Élections grecques: Les Grecs croient encore en la démocratie!

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Cet article a été rédigé le dimanche 20 septembre 2015, à peine le résultat des élections grecques connu. Il se peut que des nouveaux élements soient intervenus entre la rédaction de cet article et la parution d’Arritti.

Tsipras: triple vainqueur
Une victoire électorale! Nul ne peut le contester, SYRIZA, le parti du Premier Ministre sortant Alexis Tsipras, est, au vu des premiers résultats, en voie d’arracher une large victoire électorale. Avec 35,5% et environ 145 sièges sur 300, contre 149 avant les élections, SYRIZA remporte les élections devant Nouvelle Démocratie, droite europhile, qui obtient 28% des voix et environ 75 sièges (-1 siège). Ensuite, une ribambelle de petits partis obtiennent des scores compris entre 3%, (le seuil requis pour entrer à la Vouli, le Parlement grec), et 7%. En tête de ces petits partis, les néo-nazis d’Aube dorée avec 7% et environ 19 sièges (+2 sièges), viennent ensuite le PASOK, parti socialiste grec co-gestionanire du pays avec Nouvelle Démocratie pendant plus de 40 ans, qui obtient 6% et 17 sièges (+4 sièges) puis les derniers communistes staliniens de la planète (KKE) avec 5,5% et 14 sièges (- 1 siège), To Potami, ”la rivière”, parti social-libéral et europhile, avec 4% et 11 sièges (-6 sièges) et ANEL, droite ultra-conservatice, eurosceptique, anti-austérité, souverainiste et ancien partenaire de gouvernement de SYRIZA, avec 3,7% et 10 sièges (-3 sièges).

Une victoire politique! Alexis Tsipras, en remportant haut la main ces élections legislatives, a pris l’ascendant politique sur tous ses adversaires. Au vu des résultats électoraux, il ne serait pas en position de former un gouvernement seul, mais il est en mesure de choisir son partenaire et donc sa nouvelle ligne politique. Choisira-t-il de gouverner avec ANEL comme il le fait depuis janvier? Cette coalition a permis à Tsipras d’avoir une alliance solide contre l’austérité européenne. Ou bien choisira-t-il de s’allier à un parti de gauche, afin de dégager une ligne politique résolument progressiste? Pour cela, il faudra soit que le PASOK expulse tout les corrompus avec qui SYRIZA ne peut résolument pas gouverner s’il veut de tenir ses promesses, soit que To Potami admette de faire passer ses oligarches et autres fortunes à la caisse. Afin de ne pas avoir à gouverner avec des partis co-responsables du système grec (clientélisme, corruption…) et afin d’affaiblir durablement Nouvelle Démocratie avec un autre parti de gouvernement issu de la droite grecque, il est fort probable qu’Alexis Tsipras choisisse de continuer à gouverner avec ANEL, reconduisant ainsi sa majorité de janvier en la réduisant à environ 155 sièges contre 162 en janvier.

Une victoire stratégique! Après avoir arraché un troisième plan de sauvetage pour la Grèce, et évité, de justesse, une sortie forcée de la zone euro, lors du sommet européen du 12 juillet 2015, Tsipras a démissioné afin de convoquer une élection legislative anticipée. Elle avait pour but d’exclure son aile gauche récalcitrante qui s’est d’ailleurs présentée sous ses propres couleurs, ”Unité populaire” qui obtientrait à peine moins de 3% et serait donc exclue de la Vouli, et de profiter de la faiblesse du principal parti d’opposition, Nouvelle Démocratie. C’est visiblement une réussite. Nouvelle Démocratie qui avait promis pendant la campagne électorale un gouvernmeent d’unité nationale, avec possiblement SYRIZA dedans, est battue. Et l’aile gauche de SYRIZA qui a voté contre l’accord européen négocié par Tsipras et qui proposait de sortir de l’Euro est réduite en poussière.

Mais, c’est aussi une triple victoire parce que, outre la victoire de dimanche, Alexis Tsipras a remporté les 2 autres scrutins majeurs de cette année en Grèce: les législatives de janvier qui l’ont porté au pouvoir et le referendum sur le paquet d’austérité proposé par Bruxelles et contre lequel le peuple grec a voté ”OXI”, (non en grec), en juillet, à 61% , comme le lui demandait le patron de SYRIZA. Une triple victoire qui lui confère une multitude d’obligations!

