L’Euro: la phalange démunie

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L’hóplon

“L’euro est un bouclier!” Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette réplique! Pourtant après 15 ans d’existence; une crise financière, économique et sociale mondiale suivie une crise sans fin au sein de la zone euro, nous sommes en droit -et même nous avons le devoir- de nous poser la question : est-ce que l’euro est véritablement le bouclier que ses défenseurs prétendent qu’il est?

La crise grecque, ou plutôt la crise de l’euro survenue en Grèce, avec des répliques moins violentes mais tout aussi sérieuses au Portugal, en Irlande et Espagne, nous oblige à réfléchir si ce bouclier est fonctionnel et/ou comment le rendre tel.

Ces dernières semaines, avec la situation en Grèce, toutes les références à la mythologie ou à l’histoire grecque ont été évoquées ou presque. Et c’est avec une autre référence historique que l’on peut comprendre la faiblesse structurelle de l’euro et les réformes nécessaires à faire afin qu’il devienne enfin fonctionnel.

La phalange hoplitique tient son nom de l’hóplon, ( le bouclier en grec), considéré comme l’élément central de la phalange. Cette formation militaire, inventée par les Grecs, repose sur 2 principes fondateurs: la confiance les uns envers les autres et le respect des règles communes. Cela ne vous rappelle-t-il rien?

Dans cette formation, chaque soldat (l’hoplite) possédait un bouclier qui le protégeait partiellement ainsi que son partenaire de gauche. En serrant les rangs, l’ensemble des boucliers formaient une armure collective qui permettait de protéger l’ensemble de la phalange. Seul, le dernier soldat de droite se retrouvait avec une protection partielle. C’est pourquoi les Grecs mettaient à cet endroit le soldat le plus fort, le plus courageux. Ainsi, la phalange était quasiment indestructible, du moins aussi longtemps que chaque soldat respectait les règles du jeu et avait confiance dans ses partenaires.

La lance

Voilà ce qu’est l’euro: un bouclier au sein de la phalange (la zone euro). Mais le problème, c’est que nous avons créé une phalange hoplitique incomplète, sans en accepter les conditions!

Car, si nous avons en commun le bouclier (l’euro), une arme défensive par définition, et des règles communes très strictes (pacte de stabilité, pacte budgétaire…) qui assurent la solidité de la phalange, nous n’avons jamais pensé à donner d’arme offensive à cette phalange:  la lance,  seule arme à même d’engranger les victoires nécessaires (développement économique, réduction du chômage, baisse de la pauvreté…) pour récompenser les efforts, parfois très importants, des soldats (les citoyens européens) que nous sommes!

Imaginez un instant Pausanias, sur le champ de bataille à Platées (479 av JC), dont les phalanges seraient dépourvues de lances, d’épées et de glaives! Xerxès y aurait assurément vaincu avec une aisance telle qu’on ne parlerait plus de cette bataille comme ”homérique” du côté grec mais comme d’une défaite cuisante.

L’euro est donc bel et bien un bouclier, mais le problème, c’est que nous avons toujours refusé d’avoir une quelconque arme offensive (un budget fédéral européen) et nous avons aussi toujours refusé d’avoir un chef militaire élu et déchu par le peuple (un gouvernement européen) comme ce fut le cas à Athènes.

Qui irait à la guerre avec pour seule arme un bouclier et comme impératif celui de respecter, coûte que coûte, des règles collectives! Personne… sauf les Européens au sein de la Zone euro. Alors oui, ceux qui disent que l’euro pèse lourd et que les sentinelles isolées (pays ayant leur propre monnaie) sont mieux armées que nous ont raison! Mais, il faut dire aussi que ces sentinelles isolées sont –extrêmement- fragiles dès qu’il s’agit de répondre à une menace bien plus grave.

Unis dans la diversité

A Platées, tous les Grecs, d’Athènes à Sparte, en passant par Corinthe ou Mégare, se sont unis et ont constitué des phalanges armées de boucliers et de lances. Cela n’a pas empêché ensuite chacun de retourner vivre librement dans sa cité-Etat, qu’elle soit une république comme à Athènes ou un royaume comme à Sparte. Finalement, les Grecs du Vème siècle avant JC nous apprennent encore des choses, aujourd’hui ! À leur époque, on pouvait déjà être unis (la phalange) dans la diversité (les cités-Etat).

C’est pourquoi nous devons dire, si nous tenons au bouclier ”euro”, que nous avons besoin urgemment d’un budget fédéral et d’un gouvernement européen démocratiquement élu, ce qui s’appelle l’Europe fédérale. Et insistons encore sur l’expérience grecque. Au sein d’une Europe Fédérale, les États ne seront jamais niés mais sans cette Europe fédérale l’euro ne peut survivre.

Fort heureusement, le temps des guerres est révolu entre peuples européens mais le temps d’apprendre des Grecs, visiblement pas.

Roccu GAROBY 
Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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