Panama papers: Leur paradis, notre enfer!

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Le 3 avril 2016, plusieurs dizaines de journaux ont publié ce qui pourrait s’avérer être le plus grand scandale fiscal tant le nombre de documents publiés est impressionnant.

”Les paradis fiscaux, c’est terminé!”

Après la crise de 2009, le G20, les 20 plus grandes puissances économiques du monde, nous l’avait promis et certains chefs d’Etat européens, tel Nicolas Sarkozy, l’avait même clairement dit. D’autres, plus récemment, avaient annoncé que le ”monde de la finance” était leur ennemi. On a vu les résultats: probants! Avec cette affaire dite des ”Panama papers”, on découvre un peu plus l’immensité qui nous sépare du monde de cette nouvelle intelligencia financiarisée. Aucune retenue, aucune honte et que du mépris pour les petites gens, celles qui n’ont pas d’autre choix que de payer leurs impôts, sous peine de voir débarquer les services du fisc intrangisants!

Mais réjouissons-nous de ces fuites car la lutte contre les paradis fiscaux n’avancent qu’à coup de scandales! Et ces scandales feront, par la pression populaire, avancer la lutte contre l’évasion fiscale et progresser le combat pour la justice fiscale car les 2 sont intimement liés.

Allo, Bruxelles?

Ce qui est marquant dans tout cela, c’est l’absence de l’Europe, la première puissance économique du monde. Mais que fait-elle? Rien! Il faut dire qu’avec la majorité ultralibérale qui gouverne à Bruxelles (coalition des socio-démocrates, des libéraux et des chrétiens-démocrates) et le Président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, issu de l’un des plus gros paradis fiscaux d’Europe, le Luxembourg, voir l’Europe ne pas agir n’est qu’une demi-surprise. Pourtant, son inaction ne pourra demeurer. Sous la pression des peuples, l’Europe devra faire le ménage et lutter, activement cette fois, contre les paradis fiscaux et cela doit commencer par des enquêtes parlementaires, administratives et judiciaires pour savoir qui sont les responsables et qui a fraudé. Mais faire le ménage, cela veut dire aussi, et d’abord, commener par le faire chez soi. Car des territoires comme le Luxembourg, l’île de Man, Jersey et Guernesey, Andorre et Monaco et bien d’autres ne sont pas exempts de tout reproche.

 Notre enfer!

Mais le vrai scandale des paradis fiscaux, c’est qu’il met en exergue l’enfer, le nôtre. En 2013, Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen en fonction, et chrétien-démocrate d’affiliation, avait déclaré que du fait de l’évasion fiscale et de la fraude fiscale plus de 1000 milliards d’euros de recettes fiscales partaient en fumée chaque année en Europe. Oui, vous avez bien lu, 1000 milliards! Chaque année! Soit l’équivalent du PIB de l’Espagne ou 7 fois le budget annuel européen!

 Mieux, le déficit public cumulé des 28 Etats de l’Union européenne s’élève à ”à peine”, 400 milliards d’euros cette année. Même au pic de la crise économique le déficit public cumulé des 28 Etats n’a jamais dépassé les 1000 milliards d’euros! Autrement dit, sans évasion fiscale, point de déficit public! Sans déficit public, point de dette publique! Et sans dette publique, point d’austérité! Oui, c’est nous qui payons leur évasion fiscale par des hausses d’impôts et des coupes budgétaires. Leur paradis, c’est nous qui le leur payons. Voilà la dure vérité qui vient d’éclater. Leur paradis fiscal, c’est notre enfer d’austérité.

  Une autre répartition des richesses!

Ce scandale fiscal doit nous permettre de repenser l’économie dans son ensemble et penser une autre répartition des richesses et des efforts. Ceux et celles qui peuvent le plus doivent faire un effort supérieur et non demander aux plus pauvres de payer pour leur évasion fiscale. Oxfam a récemment publié un rapport qui prouve que 1% de la population mondiale la plus riche, soit 70 millions d’habitants, l’équivalent de la population française, possédait autant que les autres 99%. Très probablement dans ces 1%, on retrouvera la plus part de ceux qui sont listés dans le Panama papers. En attendant, les autres 99% de la population mondiale doivent se partager un demi-gâteau. Voilà l’autre scandale qui devrait nous faire réagir.

 Telle la lutte contre la piraterie, à l’époque moderne (XVI-XVIIIème siècle), où une partie des corsaires était soutenue par les Etats, de même aujourd’hui, la lutte contre les paradis fiscaux sera sans doute lente et longue mais elle sera couronnée de succès car le monde est fini et l’ombre diminue chaque fois que la lumière est faite! Alors, à quand le prochain Panama papers?

 Roccu GAROBY

Vice-President de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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