Attentats de Bruxelles: se poser les bonnes questions!

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Mardi 22 mars, un double attentat a touché Bruxelles, la capitale européenne, faisant, au moins, 30 morts et plusieurs centaines de blessés. Après le temps de l’émotion et du recueillement, vient le temps de la réflexion et de l’action mais pour cela, il faut se poser les bonnes questions.

Le traumatisme
Pourquoi moi, ou plutôt pourquoi pas moi? Pourquoi lui ou elle? Et si j’avais fait cela, aurais-je été dans l’aéroport ou dans le métro? Aurais-je perdu la vie ou aurais-je été blessé? Pourquoi ici? Pourquoi maintenant? Pourquoi ont-ils fait cela? Ce sont les premières questions légitimes que l’on se pose après avoir vécu de tels attentats. Pourtant, la vie continue et il faut apprendre à vivre avec, voire dépasser le traumatisme de l’attaque ou la douleur d’avoir perdu un proche, pour affronter le monde tel qu’il est.

La situation dans laquelle se trouve l’Europe nécessite de se poser les bonnes questions en tant qu’individus d’une société qui doit faire face à l’émergence d’un nouveau terrorisme prêt à tout, y compris les attentats-suicide à l’aveugle, d’un nouveau genre. Il n’y a plus de ”code”, il n’y a pas de possibilité de dialogue avec un groupe armé, identifié et ayant un objectif politique clair.

La première question à se poser est : « Est-ce que le risque 0 existe? » Evidemment non. Doit-on le réduire à son maximum? C’est une obligation! A-t-on connu des époques plus ”mortelles” qu’aujourd’hui? Oui, les années 1970, 80, 90 ont été plus mortelles que celles de 2000 et 2010, mais les attentats de ces dernières années sont toujours plus violents, toujours plus médiatiques. Cela rend-il ces attentats plus acceptables? Bien sûr que non ! Toutes ces questions nous amènent à la réflexion extrêment sensible de l’acceptabilité d’un risque dans une société.

Ainsi, quel risque est-il ”acceptable”? Quel prix est-on prêt à payer individuellement et/ou collectivement pour réduire ce risque? Faut-il plus de sécurité, au détriment de nos libertés? Jusqu’à quel point la privation ou la limitation de nos libertés, durement acquises, est-elle acceptable? Pendant combien de temps une privation de nos libertés individuelles et collectives est-elle acceptable? Toutes ces questions doivent être posées, si on veut sortir ensemble plus forts de cette épreuve qui ”s’impose” à nous, sans pour autant renier ce qui fait notre société: une société fondée sur le droit et la justice, la liberté et la sécurité, la démocratie et les droits de l’Homme. Car c’est cette société que les terroristes veulent détruire (que certains d’entre nous veulent mettre entre parenthèses) que nous devons totalement repenser.

Le besoin de sécurité
La première demande post-traumatique est le plus souvent, et c’est légitime, une demande de sécurité. C’est ainsi que le niveau d’alerte a été immédiatement relevé à son maximum dès les attentats en Belgique, que l’état d’urgence a été déclenché en France dès les attentats du 13 novembre ou que le Patrioct Act a pu être adopté dans la foulée du 11 septembre. Pourtant, il est tout aussi légitime de se poser la question de savoir si le ”curseur” n’est pas allé trop loin. En donnant un pouvoir immense à l’administration, au détriment de la justice, l’équilibre précaire de notre société (séparation des pouvoirs) a été remis en question. Pour un temps et un espace déterminés, c’est sûrement nécessaire, pour une durée indéterminée, cela semble excessif, voire dangereux.

Prenons, l’exemple des attentats contre les tours jumelles. Après le 11 septembre 2001, un nombre incalculable de mesures ont été prises pour rendre les avions plus sûrs (contrôles renforcés dans les aéroports (détecteurs de métaux, scanners corporels…), interdiction de certains produits en cabine, cockpit fermé de l’intérieur…). Pourtant, il y a encore des attentats dans les aéroports. Les terroristes s’adaptent et cela n’a pas empêché les attentats de Bruxelles et probablement, et malheureusement, cela n’empêchera pas un futur attentat dans un avenir proche. Doit-on sécuriser les aéroports et contraindre les gens à des fouilles dès l’entrée de l’aérogare? Peut-être, mais cela ne ferait que déplacer le problème puisque la foule des voyageurs se retrouverait, comme ce fut le cas dans les gares bruxelloises, juste après les attaques. Encore une fois, la sécurité est nécessaire mais elle ne peut réduire le risque à 0.