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Le choix de l’Euro(pe)
Au delà de la triple victoire de l’ex- -et futur- Premier Ministre Grec, ce qui est frappant dans cette élection, c’est l’attachement des Grecs à la monnaie unique. Pourtant, la crise économique d’une rare violence, -25% du PIB grec (la richesse nationale grecque) depuis 2008, la situation sociale cataclysmique, plus de 25% de chômage, des aides sociales coupées à la hache, des retraites réduites, des fonctionnaires licenciés, un taux de mortalité infantile en hausse violente, et un système banciare fermé pendant plusieurs semaines, les Grecs veulent rester dans l’Euro.
Tous les partis prônant la sortie de l’Euro (Extrême droite néo-nazi d’Aube dorée, le Parti Communiste stalinien (KKE), l’ex-aile gauche de SYRIZA, ”Unité Populaire”, ont tous été laminés et représentent peu ou prou 15 à 20% de l’électorat et ce malgré la situation du pays!

Conscients des extraordinaires efforts qu’ils ont déjà faits et réalistes sur ceux -tout aussi importants- qu’ils doivent encore fournir, les Grecs n’ont pas pour autant perdu l’esprit au point d’abandonner leur seule chance de ne pas -totalement- sombrer dans les lymbes de l’Histoire.

Ce comportement électoral répété à de nombreuses reprises depuis le début de la crise est à souligner tandis que de nombreux partis politiques, notamment en France avec le Front National de Marine le Pen ou le Parti de Gauche de Jean Luc Mélenchon, prônent une sortie de l’Euro. Ce dernier, après avoir soutenu Alexis Tsipras en janvier, avait décidé de soutenir ”Unité Populaire” en septembre avec le succès que l’on connaît désormais.

Tsipras: Un homme d’Etat?
De ce scrutin, on peut tirer au moins 4 conclusions importantes. D’une part, qu’on l’aime ou pas et qu’on partage sa ligne politique ou non, Alexis Tsipras est considéré par les Grecs comme le seul homme politique capable de sortir la Grèce de 40 ans de corruption et de népotisme incarnés par la droite, Nouvelle Démocratie, ou la gauche, le PASOK, et de 10 ans d’une crise économique et surtout sociale d’une rare violence.

D’autre part, Alexis Tsipras a compris que les Grecs sont prêts à lui faire confiance (réforme radicale de la Grèce et négociation dure avec l’Europe notamment sur la dette publique grecque…) et à le suivre pour peu qu’il respecte la ligne rouge que semble inlassablement répéter le peuple grec, scrutin après scrutin, depuis 2008: ne pas sortir de l’Euro car ce serait économiquement suicidaire, socialement explosif et démocratiquement extrêmement dangereux. Greek legislative elections Sept 2015 map.svg

Le temps des responsabilités
Désormais, Tsipras a 4 ans pour prouver que le stratège politique qu’il est indéniablement, peut aussi être l’homme d’Etat qui réformera profondément son pays et contribuera à la réfonte du projet européen. Ou sinon, et c’est la troisième conclusion de ce scrutin, nul ne sait ce qui pourra se passer lors des prochaines élections législatives, au regard de l’essouflement de la démocratie en Grèce (la participation à ce scrutin est en baisse de 8 points à 55% de votants par rapport à janvier (63% de taux de participation)), du discrédit de la classe dirigeante grecque et de la poussée des extrêmes, qu’ils soient staliniens ou néo-nazis.

Enfin, la dernière leçon de ce scrutin est européenne. La commission européenne, les Etats membres de l’UE, et notamment ceux de la zone euro, doivent comprendre la situation grecque et peuvent s’estimer heureux d’avoir -encore- face à eux, un démocrate car ce ne sera pas forcément le cas la prochaine fois! Les leaders européens ont aussi une responsabilité historique de travailler avec le nouveau gouvernement grec et d’enfin ouvrir la voie à une solution économiquement viable, sociale et porteuse d’espoirs et démocratiquement acceptable. Tout commencera en octobre prochain, avec les négociations sur la restructuration de la dette grecque!

Roccu GAROBY
Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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