Catalogne: élection du dernier Président avant l’indépendance!

 

Alors que les derniers espoirs semblaient s’être déjà évaporés, un nouveau coup de théâtre a relancé le processus d’indépendance en Catalogne. Rien n’arrête un peuple en marche.

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Déjà plus de 10ans!
Le Parlement de Catalogne adopte un nouveau Statut pour la Catalogne. Un Statut qui reconnaît la nation catalane et qui accroît ses compétences dans nombre de domaines. Le gouvernement socialiste à Madrid, mené par José Luis Zapatero, a tenu sa parole et valide ce Statut aux Cortes Generales, le Parlement espagnol. Enfin, le 18 juin 2006, c’est le peuple catalan qui vote à 73% pour ce Statut. A la fin de 2006, il y a 9 ans, la Catalogne marche donc sereinement vers son autonomie. 

Mais, premier coup de théâtre, les ”jacobins” espagnols qui n’ont rien à envier à leurs homologues français, se réveillent. Le Partido Popular (PP – droite espagnole), refuse le fait démocratique et attaque le Statut devant le tribunal constitutionnel qui invalide, le 28 juin 2010, soit 4 ans plus tard, à 6 voix contre 4, la quasi totalité du Statut et notamment les éléments fondamentaux comme la reconnaissance d’une évidence, celle qu’il existe une nation catalane. Le processus est enterré!

Mais le peuple catalan refuse ce dictat anti-démocratique et descend dans la rue le 10 juillet 2010 pour la première: grande manifestation, à l’époque, pour l’autonomie. Plus d’un million de Catalans, sur une population de 7,5 millions, manifestent pacifiquement. En fait, après cette manifestation, les ponts sont rompus. Le compromis ne peut exister puisque même un Statut négocié entre la Catalogne et l’Espagne, puis validé démocratiquement par le peuple catalan, leurs représentants et même par Madrid, peut être rejeté par quelques conservateurs dont certains ont encore la nostalgie de l’époque Franco. Le processus est relancé grâce au peuple.

L’arrivée de Mas
Le peuple est d’ailleurs appelé aux urnes le 28 novembre 2010. La ”tripartite” au pouvoir (Parti Socialiste Catalan (PSC), Esquerra Republicana de Catalunya (ERC – indépendantistes de gauche et membre de l’Alliance Libre Européenne ALE) et Iniciativa per Catalunya Verds (ICV – écologistes catalans) perd les élections et Convergencia i Unio (CiU – nationalistes de centre-droit) revient au pouvoir après 7 ans d’opposition, avec comme Président, Artus Mas. Cependant, il n’obtient qu’une majorité relative. Il cherche le soutien du PP catalan pour faire passer ses budgets mais, à l’arrivée, au pouvoir du PP à Madrid, le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, dans un reflex pavlovien de la droite “espagnoliste”, refuse de négocier plus d’autonomie pour la Catalogne. La porte est fermée à double tour, semble-t-il. Le processus est de nouveau enterré. 247708-944-599

C’est alors que le peuple catalan, encore une fois, décide de descendre dans la rue. Le 11 septembre, jour de la fête nationale catalane, la diada, plus de 1,5 million de Catalans manifestent pour que leur vote soit respecté. Cette fois-ci, la manifestation réclame l’indépendance car le compromis n’est plus possible. Encore une fois, c’est le peuple catalan qui sauve le processus d’auto-détermination en Catalogne.

Le referendum
Et le 18 décembre 2012, de nouvelles élections catalanes sont organisées. Artus Mas (CiU) remporte encore les élections mais n’a toujours pas de majorité absolue. ERC progresse largement et permet à Mas de rester au pouvoir mais demande, au nom du peuple catalan, de relancer le processus d’indépendance. Dès lors, un référendum sera organisé. Le procesus est reparti.

Le 27septembre 2014, Artur Mas signe le décret qui annonce officiellement l’organisation du réfé
rendum mais, le surlendemain, le tribunal constitutionnel, (toujours lui!), anonce la suspension du décret avec un arrêt de 100 pages qui prouve qu’il avait été rédigé avant même la décision des Catalans! Encore une fois, Madrid met un coup d’arrêt au processus d’auto-détermination catalan

Mais le peuple, toujours lui, est appelé à voter le 9 novembre 2014, car le référendum, bien qu’interdit par Madrid, décididement allergique à tout processus démocratique, est maintenu, celui-ci ayant été, au préalable, transformé en consultation. Le résultat est sans appel! Plus de 80% des Catalans votent en faveur de l’indépendance! Le processus est relancé. L’indépendance est actée démocratiquement.1413447259_715108_1413450217_noticia_normal.jpg

Madrid ne reconnaît pas le vote. Barcelone réplique en décidant d’organiser une élection catalane le 27 septembre qui aura valeur de plébiscite pour l’indépendance. Le11 septembre 2015, le jour de la diada, le peuple catalan se déplace massivement et près de 2 millions de personnes, soit près d’un quart de la population, descendent dans les rues de Barcelone pour réclamer l’indépendance.

Le 27 septembre 2015, les pro-indépendants remportent les élections avec une majorité absolue. La coalition Junts Pel Si (Ensemble pour le Oui pour l’indépendance) qui regroupe Convergencia et ERC, mais aussi de petits partis indépendantistes et toute la société civile, et qui est emmenée par un ancien euro-député écologiste, Raül Romeva, gagne 62 sièges sur 135. La CUP (extrême gauche indépendantiste) gagne 10 sièges. La route est tracée, l’indépendance est en vue.

L’ultime rebondissement
Mais la machine s’enraye. La CUP refuse de soutenir un gouvernement présidé par Artur Mas. Junts Pel Si a beau proposer de faire rentrer la CUP au gouvernement catalan, c’est NON. La CUP se déchire entre une ligne anti-capitaliste et une ligne pro-indépendance. Les membres du parti (CUP) votent et incroyable: 1515 demandent aux 10 élus de la CUP d’investir Artur Mas et 1515 demandent à leurs élus de s’y opposer! Le parti est bloqué et refuse de soutenir Mas. Il est impossible de désigner un Président et on se dirige tout droit vers une nouvelle élection qui risque de mettre un terme au processus d’indépendance, à moins qu’un Président soit élu avant le 11 janvier 2016.

Madrid se frotte les mains. Pour la première fois, ce sont les Catalans eux-mêmes qui font dérailler le processus. A cela s’ajoute que Madrid est complètement perdu avec le résultat des élections législatives espagnoles dans lesquelles le PP, tout en restant le premier parti d’Espagne, perd sa majorité absolue. Le PS espagnol, concurrencé sur sa gauche par PODEMOS qui, tout en étant opposé à l’indépendance de la Catalogne, a promis un référendum pour trancher démocratiquement la question, refuse une alliance avec la droite espagnole opposée à l’idée d’un référendum. 

Le 9 janvier, à 2 jours de la date limite, coup de théâtre à la Hitchcock! Sous la pression de la société civile qui veut un accord entre Junts pel Si et la CUP, Artur Mas fait un pas de côté et propose Carles Puigdemont, maire de Girona et membre de son parti, pour présider la Generalitat et mener à bien le processus d’indépendance. La CUP accepte l’accord, tout comme ERC, véritable cheville ouvrière de l’accord. Le processus est relancé et rien ne semble, cette fois-ci, en mesure de l’arrêter. La Catalogne sera, après moltes péripéties et un suspens à couper le souffle, très prochainement indépendante!

Roccu Garoby / Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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