Elections au Royaume-Uni: Victoire historique des nationalistes écossais, Cameron Premier d’un Royaume-(dés)Uni, l’Europe des peuples est en marche!

Nicola sturgeon

Le SNP rafle (presque) tout!

56 élus sur 59 sièges!

S’il n’y avait qu’un nombre à retenir, ce serait celui-ci! Lors des élections législatives britanniques, le Scottish National Party (SNP) a raflé 56 sièges sur les 59 que compte l’Ecosse! Rendez-vous compte, en 2010, il n’en avait que 6 sur 59! C’est un véritable tremblement de Terre politique, seulement 8 mois après le référendum, perdu de peu, sur l’indépendance.

Le SNP a dépouillé tous ses concurrents politiques. Le principal parti britanique d’opposition: le Labour (parti travailliste de centre gauche) dont l’Ecosse est pourtant un fief historique et qui avait obtenu 41 élus en 2010, doit se contenter d’un seul et unique siège au nord du mur d’Hadrien! Les libéraux-démocrates (parti centriste) qui ont toujours réaliser d’honorables scores en Ecosse, ont payé très cher leur coalition gouvernementale et la politique d’austérité menée à Londres. Ils ont perdu 10 des 11 sièges gagnés en 2010. Les conservateurs, honnis en Ecosse, et leur Premier Minsitre, David Cameron détesté par les Ecossais, ont conservé leur unique siège écossais. Le peuple écossais, en ayant choisi quasi exclusivement que des députés SNP, sera entendu à Westminster, le Parlement britannique, comme jamais auparavant!

Un mode de scrutin pourtant défavorable
Le mode de scrutin aux élections législatives britanniques est très injuste et très défavorable aux petits partis. Le fameux “First past the post” (”le premier gagne le siège”) est un scrutin majoritaire uninominal à 1 seul tour! Autrement dit, le (la) candidat(e) arrivé(e) en tête au soir de l’unique tour est élu(e), quelque soit son résultat et quelque soit le taux de participation! Une véritable machine à vote utile dont les nationalistes écossais ou gallois, comme les petits partis anglais, ont toujours souffert! Et pourtant le SNP a obtenu 56 sièges sur 59!

50% des voix!
En fait, cette année, le vote utile, c’était le vote SNP, tout simplement! Le parti dirigé par la Première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a obtenu 50% des voix en Ecosse, du jamais vu, a fortiori lors d’une élection législative… britannique! Le tout avec le taux de particiaption le plus élevé de tout le Royaume-Uni, plus de 71% contre 66% pour toute la Grande Bretagne. Ce résultat historique doit être mis en perspective avec les récents succès du SNP!

En 2010, aux mêmes élections, le SNP avait obtenu un très bon score avec 20%. En 2007, lors de la première victoire du SNP aux élections pour le Parlement écossais, qui sont traditionnellement plus favorables aux nationalistes, le parti mené alors par Alex Salmond avait obtenu 31% des suffrages. Et en 2011, lors de sa victoire -déjà historique- qui lui avait permis d’arracher une majorité absolue et d’organiser un référendum sur l’indépendance, le SNP avait obtenu 44% des voix! En 2015, il fait encore mieux avec 50%!

Renouveaux politiques
Nombreux sont les commentateurs qui cherchent à comprendre les raisons de ce succès. Pourtant, elles sont évidentes et nombreuses!

Tout d’abord, les Ecossais, plus à gauche et plus européens que les Anglais, sont très largement satisfaits de la façon dont l’Ecosse est gérée par les nationalistes. Le résultat de 2011, réélection et renforcement de la majorité du SNP, corrobore cette argumentation.

D’autre part, le SNP est aussi un parti qui sait se renouveler. Après la défaite au référendum, l’ex-leader charismatique du SNP, Alex Salmond, a décidé de laisser sa place de Premier Ministre de l’Ecosse alors que rien ne l’y obligeait! Sa Vice Première ministre, Nicola Sturgeon, qui avait réussi à convaincre la majorité de Glasgow de voter YES, a alors pris la tête du parti et du gouvernement. Elle a formé le premier gouvernement paritaire d’Ecosse et n’a pas hésité à propulser des femmes et des jeunes sur le devant de la scène.

Un exemple? Mhairi Black! Cette jeune nationaliste a été élue députée SNP à Westminster à tout juste 20 ans! Elle est devenue la plus jeune députée de Westminster depuis 1667! Quand on a un parti qui rassemble, qui tient ses engagements, qui défend l’intérêt du peuple et qui sait se renouveler… alors le succès est au rendez-vous!

Sanctions électorales
Les Ecossais ont aussi voulu sanctionner lourdement tous les partis politiques britanniques. Alors que la sécurité sociale en Ecosse a été sanctuarisée, les travaillistes, dans l’opposition à Westminster, ont soutenu, à Londres, les coupes budgétaires proposées par le gouvernement libéral-conservateur!

De plus, les frais d’inscription à l’université sont gratuits en Ecosse alors que les libéraux, au gouvernement avec les conservateurs, les ont triplés partout ailleurs après avoir promis le contraire pendant la campagne électorale de 2010!

