Accord UE-Turquie : le Pacte de la honte!

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Le Conseil européen, regroupant les chefs d’Etat et de gouvernement, s’est réuni le 7 mars dernier pour trouver une solution à la ”crise des réfugiés”. Fait rarissime, ce Conseil s’est partiellement tenu en présence du Premier Ministre turc (non membre de l’UE). Il en est sorti le Pacte de la honte.

Violation du droit international
Ce 7 mars 2016 risque fort de rester, pour longtemps, le jour où l’Union Européenne a abandonné toute idée d’être le Continent des droits de l’Homme et décider de signer un véritable Pacte de la honte. En effet, les 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont préparé un plan dans lequel le droit d’asile sera violé.

Les Européens vont renvoyer de Grèce, principale porte d’entrée des réfugiés venus de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan, vers la Turquie, des réfugiés sans savoir s’ils sont des demandeurs d’asile (ou non). Rappelons que dans un tel cas, la Grèce, donc l’Union Européenne, a le devoir de les accueillir sur son sol. En ”échange” de ce retour de réfugiés vers la Turquie, Ankara enverra en Grèce un nombre équivalent de réfugiés, sans pour autant que ce soit les mêmes.

On joue avec la vie d’hommes, de femmes et d’enfants, comme si on parlait de pommes ou de poires. Cette proposition est indigne d’un Continent qui se revendique le défenseur des droits de l’Homme. Quand on revendique un ”titre”, cela ne confère aucun droit supplémentaire, seulement des devoirs, et en premier lieu celui d’être exemplaire. Ici, l’Europe a décidé de bafouer tous ses principes, donc sa raison d’être.

Faut-il négocier avec la Turquie ?
La Turquie est à la fois un pays frontalier du conflit syrien, un pays frontalier de l’Union européenne et un pays candidat officiel à l’Union depuis 2005 depuis qu’à l’unanimité, les chefs d’Etat et de gouvernement ont ouvert les portes de l’Union à Ankara, sous certaines conditions,.
Dès lors, le passage vers l’Europe, et notamment l’Europe du nord (Allemagne, Scandinavie, Royaume-Uni) passe par la Turquie puis la Grèce, la Serbie et la Bosnie (hors EU), la Croatie, la Slovénie, l’Autriche… Ce qu’on appelle, à Bruxelles, ”la route des Balkans”. Parler et dialoguer avec la Turquie, c’est possiblement trouver la bonne solution à la principale route des réfugiés.

Mais quand on voit les conclusions du Conseil européen, on se dit qu’on agit avec la Turquie comme on l’a fait avec Kadafi, et qu’aucune leçon n’a été tirée du fiasco libyen. On s’apprête à donner 6 milliards d’euros du budget européen à la Turquie, soit le double de ce qui avait été promis jusque-là, pour qu’un dictateur, Erdogan, (qui par ailleurs élimine toute opposition politique et culturelle, particulièrement celle des Kurdes), fasse le ”sale boulot” que nous ne voulons pas faire, comprenez : s’occuper des réfugiés.

Que va-t-il faire si, parmi les réfugiés qu’on ”renvoie” en Turquie, il y a des Kurdes (Syriens ou Irakiens) ? Au vu de la sympathie qu’Erdogan manifeste pour les Kurdes de Turquie, il est peu probable que leurs droits soient respectés.

Et pour couronner le tout, on propose de libéraliser les visas avec la Turquie et d’ouvrir de nouveaux chapitres de négociation pour l’entrée de la Turquie dans l’Union. Au lieu d’être clair et net avec la Turquie en disant : ”Il existe des règles pour rentrer dans l’Union et vous êtes à des années-lumière de les respecter”, on préfère marchander, comme au bazar, les valeurs démocratiques qui fondent notre UE. On marche sur la tête et les 28 chefs d’Etat et de gouvernement portent une immense responsabilité.

Alors parler, dialoguer et trouver des solutions avec la Turquie : Oui ! Bafouer le droit international, refouler des demandeurs d’asile qui quittent la guerre civile chez eux et payer un Etat pour faire le ”sale boulot pour nous”, tout en lui concédant toutes ses demandes malgré les dérives sécuritaires et anti-démocratiques : Non !

Un dernier espoir ?
Un nouveau Conseil européen se tiendra les 17 et 18 mars prochains pour confirmer ou, espérons-le, complètement revoir cette proposition. Si les 28 leaders européens, qui décident par consensus donc à l’unanimité, valident cette proposition, ils seront responsables et coupables de violation des droits de l’Homme et d’une situation qui ne pourra qu’empirer.

Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, il n’est pas trop tard pour changer d’avis : car de ce Pacte de la honte, on n’en veut pas.

Roccu Garoby / Président de l’Alliance Libre Européenne jeune

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