L’Europe face au défit migratoire

A child blows a kiss as migrants disembark from the Italian Navy frigate Bersagliere at the Reggio Calabria harbor, Italy, Monday, May 4, 2015. Italy's Coast Guard and Navy as well as tugs and other commercial vessels joined forces to rescue migrants in at least 16 boats Sunday, saving hundreds of them and recovering 10 bodies off Libya's coast, as smugglers took advantage of calm seas to send packed vessels across the Mediterranean. Sunday's drama at sea came a day after 3,690 migrants were saved from smugglers' boats. Most of those migrants are still being taken to southern Italian ports even as the fresh rescues were taking place. (AP Photo/Adriana Sapone)

Dans la nuit du 18 au 19 avril dernier, il y a (encore) eu un drame affreux en Méditerranée faisant près de 700 morts. Au total, ce sont au moins 20 000 immigrants qui ont trouvé la mort depuis le début des années 2000, selon l’agence européenne FRONTEX. Une honte pour l’Europe! Un débat apaisé et sérieux sur l’immigration en Europe est désormais plus que nécessaire et urgent!

L’Europe forteresse
On l’a un peu oublié mais l’homme a longtemps été un nomade, soit pour chercher à manger, soit pour fuir un risque naturel ou la violence d’autres hommes. Ce n’est que tardivement, dans l’histoire de l’humanité, qu’il s’est sédentarisé, qu’il a établi son lieu de vie, construit des villes et érigé des frontières. En cela, l’Europe a probablement été un continent précurseur.

Mais même depuis la ”création” des frontières, il y a toujours eu des hommes et des femmes qui sont venus puis repartis, comme les marchands, venus s’installer pour fuir leur chez eux, ceux qu’on appelle aujourd’hui des demandeurs d’asile, ou par amour de cette nouvelle terre, ceux qu’on appelle les migrants d’adoption.

Et s’il existe un continent au monde où les hommes sont venus, partis, revenus, se sont installés et mélangés, c’est bien l’Europe. Et pourtant, l’Europe d’aujourd’hui a décidé de ”fermer” ses frontières et de laisser mourir des milliers d’hommes et de femmes à ses portes, alors que ceux-ci ne souhaitent rejoindre le vieux continent que pour vivre en paix, fuyant la guerre et/ou les atrocités dans leur pays, en partie occasionnées par la politique et/ou l’héritage politique des Européens!

Immigration légale: entre opportunité et obligation morale
Avant d’ouvrir le débat sur l’immigration, il faut préciser qu’il y a toujours eu, et de tout temps, une immigration légale et autorisée qu’on pourrait regrouper en 4 grandes composantes.

Premièrement, il y a l’immigration estudiantine. En effet, les étudiants du monde entier viennent étudier en Europe. Et c’est une chance pour le vieux continent, car c’est notre enseignement, notre connaissance, notre vision du monde et nos valeurs européennes qui sont enseignés à ces jeunes qui demain retourneront chez eux et garderont des contacts personnels et professionels avec l’Europe. En effet, la diaspora est un puissant vecteur social et économique.

Deuxièmement, il y a l’immigration professionnelle. En fait, de nombreux métiers, souvent difficiles et peu gratifiants, ne sont plus prisés voire boudés par les Européens, et les immigrés, bon an mal an, acceptent de les occuper, souvent en l’absence d’autres choix et en attendant mieux! Ces hommes et ces femmes font un travail que nous ne voulons pas/plus faire, nous devrions leur en être reconnaissants plutôt que de les montrer du doigt.

Troisièmement, il y a l’immigration familiale. Vivre en famille est un droit fondamental et quand un homme ou une femme, (même si c’est plus souvent le cas d’un homme), vit et travaille depuis un certain temps sur un territoire, il doit avoir le droit, dans le respect des lois, de vivre en famille et de faire venir les siens là où il travaille et paye des impôts. Ne demandrions-nous pas la même chose, si, pour une raison professionelle, nous devions partir à l’étranger?

Enfin, il y a l’immigration liée au droit à l’asile. Les demandeurs d’asile, par définition, n’ont pas vocation à rester indéfiniment sur le territoire où ils sont accueillis puisqu’ils possèdent une protection politique temporaire, tant que leur vie est en danger chez eux, du fait d’une guerre ou d’un génocide, par exemple. L’Europe ne peut rester sourde à ces demandes. Le continent qui défend la paix, la démocratie et les droits de l’Homme ne peut rester insensible aux demandeurs d’asile. C’est notre humanité (celle des Européens) qui serait questionnée si nous restions insensibles à ces appels.
En somme, l’immigration légale, pour peu qu’elle s’appuie sur des lois précises, transparentes et connues de tous (habitants comme immigrés) et sur un échange mutuel entre immigré et ”population autochtone” est, potentiellement, une opportunité économique, sociale et culturelle et bien-sûr, une obligation morale, dans le cas des demandeurs d’asile.

Immigration (il)légale: entre lutte contre les réseaux et humanisme
Au-délà de l’immigration légale, il y a aussi l’immigration illégale qui est souvent organisée en réseau, comme c’est le cas avec ces bateaux tentant l’impossible, au milieu de la Méditérannée.

En réalité, tout une partie de ces immigrants illégaux pourraient venir toutà fait légalement en Europe puisque pour certains d’entre eux, ils remplissent les critères de demandeurs d’asile! Sauf que la demande doit se faire sur le territoire d’arrivée de l’Etat membre européen. Autrement dit, une partie des immigrés font le voyage illégalement alors qu’ils peuvent demeurer temporairement en Europe de façon légale, et cela, au péril de leur vie, avec la complicité passive de l’Union européenne!

De plus, en absence de politique migratoire européenne, certains Etats, notamment l’Italie, souffrent d’une arrivée massive de migrants sur toute une partie de leur territoire et sont accusés, ensuite, par leurs voisins européens, de laisser partir les demandeurs d’asile dans d’autres Etats membres. Et libre circulation dans l’espace Schengen oblige, les migrants peuvent déposer leur demande d’asile dans un autre pays.

Un débat posé devenu urgent
Désormais, le débat est européen et urgent, car aucun Etat ne peut, à lui seul, faire face à cette pression migratoire. Et ce n’est pas un (ultime) sommet exceptionnel des chefs d’Etat et de gouvernements européens (qui n’ont d’ailleurs aucun pouvoir législatif ou exécutif au niveau européen), qui arrangera l’affaire. Nous avons besoin d’un vrai et long débat européen, d’une proposition législative de la Commission européenne et d’un vote du Parlement européen et des ministres concernés.

Car, à court terme, la multiplication des conflits et des guerres aux abords de l’Europe (Afrique, Proche Orient) et à moyen et long terme, le dérèglement climatique (avec des réfugiés “climatiques” fuyant les épisodes de sécheresse et de montée des océans) ne vont faire qu’amplifier le phénomène migratoire, dans les années à venir.

Ces derniers jours, nous avons vu que des trafiquants d’êtres humains étaient assez cupides pour condamner à mort des hommes, des femmes et des enfants pour une pièce d’or. Les 500 millions d’Européens que nous sommes, même englués dans l’une des plus grosses crises économiques et sociales de notre histoire, nous avons l’impérieuse obligation d’avoir une politique migratoire commune qui soit juste, humaine et ouverte, sinon pourquoi nous batte pour préserver nos valeurs d’humanisme?

Roccu GAROBY
Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

Advertisements