L’Europe se joue à 28 et à la fin, c’est l’Angleterre qui gagne.

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Jeudi 18 et vendredi 19 février a eu lieu à Bruxelles un sommet européen sur le Brexit (sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne). Encore une fois, le Premier Ministre Britannique a tout gagné mais ce sont les électeurs britanniques qui auront le dernier mot, le 23 juin.

(Re)négocier: un refrain européen
L’Histoire de l’Union Européenne est remplie d’exemples de pays qui veulent renégocier les traités européens. De Gaulle, arrivé au pouvoir en 1958, soit un an après le traité de Rome, vide de sa substance le traité EURATOM (coopération européenne sur l’énergie atomique) pour pouvoir posséder sa propre bombe atomique et négocie, en échange, la mise en place de la politique agricole commune dont la France est toujours le principal bénéficiaire.
En 1974, vainqueurs des élections, les Travaillistes (gauche britannique), opposés à l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union, renégocient les termes de l’adhésion britanique, effective depuis 1973 et orchestrée par les Conservateurs, en négociant la mise en place de la politique régionale pour aider les régions les plus pauvres d’Europe. En Angleterre, ce sont les régions de Liverpool, de Manchester et le Pays Galles (fiefs travaillistes) qui en bénéficieront massivement.
En 1984-86, les Britanniques, encore eux, renégocient les termes de leur adhésion. Cette fois-ci, les Conservateurs sont devenus eurosceptiques et la Prime Minister, Margaret Thatcher, arrache un chèque britannique (entre 4 et 5 milliards d’euros par an, payés par les Européens au Trésor britannique) et une libéralisation massive (acte unique) de l’éconmie européenne; en échange, elle accepte que l’unanimité soit abandonnée et que le vote à la majorité qualifiée (re)devienne la règle.

A chaque grande renégociation, il y a un compromis. Le pays obtient quelque chose d’important pour lui et il concède quelque chose qui va bénéficier à tout le monde. De Gaulle accepte le traité de Rome auquel il était préalablement hostile, les Travaillistes britanniques acceptent de faire partie de l’Union européenne, Thatcher acceptant d’être mise en minorité sur des votes du fait de l’abandon de l’unanimité.

De plus, presque à chaque fois, le compromis final, bien qu’il soit prévu pour un pays, est avantageux pour tous. Négociée par la France, la Politique Agricole Commune (P.A.C.) bénéficie à tous les agriculteurs d’Europe. Négociée par les Travaillistes britanniques, la Politique Régionale bénéficie à toutes les régions (pauvres) d’Europe. Négocié par le Royaume Britannique, le Marché Commun permet à toutes les entreprises d’exporter et de commercer plus facilement au sein de l’Union.

Une négociation (à sens) unique
Mais cette fois-ci, difficile de voir le compromis (même bancal) européen. La renégociation menée par le Premier Ministre Britannique conservateur, David Cameron, a été à sens unique, les seuls sujets sur la table étant ceux portés par le gouvernement britannique.
Le Royaume-Uni a obtenu un ”statut spécial”, dixit Cameron, il n’est plus contraint par la clause d’une ”Union toujours plus étroite” qui prévoit que les pays membres de l’Union s’engagent à toujours plus d’intégtration.
Les travailleurs communautaires (citoyens de l’Union) ayant un emploi au Royaume-Uni n’auront pas droit aux mêmes aides sociales que les Britanniques mais paieront quand même leurs impôts.
Une nouvelle libéralisation sera proposée par la Commission européenne et tant pis si les citoyens européens votent de plus en plus contre cette ultra-libéralisme au sein de l’Union.
Enfin, la City, centre financier de Londres, bénéficiera de passe-droits pour ne pas être victime de la ”régulation” européenne (enfin, quand il en reste encore une!)

Cette négociation, c’est d’abord l’échec de l’Europe qui a abandonné son idéal de compromis. Incapable de mettre un paquet global sur la table des négociations qui puisse répondre aux demandes des Britanniques et aux besoins des Européens, l’Europe vient de se tirer une balle dans le pied!

Mais, cette négociation est surtout l’échec des socialistes. Incapables de défendre une autre Europe que l’ultra-libérale proposée par les Britanniques et l’actuelle Commission européenne, ils sont responsables et coupables de cette dérive libérale.

Un réferendum anglais!
Désormais, l’Europe entière retient son souffle et attend le résultat du référendum britannique qui aura lieu le 23 juin prochain, ou plutôt du référendum anglais, devrait-on dire. Car, avec plus de 80% de la population britannique, ce sont bien les Anglais, largement eurosceptiques, qui ont le véritable pouvoir de faire basculer ce référendum. David Cameron ayant refusé d’écouter les demandes légitimes des Ecossais et des Gallois, qui demandaient que, pour quitter l’Union, il fallait que les 4 nations votent en ce sens. L’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du nord pourraient bien être exclues de l’UE contre leur volonté exprimée pourtant démocratiquement.

Que ce soit à la Commission européenne, au Parlement européen ou dans les Etats membres, sur le Continent européen, le mot d’ordre est: ”Fermons-la, prions pour que les Britanniques votent “oui” et peu importe si cet accord est catastrophique, on ne peut pas perdre la Grande Bretagne!”.

Du coup, plus aucune initiative d’ampleur n’est prise depuis des mois, voire des années, par peur d’influencer ”négativement” le résultat. Tous les arbitrages sont donnés à Cameron (budget européen, accords de libre échange, libéralisation des règles européennes…) par peur de l’affaiblir outre-Manche, et tant pis si l’Europe s’enfonce toute seule (encore un peu plus) dans la crise.

Que les Britanniques veuillent un ”statut spécial” ou des dérogations n’est pas choquant en soi, mais que les Européens soient prêts à tout renier (leurs projets, leurs valeurs, leur idéal) pour garder coûte que coûte le Royamue-Uni est, avouons-le, le niveau zéro de la politique, voire même la fin du politique. Alors oui, pour paraphraser le vieux dicton, l’Union Européenne est un jeu qui se joue à 28 mais, à la fin, c’est l’Angleterre qui gagne!

Roccu Garoby/ Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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