Dette grecque : Le suicide collectif ou le sursaut européen ?

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Cet article a été écrit dimanche 28 juin au soir. Il se peut que d’ici là de nouveaux éléments se soient ajoutés à la longue liste d’événements qu’on dénomme pudiquement et injustement le ‘‘dossier grec’’ alors qu’il s’agit en fait d’un ‘‘dossier euro(péen)’’.

Les ‘‘faucons’’ contre les ‘‘colombes’’

Depuis le début de la ‘‘crise grecque’’, on assiste à un vrai combat politique entre les ‘‘faucons’’, les plus durs des ultralibéraux qui ne veulent rien lâcher sur le remboursement de la dette par la Grèce au risque –paradoxalement- de ne jamais revoir l’argent qu’ils ont prêté aux Grecs, et les ‘‘colombes’’ qui souhaitent trouver une solution politique, quitte à effacer une partie de l’ardoise grecque. Ce combat idéologique, d’une rare violence, semble recouvrir le clivage droite/gauche et nord/sud mais c’est, en réalité, bien plus complexe.

En effet, la France et l’Italie, qui ont toutes deux un gouvernement social-démocrate, ne soutiennent que du bout des lèvres Athènes. Car la réussite de Tsipras, patron de SYRIZA, ferait de facto ressurgir, en creux, l’incapacité d’Hollande ou Renzi de renégocier le traité budgétaire pour le premier, les règles de calculs du déficit budgétaire pour le second. En effet, tous deux, et en quelques semaines alors que Tsipras se bat depuis 5 mois, se sont couchés devant les ‘‘faucons’’ dont longtemps la chef de file était Mme Merkel elle-même.

De même, le clivage nord/sud n’est pas parfait :l’Espagne du conservateur Rajoy ne voit pas d’un bon œil la réussite de Tsipras pour la même raison que le Président français ou le Premier Ministre italien mais aussi parce que cela donnerait raison aux propositions défendues par l’opposition PODEMOS, le frère hispanique de SYRIZA.

Les ‘‘démocrates’’ contre les ‘‘technocrates’’

L’autre bataille idéologique qui fait rage dans cette affaire, c’est la lutte, elle aussi, d’une rare violence entre les ‘‘démocrates’’ et les ‘‘technocrates’’.

Les défenseurs de la cause grecque considère, à tort, que les technocrates -comprenez ‘‘Bruxelles’’ pour eux- imposent aux démocrates –comprenez le gouvernement grec- leurs vues. Mais les autres chefs d’Etat et de gouvernement européens ne sont pas moins légitimes que Tsipras et la Commission européenne, élue par le Parlement européen, lui-même élu au suffrage universel direct, n’est pas moins légitime qu’un autre gouvernement responsable devant son Parlement.

En fait, les seuls technocrates dans l’affaire sont les experts du Fond Monétaire International (FMI) et les fonctionnaires de la Banque Centrale Européenne (BCE). Et, là aussi, les choses sont complexes, la BCE et le FMI jouant chacun une partition complètement différente.

Gardienne de l’euro, la BCE est allée très loin dans le soutien à la Grèce parfois aux confins, voire au-delà, de ce que le traité l’autorise (rachat de dette publique grecque, prêts exceptionnels aux banques grecques au bord de la faillite depuis le retrait massif d’argent par les Grecs…). De plus, la BCE refuse catégoriquement d’assumer le choix politique de ‘‘débrancher la prise’’. Elle tape régulièrement sur les doigts d’Athènes et des capitales européennes en disant : « Assumez vos responsabilités ! ». En cela, elle passerait presque pour la ‘‘plus accommodante’’ de toutes les institutions européennes bien que non élue et indépendante !

