Ukraine: L’Europe va-t-elle, de nouveau, connaitre la guerre?

Malgré l’accord arraché in extremis à Minsk le 12 février dernier, les événements de ces derniers mois en Ukraine sont très inquiétants et semblent avoir atteint un point de quasi non-retour. En cas de nouvel échec du cessez-le-feu, l’idée d’une guerre ne sera plus à exclure.

 

Une suite d’événements dramatiques…

Tout a commencé fin novembre 2013, quand Viktor Ianoukovitch, alors Président de l’Ukraine, refuse de signer l’accord de partenariat entre l’Ukraine et l’Union Européenne du fait de pressions et de propositions financières et gazières venues de Moscou. En réponse, la partie pro-européenne de la population ukrainienne descend dans la rue, principalement sur la place Maidan, place principale de Kiev, la capitale, alors que dans l’est du pays, la partie de la population pro-russe s’inquiéte de voir nommer des ministres nazis dans le gouvernement ”d’union nationale”.

Ensuite, tout s’enflamme: Kiev, la pro-européenne veut sanctionner l’est pro-russe en interdisant la langue de Tolstoï pourtant langue principale d’au moins 30% de la population à l’est et parlée par une très grande majorité des Ukrainiens, y compris ceux de l’ouest. En réponse, la Russie arme, finance et soutient les Ukrainiens de l’est devenus ”rebelles”, en réponse au soutien financier fait par les Européens et les Américains aux Ukrainiens de l’ouest.

Pire, Poutine réussit l’exploit de rattacher la Crimée à la Russie, aux yeux et à la barbe des occidentaux, en soutenant l’organisation d’un référendum local soit disant d’autodétermination, mais tout aussi anti-démocratique (organisation à la hussarde, absence de véritable débat, menace militaire à peine dissimulée) qu’illégitime (le peuple d’origine de la Crimée, les Tatars, ayant refusé de particper à cette mascarade démocratique). Mais l’ouest n’y peut rien et enrage à son tour.

Depuis, avec des relants de guerre froide, autant dans le vocabulaire que dans les mesures, la Russie et les Etats-Unis, avec le soutien de l’Union européenne, se rendent coup pour coup. Cela passe par un soutien financier, technique, politique et militaire aux rebelles de la part de la Russie, les occidentaux répondant par des sanctions économiques contre les proches de Poutine, en espérant faire se soulever le peuple russe contre leur Président, ce dernier répondant en accentuant son soutien à l’est ukrainien, ce qui pousse l’Union européenne et les Etats Unis à renforcer de plus belle leurs sanctions. Mais où peut mener cette escalade? Nul ne le sait, c’est pour cela qu’un cessez-le-feu devenait urgent.

RU-EU-UK

… aux racines très anciennes!

Souvent, les conflits commencent suite à un événement spontané et/ou mineur, mais leurs racines sont très souvent beaucoup plus profondes. Nul ne doit oublier, sans pour autant excuser ou approuver les comportements des protagonistes d’aujourd’hui, qu’à la chute de l’Union soviétique, l’occident avait promis à la Russie que l’OTAN, qui par ailleurs aurait dû être dissoute puisque sa principale raison de vivre, le ”risque soviétique”, venait de s’évaporer, ne s’élargirait pas à l’est sur les décombres de feu le Pacte de Varsovie. Et pourtant, les Etats-Unis ont poussé les frontières de l’OTAN toujours plus à l’est, invitant cordialement les nouveaux Etats membres de l’Union européenne à rejoindre l’organisation militaire, puis en faisant la même offre aux autres pays européens non membres de l’Union européenne (la Géorgie, l’Arménie, l’Ukraine…).

Pour la Russie, ce fut vécu comme une stratégie délibérée d’encerclement et d’étranglement consciemment menée par les Etats-Unis, en pleine violation de l’accord trouvé aux début des années 1990.

Mais, sans que cela puisse exonérer les uns de leurs responsabilités historiques et les autres de leurs devoirs d’aujourd’hui, ce passif est là et la confiance, nécessaire à toute résolution pacifique du conflit, sera d’autant plus dure à reconstruire.

 

L’Europe, de nouveau, face à ses (vieux) démons

L’histoire de l’Europe est pavée d’exemples de conflits s’enlisant et finissant en guerre. 100 ans après l’assassinat de l’archiduc d’Autriche, héritier du trône austro-hongrois, François-Ferdinand, qui fut l’élément déclancheur de la 1ère guerre mondiale dans un jeu d’alliances politico-militaires complètement fou, 79 ans après la guerre d’Espagne qui a vu les démocraties européennes ne pas armer les républicains contre Franco, situation politique qui pourrait aisément être comparée à celle actuelle en Ukraine, et 24 ans après le début de la guerre dans les Balkans où les Européens ont imploré l’aide des Américains, incapables qu’ils étaient d’assurer la paix sur leur propre continent. Ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine laisse de plus en plus l’impression que l’histoire bégaye, encore une fois, serait-on tenté de dire, en Europe.

 

Minsk, l’accord de la dernière chance

In fine, l’accord de Minsk, qui prévoit un cessez-le-feu complet, demande de l’Union européenne, ainsi que le début de la fédéralisation de l’Ukraine, demande russe, signé entre la Russie et l’Ukraine sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne semble bien être celui de la dernière chance.

Car, en cas d’échec, quelles solutions restera-t-il? Armer l’Etat ukrainien contre les rebelles? Assurément, Poutine trouverait là une raison supplémentaire pour armer directement et officiellement les rebelles! Asphyxier financièrement la Russie, encore plus, en multipliant les sanctions économiques contre celle-ci, et particulièrement contre les proches de Poutine? Le sentiment anti-américain des Russes, et par ailleurs la popularité de Poutine, en sortiraient encore renforcés! Dialoguer et négocier directement avec Poutine? Sûrement, mais jusqu’à quand et jusqu’où?

En attendant, les Européens, Russes compris, apprennent à vivre de nouveau avec l’équilibre de la peur, et l’avenir des peuples de l’Ukraine semble se jouer loin d’eux…

 

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne jeune

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