont été licenciés, les coupes budgétaires dans la santé sont telles que de nombreux Grecs ne se soignent plus, par manque de moyens ou à cause de l’effondrement du système de santé..

Et même si les Grecs ne sont pas exempts de toute responsabilité (administration fiscale défaillante, pans entiers de la société qui ne payent pas ou peu d’impôt comme l’Église ou les armateurs, absence de cadastres pour contrôler les propriétés…), n’oublions pas que la violence de la crise en Grèce est double. D’une part, comme les autres économies européennes et mondiales, la Grèce a violemment été touchée par la crise des ”subprimes” et la chute de Lehmann Brother en 2007-2009, d’autre part, l’une des plus grandes banques d’affaires du monde, Goldman Sachs, a spéculé sur et contre la Grèce, après s’être fait grassement payer pour l’avoir aidée à maquiller ses comptes publics, ce qui a mis, par ailleurs, Athènes sur le banc des accusés, aux yeux de l’Europe et de la finance mondiale.

Si Athènes n’est pas la seule responsable, alors, il faut aider Athènes à renégocier sa dette. Et pour cela, il y a de nombreuses façons de s’y prendre. On peut réduire les taux d’intérêt, parfois honteux, qu’on fait payer aux Grecs, on peut allonger la durée de remboursement de leurs prêts, on peut effacer purement et simplement une partie de leur dette ou bien encore,  on peut la faire s’évaporer, avec la nôtre pour le coup, par une augmentation des prix d’environ de 3 à 4%, contre quasiment 0% aujourd’hui. Bruxelles rejette ces 2 dernières options car elles touchent au dogme libéral soutenu par les leaders européens. Pourtant, ce sont elles qui auraient les effets les plus forts, les plus puissants et les plus rapides.

Tsipras, le dernier démocrate?

Nul ne conteste que la Grèce devra mettre en place des réformes pour que son fisc travaille enfin normalement, que son administration soit enfin efficace, que son économie soit enfin au service du peuple et que l’État respecte enfin les droits des minorités.

Mais la victoire de Syriza, même si son alliance avec les Grecs indépendants de la droite souverainiste est discutable, elle a permis, pour la première fois depuis l’avènement de la démocratie en Grèce, de mettre dans l’opposition les 2 partis les plus corrompus du pays [Nouvelle démocratie (droite) et PASOK (Parti socialiste)], co-responsables de l’état du pays, tout en évitant de voir arriver un parti d’extrême droite au pouvoir. Tout démocrate, même sans partager les idées de Syriza, doit pouvoir comprendre cela.

Si l’Union européenne nous assure la paix, les Grecs nous ont assuré une solution démocratique. Profitons-en pour trouver une solution satisfaisante pour tout le monde, même si cela a un coût, car il n’est pas sûr que la prochaine fois, le partenaire soit un démocrate!

 

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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