”Citoyen européen de nationalité bretonne!”

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Il y a tout juste 2 ans, le 06 mai 2013, Jean-Jacques Manrot-Le Goarnig est décédé. Vous ne le connaissez pas? Pourtant, son combat mérite de l’être en France et en Europe. Il est l’homme grâce à qui on peut porter nos prénoms dans notre langue maternelle!
Paris refuse les prénoms bretons!
Tout commence par un banal (mais heureux) événement. En 1946, un homme, M. Jean-Jacques Manrot-Le Goarnig, Breton en l’occurrence, vient de devenir père. Fier, tout comme sa femme, de ses racines, de sa culture, de sa langue, de son histoire, et (assurément) heureux d’avoir un enfant, en l’occurrence, une fille, il décide de lui donner un prénom breton : Garlone. Quoi de plus ”normal”, de plus ”banal” qu’un Breton donnant à son enfant un prénom breton!
Mais l’agent civil de la mairie refuse tout simplement d’inscrire l’enfant avec le prénom choisi par les parents! La petite fille sera enregistrée de force sous le prénom français Mireille! Pire, l’argument légal, mais néanmoins complètement absurde, grotesque et injurieux pour les parents, c’est de dire que seuls les prénoms listés dans la loi (sic) qui date de Germinal an XI (avril 1803) peuvent être donnés! Garlone, n’est reconnue par la France que sous le nom de Mireille, tout comme ses frères et sœurs qui auront des prénoms français! On se croirait en pleine dictature moderne, même s’il est vrai que la grande Terreur de Robespierre, qui a inspiré cette loi et cette vision jacobine de la France, n’a rien à envier aux dictatures du XXIème siècle!
En somme, voilà le vrai visage de ”l’Universalisme à la française”. Il dirige tout, il impose tout, il est la pensée unique – en l’occurrence, la pensée inique – il refuse toute différenciation, toute reconnaissance identitaire.
Pendant plusieurs années, 6 des enfants de Jean-Jacques Manrot-Le Goarnig et sa femme seront privés d’Etat Civil, des sans-papiers, sans existence légale et donc sans aucuns droits sociaux ni allocations familiales! Le couple décide alors de porter l’affaire devant l’Organisation des Nations Unies (ONU) et la Cour Européenne. Ils refusent d’abdiquer devant la bêtise sans nom de l’administration française.
L’ONU reconnaît la nationalité bretonne!
C’est alors que l’ONU rentre dans le jeu et décide d’octroyer un passeport à l’enfant mais pas n’importe quel passeport : un passeport avec la citoyenneté européenne et la nationalité bretonne! Quelle idée brillante, juste et avant-gardiste!
En effet, quelle idée révolutionnaire de la part de l’ONU, et quelle gifle pour la France « une et indivisible » ! Imaginez-vous un instant, la France avec sa grandeur, son passé impérial (encore récent à cette époque), le Général de Gaule et sa ”certaine idée de la France,” son ”Vive le Québec libre”, qui se voient renvoyer dans les cordes par l’ONU!
L’idée est avant-gardiste : (on est dans les années 1960!) et la citoyenneté européenne n’a été officiellement créée qu’avec le Traité de Maastricht, en 1992. Quant à la nationalité bretonne, reconnue de fait, idée qui aurait été ridiculisée en place publique si elle avait été proposée par un autonomiste breton, c’est la preuve, en droit international, qu’il existe un peuple breton quoi qu’en pense Paris!
Mais oui, cette idée a bel et bien été proposée par l’Organisation des Nations Unies et la Cour Européenne. De ce fait, le peuple breton est reconnu en Europe, bien avant les traités, les discours, les mots et cela par les plus grandes autorités juridiques et politiques existantes au monde!
Les Bretons sont Européens par leur naissance et non par leur lien avec la France! Et ce raisonnement peut être tenu pour les autres peuples d’Europe: les Corses, les Basques, les Catalans, les Ecossais, les Gallois, les Flamands…
Un droit privé
Régulièrement, et encore récemment, des cas de prénoms refusés par l’État sont jugés devant les tribunaux, partout en Europe, notamment en Europe de l’Est, là où vivent des minorités combattues par les capitales, malgré les conventions internationales signées par ces mêmes Etats.
En effet, le choix du prénom est un choix personnel et privé qui fonde l’identité d’une personne. Et les conventions internationales sont claires : l’État n’a pas à s’immiscer dans la sphère privée. D’ailleurs, à Strasbourg, l’ONU et la Cour des Droits l’Homme défendent bec et ongle le droit des parents contre la puissance de l’État. C’est à ce dernier que revient l’obligation de prouver qu’il y a un véritable danger et que le prénom doit être changé. Avoir un prénom autre que ceux du pays n’est en aucun cas un danger, c’est une richesse immatérielle inestimable qui contribue à la création d’un monde multiculturel, multipolaire, multilingue, multiple, en somme. La diversité, ça s’entretient, sinon, autant tous s’appeler Kevin ou Shirley!
Vous l’aurez compris, par cet article, je souhaite rendre hommage et remercier personnellement cet homme que je n’ai pas connu mais à qui je dois beaucoup! Ne serait-ce que mon prénom! Car si j’ai un prénom corse sur mon Etat Civil, et si mon fils a un prénom corse, lui aussi, c’est parce que cet homme, un jour, s’est battu contre l’Etat français jacobin et pour le droit des parents à pouvoir donner le prénom qu’ils désirent à leur enfant et dans la langue qui est la leur.
Paix à son âme et que son nom ne soit pas oublié…
Roccu GAROBY
Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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