Enfin, les Ecossais n’ont pas pardonné aux travaillistes d’avoir fait campagne pour le NO à l’indépendance aux côtés des conservateurs et de David Cameron, détesté par tous les Ecossais. La sanction électorale a donc été immédiate mais surtout violente!

Vers un nouveau référendum?
Tout cela redessine complètement la carte politique en Ecosse. Un nouveau référendum sur l’indépendance n’est plus à exclure, le parti indépendantiste pesant 50% des voix, et Nicola Sturgeon ayant clairement annoncé qu’elle n’accepterait pas de voir l’Ecosse exclue de l’Europe par une décision prise par Londres ou les Anglais! Les prochaines élections écossaises prévues dans tout juste un an, le 5 mai 2016, s’annoncent déjà décisives pour l’avenir du peuple écossais!

Les nationalistes gallois progressent aussi

Un très bon cru 2015 et…
Le Plaid Cymru (le Parti du Pays de Galles) qui est le parti nationaliste gallois a lui aussi progressé lors des dernières élections britanniques. Bien qu’il n’ait pas réussi à arracher de nouveaux sièges, il n’échoue que de quelques centaines de voix dans une quatrième circonscription, conservant aisément ses 3 élus, ce qui correspond à son résultat de 2010, et il progresse partout ailleurs, en voix et en proportionnalité. Avec 12% des voix, contre 11% en 2010, il n’obtient que 3 sièges sur 40.

Très clairement, le système électoral du ”premier est élu” joue pleinement en défaveur des nationalistes gallois. Et l’électeur gallois n’a pas encore franchi le pas qu’a osé l’écossais, ce jeudi 7 mai.

…le regard déjà tourné vers 2016
Le Plaid Cymru, à l’instar du SNP, est un parti bien plus à gauche que le Labour dont le Pays de Galles est un fief travailliste, tout comme l’était l’Ecosse. Pour les mêmes raisons qui ont poussé les Ecossais à abandonner le Labour Pa, les Gallois pourraient très prochainement ne plus voter “travailliste” et préférer le Plaid. En tout cas, sa leader Leanne Wood a donné de la voix pendant la campagne.

Au Pays de Galles aussi, l’avenir politique des nationalistes s’annonce radieux. Après ce très bon résultat dans un contexte difficile, les élections galloises auront lieu le 5 mai 2016 et il est possible que, cette fois-ci, les électeurs donnent directement mandat au Plaid pour défendre leurs intérêts. Le Plaid Cymru est un très sérieux candidat au gouvernement de Cardiff, responsabilité qu’il a déjà exercé, en coalition, de 2007 à 2011.

Les conservateurs à la tête du Royaume-(dés)Uni

David Cameron: l’homme fort de l’Angleterre
David Cameron, le leader des conservateurs britanniques et Premier Ministre sortant, peut savourer sa victoire. D’une majorité relative, il était en coalition avec les libéraux-démocrates, il obtient une (courte) majorité absolue avec 331 sièges sur 650, grâce au gain de 24 sièges, principalement en Angleterre, et particulièrement sur le dos de ses anciens alliés de coalition.
Désormais, il est l’homme fort du Royaume-Uni, ou plutôt l’homme incontestable de l’Angleterre, dans un Royaume-(dés)Uni. En effet, les conservateurs détiennent 319 sièges (sur 533) en Angleterre, 11 sièges (sur 40) au Pays de Galles, 1 siège (sur 59) en Ecosse et 0 (sur 18) en Irlande du Nord! Il a beau s’appeler Premier Ministre Britannique, il ressemble plus à un Premier Ministre de l’Angleterre, et il devra composer avec les autres partis politiques à Westminster, en particuier le SNP, 3ème force politique du Parlement!

Les fossés se creusent au sein du Royaume-Uni…
Après l’analyse des résultats des législatives britanniques, on peut en conclure que les heures de l’Etat britannique, au moins dans sa forme actuelle, sont comptées, tant le fossé, ou plutôt, les fossés se creusent.
En effet, entre une Ecosse, un Pays de Galles et une Irlande du nord qui revendiquent fièrement leur autodétermination et une Angleterre fermée à toute évolution et arcboutée à son Royaume-Uni, le statu quo ne peut demeurer. De plus, entre une Ecosse et un Pays de Galles pro-européens et une Angleterre eurosceptique, le clash semble inévitable. Enfin, entre une Ecosse et un Pays de Galles progressistes et une Angleterre conservatrice, un compromis semble improbable!
Le Royaume-Uni a donc vécu, et le fédéralisme proposé par David Cameron, au sortir des élections législatives, pourra, peut-être masquer, pendant un certain temps, les profonds désaccords entre les 4 nations qui composent le Royaume-Uni, mais à terme, c’est inévitable, l’Ecosse et le Pays de Galles reprendront leur indépendance et l’Ulster retournera à l’Irlande. L’Histoire est déjà écrite, seul le timing demeure incertain.

