Hollande et Merkel au Parlement Européen : un moment historique?

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Le mercredi 7 octobre 2015, le Président de la République française et la Chancelière allemande sont venus dans l’hémicycle strasbourgeois. Un moment rare et donc historique mais aussi un débat sans véritable profondeur malgré l’urgence de la situation.

26 ans d’attente…
Nul ne peut nier la force symbolique, donc politique, d’une telle venue. En effet, il faut remonter au 22 novembre 1989 pour voir ensemble, dans l’hémicycle européen, le couple franco-allemand : c’était François Mitterrand, alors Président de la République française, et le chancelier allemand Helmut Kohl.
Au lendemain de la chute du mur de Berlin, les deux chefs d’Etat et de gouvernement avaient compris le bouleversement politique qui venait de se produire et dont on n’a pas encore aujourd’hui mesuré l’ampleur.

Comprenez : la réunification de l’Allemagne n’avait pas été “prévue” ou plutôt imaginée. Et la question qui se posait alors était de savoir ce qu’il allait devenir de cet équilibre entre ces puissances. Or avant 1989, la France et l’Allemagne, en réalité la RFA (République Fédérale d’Allemagne) sont deux pays de puissance équivalente d’un point de vue démographique et économique. Le couple franco-allemand est la matrice de l’Europe alors constituée de 12 pays et la France et l’Allemagne sont le point de départ de la réconciliation post-1945.
La chute du mur de Berlin, mais aussi la chute du rideau de fer, ont ouvert grand la porte aux élargissements européens vers le nord (en 1995, la Suède et la Finlande -mais aussi l’Autriche- sont entrées dans l’union Européenne (après être restées neutres pendant la guerre froide) puis vers l’est (en 2005, 10 pays ont rejoint l’Union, 2 en 2007 et 1 en 2013).

En fait, quand Kohl, à raison, décide d’accélérer le cours de l’Histoire, il prend tout le monde de court et en premier lieu le Président français. Dès lors, venir ensemble au Parlement européen, en 1989, était à la fois une façon de dire que l’équilibre n’était pas remis en cause, que l’Allemagne n’avait pas de visées hégémoniques et que le couple franco-allemand ne perdait pas sa boussole : assurer la paix et la prospérité en Europe.

… pour pas grand chose!
Angela Merkel et François Hollande ont parlé de la crise économique, de la situation des réfugiés et du besoin de solutions européennes pour répondre à ces problèmes comme à d’autres. C’était utile, nécessaire même mais aujourd’hui, ils ne représentent que 2 Etats sur 28. Le monde et l’Europe sont en crise et probablement face à des changements majeurs (réchauffement climatique, déplacement du centre de pouvoir vers l’Asie…) mais leurs discours n’avaient aucune, ou si peu, de vision à moyen et à long terme. De plus, depuis 1992 et le traité de Maastricht, le Parlement européen est devenu un vrai Parlement qui vote la loi (directives et règlements européens) et qui contrôle son exécutif, la Commission européenne dont le Président est le Luxembourgeois Jean Claude Juncker.

Dès lors, qu’attendre de ces 2 chefs d’Etat et de gouvernement? A vrai dire, pas grand chose et c’est normal. Ils sont légitimes pour diriger et gouverner leur pays respectif mais ils n’ont aucune légitimité pour gouverner l’Europe car le pouvoir exécutif en Europe, c’est la Commission européenne et le législatif est composé du Parlement européen et du Conseil des Ministres, réunion des 28 ministres en charge du sujet traité. Les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont, selon les traités, aucun pouvoir. Pourtant, ils font croire, à travers la multiplication des réunions du Conseil européen, là où siègent les chefs d’Etat et de gouvernement, qu’ils en ont un. Ils prennent alors des décisions sans débats publics, sans votes, sans contrôles démocratiques et essayent ensuite de les imposer aux parlementaires nationaux, dont ils sont les leaders, au Conseil des Ministres, composé de leurs subordonnés, et aux parlementaires européens qu’ils considèrent, à tort, comme leur tête de gondole à Bruxelles.

Toute cette complexité, issue du fait que l’on croit encore que le pouvoir s’exerce dans les capitales, donne l’illusion que Madame Merkel et Monsieur Hollande, ou plutôt que le couple franco-allemand, peut gouverner l’Europe. En réalité, une page s’est tournée, la France et l’Allemagne sont 2 pays importants de l’Union mais leurs chefs d’Etat et de gouvernement ne peuvent plus, fort heureusement, gouverner l’Europe. L’Europe est devenue, tout comme au niveau régional, qui dans certains endroits, comme en Ecosse ou en Catalogne, revendiquent les responsabilités d’un Etat indépendant, un véritable niveau de pouvoir.

La nouvelle Europe, c’est peut-être celle-là : une Europe dans laquelle il y a au moins 3 niveaux distincts de pouvoir : nation, Etat, Europe. Mais pour accepter cela, François Hollande et Angela Merkel doivent admettre ne pas peser plus que ce qu’ils sont: un président de la France et une Chancelière de l’Allemagne, décideurs à Paris et à Berlin, observateurs à Bruxelles. Finalement, leur venue pourrait bien avoir été historique puisqu’elle devrait être la dernière du couple franco-allemand !

Roccu GAROBY
Président de l’Alliance Libre Alliance Jeune

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