Referendum Grec : L’Europe des Etats est morte !

greek-oxi

Cet article a été écrit dimanche 5 juillet au soir. Il se peut que depuis de nouveaux rebondissements soient arrivés. Néanmoins, le référendum grec a déjà fait un mort : L’Europe des Etats !

Les conséquences du referendum grec

Avec la large victoire du OXI (‘‘non” en grec) au référendum grec (aux alentours de 60%),  nul ne peut nier l’ampleur de la victoire du non mais nul ne dire avec certitude ce qui va se passer demain, dans une semaine ou même dans un mois. A vrai dire, avec la victoire du NAI (‘‘oui” en grec), on aurait été -très probablement- amené à tirer la même conclusion tant la situation est complexe et l’avenir incertain. Les négociations qui ont été gelées vont probablement reprendre, la dette grecque qui est insoutenable va probablement être restructurée, de gré ou de force, les Grecs qui ont déjà largement souffert de l’austérité vont probablement continuer à vivre avec cette politique absurde pendant plusieurs années.

Avec ce referendum, le gouvernement grec a voulu défendre son peuple. C’est non seulement légitime mais c’est son devoir ! Mais, en face, le gouvernement allemand -ou n’importe quel autre gouvernement des 17 autres Etats ayant l’euro comme monnaie- a voulu défendre les intérêts de ses citoyens et c’est tout aussi légitime, et c’est tout autant son devoir. Alors, comment faire quand il y a un désaccord politique profond au sein d’une même zone monétaire? Doit-on promouvoir le conflit Démocratie contre Démocratie ? Référendum contre référendum ? Etat contre Etat ? Malheureusement, dans cette voie-là, il n’y a aucune issue favorable à l’intérêt général européen et il n’y a aucune solution gagnant-gagnant ! Au ‘‘mieux”, il y a un gagnant qui humilie l’autre, au pire nous sommes tous perdants !

En réalité, ce référendum nous dit une chose. Les vieux Etats européens ne sont plus efficaces dans les sujets qui les dépassent, c’est-à-dire pour ce qui est ‘‘supra-étatique”. Mais, en même temps, nous ne pouvons accepter que ces décisions soient prises, au mieux, démocratiquement mais par les autres, au pire, par des technocrates ou des banquiers !

En démocratie, on peut accepter de perdre un combat politique quand on est minoritaire mais on ne peut accepter d’être privé de ce combat politique, c’est-à-dire du débat. La démocratie n’est pas négociable! Et c’est cela la vraie conclusion de ce referendum !

Nous avons le droit et le devoir de débattre démocratiquement des politiques économiques au sein de la zone euro et donc d’avoir la possibilité de contester l’austérité. Aujourd’hui, cela n’est pas possible car cet espace démocratique n’existe pas!

L’erreur fatale de Maastricht

Au moment de la ratification du traité de Maastricht, qui instaura la monnaie unique, en 1992, il y avait 12 Etats membres (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni) au sein de l’Union européenne.

Malgré les dires d’aujourd’hui, les disparités étaient -déjà- nombreuses. Les écarts économiques étaient forts au sein de l’Union avec une Grèce, une Espagne et un Portugal qui sortaient de dictatures qui avaient mis ces pays à genoux et qui avaient cruellement besoin d’investissements ; avec des régions devenues riches, grâce au charbon et à l’acier, et qui avaient été longtemps prospères et qui sont devenues soudainement -très – pauvres ; et avec des régions marginalisées parce qu’elles étaient aux confins de l’Union européenne ou parce qu’elles étaient des îles ou des zones montagneuses et qui, elles, souffraient d’un sous-investissement et/ou d’une faible attractivité économique chronique.

Les divisions politiques existaient elles-aussi. La France déclinante rêvait toujours de ‘‘grandeur”, le Royaume-Uni requinqué -par le sombre règne de Tchatcher- était revenu sur le devant de la scène économique, l’Allemagne réunifiée devait digérer le coût financier et politique de la RDA, qu’elle fit, au passage, payer partiellement à ses partenaires européens, et le Bénélux, un peu plus isolé, espérait toujours créer l’Europe Fédérale…

Dans cette situation encore complexifiée (mais pour une bonne cause cette fois-ci) par la chute du rideau de fer, une idée fédératrice vit le jour en Europe : l’Euro. Ce devait être tout autant un projet économique et social qu’un projet politique.

Ce projet politique devait logiquement s’accompagner, d’un gouvernement européen qui soit en capacité, à travers un budget européen et une fiscalité européenne, de défendre l’intérêt général, la stabilité de l’euro et le développement économique pour tous. Dans le cas de la Grèce, il aurait pu prendre, dans un cadre démocratique, des décisions économiques rapides et fortes et la crise aurait été probablement moins longue, moins douloureuse et moins coûteuse.

Mais les Etats membres, la France en tête, ne voulaient pas d’un gouvernement ‘‘supra-étatique” car c’était contraire à leur rêve de ‘‘grandeur étatique”. In fine, ce refus aura été, 23 ans plus tard, leur propre tombeau. Et l’impuissance de la France, devenue puissance de seconde zone au sein même de la zone euro, en dit long sur l’incapacité politique de penser l’avenir de l’euro de la part des chefs d’Etat et de gouvernement de l’ensemble de l’Union.

De plus, l’Histoire monétaire est cruelle car il n’existe pas d’exemple de monnaie commune qui ait résisté au temps et aux crises sans 2 piliers fondamentaux : un budget (pour corriger les déséquilibres économiques et sociaux) et un gouvernement (pour prendre ces décisions). Et au XXIème siècle, on ne peut imaginer un gouvernement qui ne soit pas démocratiquement élu, démocratiquement contrôlé et démocratiquement sanctionné dans les urnes.

La fin de l’Europe ou l’achèvement de sa construction

Désormais, nous sommes au milieu du gué et le choix est le même qu’il y a 23 ans, le temps disponible devant nous en moins : Voulons-nous mettre fin au projet européen ou souhaitons-nous achever ce projet qu’est l’Union européenne ?

La première option, défendue par les ‘‘souverainistes” principalement issus des rangs de la droite extrême, voire de l’extrême droite, a le mérite d’être claire et nette mais elle comporte des risques majeurs tant du point de vue économique, social, politique que démocratique.

La deuxième option, défendue par les ‘‘fédéralistes”, a l’obligation de résultat tant l’erreur initiale du traité de Maastricht a mis en danger l’idée même du projet européen.

Le statu quo défendu par les chefs d’Etats et de gouvernement et les partis traditionnels (socialistes, libéraux, conservateurs) est économiquement mortifère, socialement catastrophique et démocratiquement inacceptable.

Je le dis avec la plus profonde conviction, nous avons besoin de plus d’Europe mais cette Europe ne peut survivre qu’à la condition absolue qu’elle soit soutenue par les peuples qui la composent. Les Etats ont failli à leur mission de faire vivre l’Europe dans les capitales. Mais il serait illusoire de croire que la concentration des pouvoirs à Bruxelles soit l’alternative à la concentration des pouvoirs dans les capitales des Etats membres. Il nous faut donc avoir l’audace de créer une ‘‘fédération européenne d’Etats indépendants et de régions autonomes”. Ce que j’appelle ‘‘l’Europe des peuples”.

Cette Europe ne peut être que démocratique et cela veut dire qu’il est plus qu’urgent que nous ayons un gouvernement européen, un budget européen, une fiscalité européenne en plus d’une monnaie européenne.

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

Advertisements