…et avec l’Europe
La victoire incontestable de David Cameron ne secoue pas seulement le Royaume-Uni mais aussi toute l’Europe. En effet, pendant la campagne, le 1er ministre britannique avait promis un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union Européenne, d’ici fin 2017. Désormais, il doit tenir son engagement.
A l’instar des (conservateurs) britanniques, il a toujours défendu une vision claire de l’Union européenne. Un grand marché, sans transfert, sans solidiarité et sans union politique. Les négociations s’annoncent donc très dures entre Londres et Bruxelles.

Un jeu de poker menteur
Désormais, s’ouvre un immense jeu de poker menteur en Europe. D’une part, David Cameron l’a toujours dit, il ne souhaite pas quitter l’Union Européenne; il préfère un bon accord avec Bruxelles que de devoir la quitter, mais il ajoute aussi qu’il est sous la pression de l’aile ”eurosceptique” de son parti qui peut le mettre en minorité à Westminster! Il veut ”le beurre et l’argent du beurre”, en somme.

La Commission européenne a annoncé qu’elle était prête à négocier, mais qu’il y avait des lignes rouges à ne pas franchir, sans pour autant vraiment les définir, par peur de mettre Londres en difficulté.

Puis, il y a les pays qui, pour des raisons politiques (gouvernements conservateurs et/ou libéaux) ou géopolitiques (Irlande, Pays-Bas, pays scandinaves…) préfèrent garder le Royaume-Uni au sein de l’Union européenne car c’est un allié précieux.

La valse à 3 membres
Enfin, il y a la valse à 3 membres entre la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. L’Allemagne, et particulièrement Angela Merkel, ne veut pas se retrouver en face à face avec la France et François Hollande. La France souhaite voir le Royaume-Uni dans l’Union car il est son allié dans la coopération militaire. Le Royaume-Uni, qui préfère être au milieu du jeu pour faire l’arbitre et mieux défendre ses intérêts, ne pourra pas aller trop loin car il sera sous le contrôle du SNP en Ecosse qui pourrait bien “dégainer” un référendum en cas de risque de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

Qui va abattre ses cartes en premier? Qui sera le meilleur négociateur? Qui assumera politiquement le prix d’un (mauvais) accord? Quel sera le prix ou le coût de cet accord? Et sur le dos de qui se fera-t-il?

Un référendum avant fin 2017!
Le référendum devra se tenir avant fin 2017, pendant la Présidence britannique de l’Union Européenne (juillet-décembre 2017) et probablement juste après les élections présidentielles françaises (avril-mai 2017) et les législatives allemandes (avant octobre 2017).

Selon l’engagement de campagne de David Cameron, le référedum devra être une question simple sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, avec une réponse OUI/NON. Pour défendre la place du Royaume-Uni dans l’Union, il devra obtenir des concessions de Bruxelle cela, il faudra probablement renégocier les traités européens, ce qui implique l’accord des autres Etats!

Et cela tombe plutôt bien, car les autres Etats, notamment ceux de la zone euro, ont besoin de revoir les traités, pour approfondir l’Union, assurer un meilleur contrôle politique et démocratique sur les décisions en zone euro et mettre enfin en place la convergence fiscale, sociale et environnementale entre les Etats membres, afin de lutter contre le dumping social et fiscal. Mais l’approfondissement au sein de la zone euro pourrait être violemment attaqué par le dumping que pourraient faire les Britanniques, grâce à toutes les exceptions et concessions qu’ils auront arrachées.

C’est un véritable casse-tête en perspective qui risque de mettre à mal le projet européen et la possibilité de mener des politiques progressistes au niveau européen… Et tout ça, du fait de la victoire de David Cameron! Décidément, cette élection aura de nombreuses conséquences directes et indirectes.

L’Europe des peuples en marche!

Les Ecossais ont ouvert le bal européen
La victoire historique des nationalistes écossais aux législatives britanniques, qui fait écho au succès démocratique du référendum du 18 septembre dernier, lance définitivement l’Europe des peuples, l’Europe de l’auto-détermination.

Cette victoire à une élection ”étatique” est la preuve qu’à chaque élection un peuple peut et doit saisir l’occasion pour crier sa soif de reconnaissance et son besoin de changement.

Election plébicitaire en Catalogne
Et les prochaines étapes sont pour demain. Le 27 septembre prochain, les élections catalanes auront lieu et auront valeur de plébiscite. Après la victoire du SI en Catalogne, lors du référendum organisé le 9 novembre dernier mais non reconnu par Madrid, les forces indépendantistes catalanes ont décidé qu’en cas de majorité pro-indépendance au Parlement catalan après les élections de septembre, il y aurait une déclaration unilatérale d’indépendance!
En décembre 2015, aux élections territoriales les Corses doivent consolider et renforcer le mouvement national, lui permettre d’accéder aux responsabilités pour la première fois puis négocier avec Paris et Bruxelles et s’assurer que tous les votes émis et à venir par l’assemblée de Corse soient respectés et appliqués.

La lame de fond est lancée, le mouvement d’émancipation des peuples ne pourra plus s’arrêter. L’Europe des peuples arrive est pour demain!

Roccu Garoby

Président de l’Alliance Libre Européenne de Jeunes

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