Gardienne du temple du néolibéralisme, le FMI, lui, joue le rôle du chef des ‘‘faucons’’, imposant souvent sa vision politique au gouvernement grec. Christine Lagarde, la patronne du FMI, défend les intérêts financiers de la quasi-totalité des pays du monde entier, dont certains plus pauvres que la Grèce et/ou qui n’ont pas eu droit à un traitement de faveur dans le passé et qui ne sont pas prêts à faire de cadeau à la Grèce. Mais l’absurdité du ‘‘jusque boutisme’’ du FMI pourrait faire plonger in fine l’économie grecque, puis, par ricochet, l’économie européenne et mondiale dans une crise encore plus profonde que celle que nous connaissons aujourd’hui. Le FMI est un véritable poison dans le cocktail déjà bien trop amer.

‘‘Ultimatum’’ contre ‘‘Referendum’’

En réalité, l’accord n’est pas loin d’être trouvé. De sommet de la dernière chance en sommet de la dernière chance, on se rend compte que c’est un vrai jeu de poker menteur qui se joue. Tout d’abord le calendrier : la Grèce est à court d’argent mais son défaut de paiement vis-à-vis du FMI, par un jeu de communication interne à l’institution financière, ne sanctionnerait Athènes que dans plusieurs semaines. Le temps presse mais le sablier n’est pas encore vide.

Deuxièmement, tout le monde le sait, même le gouvernement Tsipras, que des réformes structurelles sont nécessaires, en Grèce, pour lutter contre la corruption, pour relancer une économie structurellement faible et pour réformer un Etat dans l’incapacité de lever l’impôt et dont les responsables sont les anciens partis au pouvoir, aujourd’hui dans l’opposition. Mais nul ne peut imposer de l’extérieur ces réformes. Au mieux, on peut s’accorder sur les objectifs à atteindre, mais ni un élu d’un autre Etat et encore moins un expert du FMI ne peut dire aux Grecs de choisir quelle coupe budgétaire faire ou quel impôt augmenter. C’est aux Grecs de faire ce choix politique.

Troisièmement, les Grecs, quoi qu’ils pensent des plans de sauvetage, doivent comprendre que des pays plus pauvres que leur pays, dont la Slovénie qui a déjà vu tomber 3 gouvernements sur cette question, les aident. En même temps, les Européens doivent comprendre que ce que les Grecs ont subi (perte d’un quart de la richesse du pays, baisse des minimas sociaux de plus de 30%, baisse des retraites jusqu’à 40% de leur montant, licenciements de fonctionnaires) n’avait jamais été fait en temps de paix.

Enfin, tout le monde l’admet, dans les termes actuels, la dette grecque ne sera jamais remboursée. Dès lors, une restructuration de cette dernière est inéluctable, que ce soit par une baisse des taux d’intérêt, un allongement de la durée de remboursement et/ou purement et simplement un effacement partiel de la dette. Refuser de parler ouvertement de cela est, au mieux condamnable, au pire criminel de la part des Européens et du FMI car tous savent que c’est la mesure qui permettra au gouvernement grec d’expliquer et de défendre l’ensemble du paquet de mesures incluses dans un nouvel accord.

Et c’est ainsi qu’on arrive à l’ultimatum des Européens, poussé par les ‘‘faucons’’ du FMI et le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble. C’est un ultimatum de facto puisqu’ils refusent délibérément toute négociation sur la dette, recherchant l’humiliation d’un peuple qui souffre depuis plus de 6 ans.

En réponse, Tsipras a dégainé un referendum sur le paquet de mesures qu’il considère comme inacceptable. Il pense que le referendum est le seul moyen de pression sur ‘‘Bruxelles’’ puisque les élections législatives du 25 janvier dernier, qui l’ont porté au poste de Premier Ministre, n’ont pas suffi, et le tout, au risque de faire exploser l’Euro, de faire disparaître l’épargne des Grecs et des Européens et de re-faire plonger l’économie européenne et mondiale.

Parfois, on se croirait en pleine guerre froide. Chacun a l’arme atomique capable de faire sauter (tout) le monde, personne ne veut en porter la responsabilité, en l’utilisant en premier, mais personne ne veut lâcher un centimètre dans cette guerre psychologique. Alors, allons-nous vers un suicide collectif ou un sursaut européen ? En attendant, ‘‘tant qu’il y a de la vie, ou plus de l’envie (de négocier), il y a de l’espoir (de trouver un accord) !’’

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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