Prix Sakharov: Le Parlement européen prend fait et cause pour Raïf Badawi

Rome, Italy. 9th January 2014 -- Protestors with masks of Raif Badaw, protesting against the request of the death penalty and calling for the release of blogger. -- Sit-in in front of the Embassy of Saudi Arabia to protest against the execution and ask for the immediate release of journalist and blogger Saudi Raif Badawi imprisoned on charges of apostasy.

Le prix Sakharov, attribué tous les ans, depuis 1988, récompense des personnalités ou des collectifs qui se sont illustrés dans la défense des droits de l’Homme. Cette année, c’est Raïf Badawi qui a remporté le prestigieux Prix.

Un Prix de plus en plus prestigieux
Tous les ans, le Parlement européen décerne le Prix Sakharov. Ce Prix récompense la liberté de l’esprit et il est décerné à une ou plusieurs personnes qui ont apporté une contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l’homme dans le monde, et attirent l’attention sur les violations des droits de l’homme. Ce Prix porte le nom d’Andreï Sakharov, physisien russe qui s’est levé contre la course folle à l’armement nucléaire mais qui a aussi été un défenseur infatigable des droits de l’Homme, notamment dans son payx, la Russie, et qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1975.

Dès la création du Prix Sakharov, en 1988, le Parlement a décidé de frapper les esprits avec pour choix Nelson Mendela alors toujours en prison. Le Prix Sakharov, que certains considèrent comme un Prix Nobel de la Paix du Parlement européen, a été décerné en 2013 à une jeune Pakistanaise de 16 ans, Malala Yousafzai, choisie pour son combat en faveur du droit à l’éducation, notamment pour des jeunes filles dans un pays sous le joug des Talibans. Elle avait déclaré à cette époque que “Les extrémistes ont peur des livres et des stylos. Le pouvoir de l’éducation les effraie”, Son combat est d’assurer une éducation libre et obligatoire à chaque enfant dans le monde car pour elle ”Un enfant, un enseignant, un livre et un stylo peuvent changer le monde”. Un an plus tard, elle a reçu le Prix Nobel de la Paix pour ce même combat.

En 2014 , c’est le médecin Denis Mukwege de la République démocratique du Congo qui a reçu le Prix Sakharov. Il soigne les femmes victimes de violences sexuelles et de mutilations corporelles notamment l’excision, (ablation partielle ou totale du clitoris). Cette pratique inhumaine est un acte d’asservissement des femmes, mutilées dans leur intimité. Cette pratique est répandue, voire quasi systématique, dans toute une partie subsaharienne de l’Afrique.

Le Prix 2015 pour Raïf Badawi
En 2015, le Parlement européen a voulu, à juste titre, récompenser un homme qui se bat pour la liberté de pensée dans un pays, l’Arabie Saoudite, qui est une monarchie islamiste absolue et l’un des régimes les plus liberticides et autoritaires au monde. Raïf Badawi est un blogueur, écrivain et militant saoudien. Il est le créateur du site Free Saudi Liberals, une plateforme en ligne dédiée au débat politique et religieux, chose évidemment inexistante en Arabie Saoudite, pays qui, rappelons-le, vient de prendre la tête de la Commission des droits de l’Homme à l’ONU (sic). Son site critique les personnalités politiques et religieuses de premier plan et ainsi que les fondements même de la société saoudienne.

Pour insulte à l’Islam et apostasie, refus de suivre le dogme religieux, le Régime de Riyad a arrété Raïf Badawi en 2012, puis l’a condamné à sept ans de prison et à 600 coups de fouet en 2013. Il a été ensuite condamné une deuxième fois en 2014 à 1 000 coups de fouet, à raison de 50 coups pendant 20 semaines, et à dix ans de prison, en sus d’une amende.

Après les 50 premiers coups qui ont eu lieu le 9 janvier 2015, les autres séances de torture ont été reportées face à la condamnation internationale et en raison du très mauvais état de santé de Raïf Badawi. Sa femme et ses trois enfants, qui ont été menacés de mort, ont fui au Canada.
Le prix sera remis officiellement le 16 décembre prochain à Strasbourg mais il n’est pas sûr que Raïf Badawi puisse venir le chercher car il est peu vraisemblable que Riyad offre l’Aller-Retour à un homme qui critique ouvertement le conservatisme, la violence voire l’ignominie d’un régime politique qui a de nombreux soutiens en Europe et en Amérique du Nord.

En attendant, le Parlement européen s’est grandi en décernant ce Prix à Raïf Badawi. Non seuleument il continue d’être à la pointe du respect des droits de l’homme, l’une des valeurs fondamentales de l’Union européenne, mais il montre du doigt un pays qui n’a guère évolué ces dernières années, voire pire qui joue un rôle plus que problématique au Moyen-Orient, et il démontre aussi que malgré tous les amalgames qu’on peut entendre en Europe, il y a bien dans ces pays des hommes et des femmes qui se battent, au péril de leur vie, pour les droits de l’Homme.

Roccu GAROBY
Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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