Catalogne: Deux poids, deux mesures !

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Depuis le scrutin du 27 septembre dernier qui a vu l’élection d’une majorité claire pour l’indépendance, Madrid tente par tous les moyens de violer la démocratie!

Un mandat démocratique
Depuis plus de 5 ans, les Catalans, qu’ils soient pour ou contre l’indépendance, demandent l’organisation d’un référendum pour pouvoir décider librement et démocratiquement de l’avenir de la nation catalane. Le 13 mars 2013, le parlement catalan, à une écrasante majorité (104 voix sur 135) avait réclamé un vote officiel et reconnu. Le 9 novembre 2014, les Catalans ont donc organisé un référendum. Mais il a été jugé illégal par le gouvernement conservateur espagnol qui préfère, dans un bon réflexe jacobin, violer les droits universels d’un peuple, dont celui de choisir librement son avenir, plutôt que de voir la démocratie éclater au grand jour. Pire, de nombreux chefs du Partido Popular (PP : le parti au pouvoir) demande même l’envoi de l’armée pour écraser les désirs de liberté des Catalans. En cela, le franquisme a encore de beaux jours en Espagne !

Mais à défaut d’avoir un référendum reconnu par Madrid, comme en Ecosse, les Catalans ont dû organiser une élection “catalane” à but plébiscitaire, afin de trancher la question. Résultat : le 27 septembre dernier, les Catalans ont voté, à une majorité claire, en faveur de l’indépendance. L’union des nationalistes de gauche (ERC) et de centre droit (Convergencia), réunis pour l’occasion sur la liste Junts pel Sí qui était menée par l’ancien député européen écologiste Raul Romeva avait recueilli 62 sièges et l’extrême gauche anti capitaliste (CUP) avait arraché 10 sièges, assurant au camp pro indépendance une majorité absolue au Parlement catalan. Et le 9 novembre, 1 an après le référendum de 2014, ces 72 députés (sur 135) ont voté une feuille de route pour l’indépendance. Nul ne peut nier le caractère démocratique, pacifique et inclusif du processus catalan.

L’Espagne étrangle la Catalogne
Romano Rajoy, premier ministre espagnol en fonction et candidat à sa propre succession, souhaite écraser le mouvement démocratique catalan, à la fois par conviction politique et par calcul électoral. Comprenez : taper les Catalans, ça fait des voix dans le reste du Royaume! Et pour cela, il a décidé de taper fort en coupant les vivres.

En effet, les régions d’Espagne collectent l’impôt puis le reversent à Madrid qui, ensuite le redistribue aux régions. L’Espagne a donc décidé de bloquer les transferts vers la Catalogne si l’argent utilisé a pour but la construction “des structures de l’Etat de Catalogne”, comme le stipule la résolution votée par la nouvelle majorité catalane. Cette tentative inique de Madrid est une attaque frontale contre la démocratie. Cette violente attaque est invisible, à la différence de l’envoi d’une armée qui pourrait renforcer le sentiment séparatiste, mais suffisamment violente pour essayer de faire craquer la coalition démocratiquement élue. C’est en tout cas le but recherché.

Le paradoxe dans ce système c’est que la Catalogne contribue plus qu’elle ne perçoit de ce fond gouvernemental. Autrement dit, Madrid étrangle la Catalogne avec l’argent des… Catalans! On aura tout vu!
Mais Madrid ne s’arrête pas là dans les mesures anti démocratiques ! Le gouvernement espagnol poursuit en justice tous les hommes et les femmes politiques catalans de premier rang pour motif qu’ils appliquent le mandat démocratique pour lequel ils ont été élus! Désormais, c’est officiel: au Royaume d’Espagne, se battre pour la démocratie est passible de poursuites judiciaires!

Madrid coupe les ponts avec Barcelone
Tout le monde s’accorde à dire que Barcelone a coupé les ponts avec Madrid. Mais, en réalité, c’est l’inverse qui est se produit! En 2010, le tribunal constitutionnel espagnol a refusé de reconnaître la nation catalane, pourtant reconnue par le parlement catalan et espagnol; en 2014, Madrid refuse de reconnaître aux Catalans le droit universel des peuples à s’autodéterminer et à organiser, sur le modèle écossais, un référendum; en 2015, le gouvernement espagnol étrangle financièrement le peuple catalan quand d’autres appellent à l’invasion militaire de la Catalogne! Qui peut dire que l’Espagne veut le meilleur pour la Catalogne? Non, la vérité, c’est que Madrid a coupé les ponts et veut faire payer l’intégralité du prix de cette sécession aux Catalans, quand ces derniers ne souhaitent que construire une République catalane plus juste et plus démocratique.

Les derniers “utopistes” espagnols espèrent que les élections législatives espagnoles, prévues le 20 décembre, pourront inverser la donne. Mais d’une part, les Catalans ont voté et, d’autre part, pourquoi croire en un changement, puisqu’aucune force politique n’est prête, dans son programme électoral, au dialogue avec les Catalans, renforçant, de facto, l’idée que Madrid a bel et bien coupé définitivement les ponts avec Barcelone.

La Catalogne est victime du “deux poids deux mesures”. Nombreux sont les Européens à s’être émus de l’attaque des financiers contre la démocratie grecque, notamment à l’extrême gauche et à l’extrême droite, mais rares sont ceux qui se lèvent pour crier au scandale quand il s’agît d’un peuple sans Etat! Un peuple vaudrait-il moins qu’un autre pour ces hommes et femmes politiques ?

Et la Commission européenne a aussi une grande responsabilité. Elle doit arrêter de se cacher derrière l’argument “c’est une affaire intérieure (espagnole)” et doit défendre les principes fondateurs de l’Europe: la démocratie et les droits de l’Homme. Elle doit donc défendre le peuple catalan contre le gouvernement espagnol, s’il le faut.
L’union européenne sera l’Europe des peuples ou ne sera pas!

Roccu Garoby
President de l’ALE Jeunes
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