Sauvons Schengen!

A street sign marks the beginning of France and the end of Schengen

Depuis des mois, et particulièrement depuis le début de ”la crise des réfugiés”, on entend de plus en plus de voix appeler à la suppression de Schengen. Voici pourquoi nous devons sauver Schengen!

Qu’est-ce que Schengen?
Schengen est le nom d’un petit village luxembourgeois où 5 pays européens (Allemagne et France rejoignant l’espace de libre circulation du BENELUX) ont signé le 14 juin 1985 un accord historique. Depuis, cet accord a été élargi à l’ensemble des pays de l’Union Européenne, à l’exception du Royaume-Uni et de l’Irlande qui ont refusé de le signer ainsi que la Roumanie, la Bulgarie, Chypre et la Croatie qui ne remplissent pas encore les conditions nécessaires pour rejoindre l’espace Schengen, mais cet accord a par contre été signé par des pays non membres de l’UE comme la Suisse, l’Islande ou la Norvège, par exemple.

Le principe de Schengen est simple. Au sein de l’espace Schengen, il existe une libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services; il n’existe donc plus aucune frontière ”intérieure”, par contre, il existe une ”frontière extérieure commune”, qui doit être aussi forte que les anciennes frontières intérieures.

Prenons un exemple simple: grâce à Schengen, il n’existe plus de contrôles aux frontières entre l’Espagne et la France, et ceci est une excellente nouvelle, notamment pour les Basques, les Catalans et, dans une moindre mesure, pour les Occitans qui vivent “à cheval” sur les Pyrénées, et ne considèrent pas les montagnes comme une ”frontière naturelle” mais comme un pont entre 2 plaines. Avant Schengen, un Basque de Baiona voulant aller à Bilbo était contrôlé par les polices française et espagnole, alors qu’il se déplaçait dans son propre pays. Absurde! Et si la Corse voulait commercer avec son plus proche voisin, la Sardaigne, il fallait passer les contrôles des biens et des capitaux de la France et de l’Italie. Un non-sens absolu.

En cela, Schengen est pour toutes les nations sans Etat une chance historique, un acquis inestimable et un droit que nous devrions défendre avec force! Car c’est lui, mais pas seulement lui, qui nous permet de (re)vivre dans l’espace qui est le nôtre et non celui défini par les capitales. Si les Corses veulent retrouver leur place en Méditerranée, alors, leurs partenaires naturels sont autant les Sardes et les Catalans que les Français et les Italiens, du moins pour la partie européenne. De même, si les Flamands (néerlandophones) veulent vivre dans leur espace culturel, c’est bien vers les Pays-Bas, et non vers la Wallonie francophone, qu’ils doivent se tourner. Si les Hongrois de Roumanie, de Slovaquie, d’Autriche ou de Croatie veulent retrouver leurs frères de Hongrie, cela se fera par Schengen aussi! Oui, Schengen est une chance pour nous et nous devons combattre tout retour au centralisme des Etats.

Non au retour du centralisme des Etats
Depuis des mois, dans les débats, on mélange tout (Schengen, les réfugiés, les migrants, l’Europe…) pour mieux combattre le tout, sans distinction, au risque d’oublier l’essentiel. Tout d’abord, rappelons que l’Union Européenne a une obligation vis-à-vis des demandeurs d’asile. C’est un devoir autant légal que moral que de les accueillir. Et, bon an mal an, pour savoir si un migrant est un demandeur d’asile, il n’y a pas d’autre moyen que de vérifier sa demande, une fois arrivé sur le territoire européen. En cela, il ne reste guère chez les leaders européens qu’Angela Merkel pour avoir encore de la morale en disant qu’on doit les accueillir, et non les repousser, afin de savoir si oui ou non, ce sont de vrais demandeurs d’asile.

Ensuite, pour les migrants économiques qui, n’en déplaisent à beaucoup, ne représentent pas la majorité des arrivées depuis le début de la crise, il n’existe pas de vrai cadre européen, chaque pays faisant selon ses besoins économiques. Entre une Europe du nord vieillissante et ayant un chômage faible et une Europe du sud engluée dans un chômage de masse, les intérêts sont très différents. Et pourtant, il va falloir créer un vrai cadre législatif européen pour savoir qui peut venir légalement en Europe, et quels sont les critères pour la rejoindre? Le débat sera sans doute dur et tendu. Probablement même qu’en ces temps de crise économique et sociale, il ne sera pas très prompt à accoucher d’un cadre généreux ou ouvert, mais il doit avoir lieu. Il est légitime, nécessaire et urgent. Mais ce débat ne doit pas être celui de Schengen, il ne doit pas remettre en cause les principes de la libre circulation au sein de Schengen.

Enfin, comme je l’ai déjà dit, Schengen n’est pas une passoire puisqu’il existe une ”frontière extérieure commune” qui régule les entrées (et les sorties) comme avant, les frontières intérieures le faisaient.

Dit simplement, la frontière sud-est de la Belgique n’est plus le Luxembourg mais la mer Egée! En fait, Lesbos et Kios, et les centaines d’îles grecques au large de la Turquie, forment notre frontière extérieure commune. Sauf que tout le monde s’en fout et on laisse les Grecs gérer (quasiment) tout seuls l’arrivée massive de milliers de réfugiés, notamment ceux venant de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan. Pire, les pays européens bloquent leurs frontières avec la Grèce afin qu’elle se retrouve complètement seule face à cette crise, et encore une fois, à l’exception de la Commission européenne, il n’y a guère qu’Angela Merkel pour demander à soutenir la Grèce!

Nous devons comprendre que la frontière grecque n’est plus la frontière de la Grèce mais la frontière des Européens, sinon Schengen pourrait ne pas s’en relever. Et si Schengen meurt, c’est la liberté de vivre dans nos pays qui sera durement affectée, voire condamnée. Schengen est une chance, c’est l’opportunité de faire (re)vivre notre nation dans son espace naturel, contre l’avis même des grands Etats. Oui, sauvons Schengen pour nous sauver nous-mêmes (nations sans Etat).

Roccu Garoby / Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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