Sans jamais accepter ces actes ignobles ni en assumer la culpabilité, la question de notre responsabilité individuelle et collective doit aussi être posée car sans y répondre, on passe aussi à côté d’une partie de la réponse. Ainsi, comment des jeunes, nés en Europe, ayant grandi en Europe, ayant fréquenté les mêmes écoles que nous peuvent en arriver à commettre l’irréparable, pour ne pas dire l’impardonnable? Comment nos sociétés européeennes ont-elles pu engendrer de tels ”monstres”? Et comment nos sociétés vont-elles gérer ces français ou ces belges (ou autres nationaux) qui commettent des attentats terroristes? La réponse n’est pas aisée, tant le fossé entre eux et la société semble infranchissable.

De plus, sans bien-sûr excuser les actes odieux des terroristes, il faut oser poser le problème en des termes bruts: de qui DAESH est-il le fils? Qui finance? Qui soutient seu bien financiers? Pourquoi fermons-nous les yeux sur le rôle de la Turquie? Pourquoi acceptons-nous de traiter avec le Qatar ou l’Arabie saoudite, un ”DAESH qui a réussi”? Pourquoi un prince Saoudien peut-il, en catimini, recevoir une légion d’honneur? Comment ne pas croire que la politique des Etats européens et/ou de l’Occident, au Proche-Orient, est au ”mieux” un combustible au ”pire” un carburant de DAESH? Non, nous ne sommes pas responsables de ces attaques terroristes, et l’auto-flagellation ne doit pas être de mise, mais non, nous ne pouvons pas nous exonérer de nos responsabilités dans la situation actuelle au Proche-Orient qui est le terreau du terrorisme islamique.

L’Europe fantôme
En attaquant Bruxelles, les terroristes ont sûrement voulu s’en prendre à l’Europe qui est, paradoxalement, complètement absente du débat alors qu’elle devrait être au coeur de la solution. On ne peut avoir une Union Européenne fondée sur les droits de l’homme, y compris celui d’asile, si elle se résume simplement à un Marché Commun. On ne peut lutter contre des terroristes qui peuvent se déplacer librement au sein de l’espace Schengen sans police et justice ”fédérales”, sans services de renseignement ”fédéraux”, comprenez qui agissent au-delà des frontières puisque les crimes sont transnationaux. Les coopérations policière et judiciaire sont quasi inexistantes car les Etats refusent le partage d’informations, se retrouvant avec des situations ubuesques, dont les terroristes profitent abondamment, où un pays ”hôte” qui suit un terroriste ne partage pas toutes ses informations avec le pays ”cible” du terroriste.

En d’autres termes et en ces temps obscurs, le besoin accru de sécurité est légitime et nécessaire. L’abandon, de façon permanente, de nos libertés et de nos droits est dangereux; et le refus, de la part des Etats membres, de créer une véritable union policière, judiciaire, diplomatique et militaire, pour des raisons purement égoïstes, est criminel. Soit on a un projet européen et on en accepte le prix ou bien on arrête les frais car, pour l’instant, les seuls qui se jouent de cette Europe fantôme ce sont les terroristes et les seuls qui en payent le prix, les citoyens européens.

Et il faut avoir le courage de dire que pour répondre à ces attaques, la complaisance avec les terroristes ne doit jamais être acceptée. La réponse sécuritaire ne sera jamais suffisante, l’abandon de nos valeurs sera toujours une faute, et le refus de trouver une solution globale, qui inclut la remise en question de notre politique étrangère, de nos alliances internationales, demeurera un obstacle à toute solution. Oui, il est temps de se poser les bonnes questions, toutes les questions, sans qu’aucune ne soit tabou, car le ressort émotionnel, aussi important soit-il, ne pourra éternellement sauver nos sociétés européennes à bout de souffle.

Roccu Garoby / Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune.

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