Dérives autoritaires à Varsovie et hypocrisie de la droite européenne !

 

Wiceprezes Beata Szyd³o

Depuis l’arrivée au pouvoir de la droite ultra-conservatrice en Pologne, la droite européenne tombe, à juste titre, à bras raccourcis sur le nouveau gouvernement polonais, au risque de ne pas voir la poutre hongroise dans son oeil !

Le retour des conservateurs
Les 10 et 24 mai derniers, dans la quasi indifférence européenne, ont eu lieu les élections présidentielles polonaises qui ont profondément redessiné le paysage politique polonais. Certes, le Président de la République polonais n’a pas le pouvoir de son homologue français, il ne siège pas au Conseil européen, par exemple, mais tout de même. La Pologne est le ”grand frère” des 13 nouveaux États membres de l’Union européenne d’Europe centrale et orientale. Et la Pologne, avec ses 38 millions d’habitants est, d’un point de vue démographique, le 6ème pays de l’Union, juste derrière l’Espagne (46 millions habitants) et la huitième puissance économique devant la Belgique et derrière la Suède. Ce n’est pas rien quand même ! Ainsi, l’élection présidentielle a vu la victoire de Andrzej Duda, issu de la droite souverainiste et eurosceptique (”Droit et Justice” ou PiS en Polonais) sur le sortant Bronisław Komorowski (”Plateforme Civique” ou PO en Polonais) qui représentait la droite libérale et europhile.

Puis, toujours dans la quasi-indifférence européenne, lors des élections législatives du 25 octobre dernier, le retour aux affaires des conservateurs du PiS s’est confirmé. Sur la lancée de la Présidentielle, le PiS a battu, haut la main, la droite libérale, au pouvoir depuis 2007, avec un score de près de 38% contre 24% pour la PO, chassé du pouvoir. Après 8 ans d’opposition, le PiS, qui avait déjà été au pouvoir entre 2005 et 2007, avec les frères jumeaux Kaczyński (Jarosław comme Premier Ministre et Lech comme Président (ce dernier étant mort lors d’un accident d’avion en 2010), a arraché la majorité absolue, tout seul. Et le véritable changement est là ! Depuis la fin de l’époque soviétique, jamais un parti politique n’avait obtenu la majorité absolue des sièges à lui seul, soient 231 sièges sur les 460 de la Diète polonaise ! Et en Pologne, le changement, c’est terrifiant !

La dérive autoritaire
Depuis sa victoire d’octobre, la nouvelle majorité conservatrice, menée par la Première Ministre, Beata Szydlo, a décidé d’appliquer son programme à la lettre et peu importe si cela ne respecte pas les traités européens qu’elle doit pourtant honorer, ou pire, si cela viole les fondements même de la démocratie, notamment concernant la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse et le droit des minorités.

En décembre, en mode express, le gouvernement polonais avait fait adopter une réforme du Tribunal Constitutionel afin de le bâillonner, en tripatouillant le mode de décision et en y plaçant plusieurs fidèles. Depuis, le gouvernement en a rajouté une couche en décidant de reprendre totalement le contrôle des médias publics et surtout celui des nominations aux postes-clé, jusque-là distribués par une autorité indépendante. Enfin, Varsovie a décidé d’écraser et d’humilier les minorités de Pologne, et en premier lieu les Silésiens, qui souffrent de ce retour des jacobins à la sauce polonaise. Ainsi, les millions de Silésiens qui vivent en Pologne (la Silésie est un territoire à cheval sur la Pologne, l’Allemagne et la Tchéquie mais très largement en Pologne) voient leurs droits réduits voire niés, ils sont humiliés publiquement par la nouvelle majorité dont certains députés ont proposé que l’État ne leur parle qu’en présence d’un juge d’instruction comme s’ils étaient présumés coupables ! A un moment, il faut savoir dire stop ! Là, on atteint carrément les limites du respect de la dignité humaine !

L’hypocrisie de la droite européenne
Du fait de cette dérive autoritaire de Varsovie, la Commission européenne, soutenue par la plupart des familles politiques en Europe, à l’exception notable des eurosceptiques, a immédiatement réagi et lancé une procédure pour vérifier si l’état de droit était bien respecté en Pologne. Très bien, c’est son devoir après tout. Le gouvernement polonais est légitime mais il n’a pas tous les droits !

Mais là où on est en droit de crier au scandale, c’est quand on voit la droite europhile ne s’en prendre qu’à Varsovie et pas à Budapest ! Le PPE (Parti Populaire Européen qui regroupe l’UMP-LR en France, la CDU de Merkel en Allemagne, le PP de Rajoy en Espagne) s’insurge, à juste titre, de la dérive autoritaire en Pologne mais est incapable de critiquer, dans le même temps, la Hongrie et son ami Victor Orban, qui fait bien pire depuis 2010… tout ça parce que le FIDESZ, parti de Victor Orban, fait partie du PPE, il en a même été le Vice-Président, alors que le PiS Polonais est membre du parti des Conservateurs et Réformistes Européens (CRE parti eurosceptique regroupant les Conservateurs britanniques de David Cameron, par exemple).

Ce qui se passe en Hongrie n’est pas moins grave qu’en Pologne. Pire, la Constitution y a été modifiée afin de mettre tous les pouvoirs sous le contrôle du Premier Minsitre Hongrois Victor Orban. Pourtant, on a beau tendre l’oreille… rien ne bouge. Ni la Commission européenne ni le PPE ne bronchent sur la situation en Hongrie. Visiblement, les valeurs démocratiques ont plus ou moins de poids selon votre bord politique.

On ne peut pas tergiverser sur les droits fondamentaux, et notamment sur la démocratie, sur les droits des peuples et des minorités. Alors, si la Commission européenne et la droite européenne réagissent à ce qui se passe en Pologne, c’est très bien mais elles doivent aussi balayer devant la porte, en Hongrie et ailleurs ! La paille polonaise ne doit pas faire oublier la poutre hongroise !

Roccu Garoby/ Président de l’Alliance Libre Européenne jeune

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