Tchernobyl: 30 ans après, aucune leçon n’a été tirée!

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Aujourd’hui
, cela fait 30 ans, jour pour jour, que la centrale nucléaire de Tchernobyl a explosé, faisant des dizaines (peut-être même des centaines) de milliers de victimes, directes et indirectes. Encore aujourd’hui, de nouvelles victimes sont diagnostiquées!

Des accidents très réguliers

“Le nucléaire, c’est sûr!” Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette prophétie de la part du Lobby du nucléaire. Et pourtant, la réalité des faits est là. Depuis que le nucléaire existe, les accidents se multiplient, qu’ils soient “mineurs” (Chalk River 1952, Saint-Laurent-des-Eaux en 1969 et 1980, Indian Point en 2000….) ou “graves” (Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986, Vandellos 1989, Fukushima en 2011…). N’en déplaisent à ceux qui ont un atome crochu avec l’énergie jaune, le nucléaire n’est pas sûr!

Le problème avec le nucléaire civil c’est que, comme toute technologie, il n’est pas fiable à 100% au sens où le risque 0 n’existe pas. Sauf que le risque, en cas de panne ou d’incident dans l’éolien, le solaire ou la géothermie est extrêmement limité géographiquement, temporairement et physiquement. Même en cas de rupture d’un barrage hydrolique, la catastrophe, qui pourrait s’avérer dramatique en terme de perte de vies humaines et de préjudice environnemental, resterait localisée et limitée dans le temps. Avec le nucléaire, on prend des risques non pas seulement avec le voisin mais avec toute la planète et sur plusieurs générations!

Et c’est déjà un miracle qu’il n’y ait pas eu plus de Tchernobyl ou de Fukushima en 30 ans!

Un parc vieillissant et coûteux

Depuis Tchernobyl, le nucléaire n’a plus la cote, malgré tous les efforts des nucléocrates. La part du nucléaire dans le monde stagne à 10% de la production mondiale d’électricité, autant dire qu’elle ne représente PRESQUE rien, mais elle continue de représenter une part importante dans certains pays (75% en France, environ 50% en Slovaquie, Hongrie, Ukraine et Belgique et une vingtaine de % aux Etats-Unis, en Russie et en Espagne contre seulement 15% en Allemagne).

L’absence de ”renaissance du nuclaire” après Tchernobyl, qui pourrait représenter une bonne nouvelle via la non construction de centrales nucléaires depuis plus de 20 ans, pourrait en fait devenir une véritable catastrophe. Car cela signifie que le parc nucléaire mondial vieillit, qu’il faut l’entretenir, ce qui nécessite des sommes colossales (plusieurs centaines de milliards d’euros), le tout en pleine crise économique, où toute économie est la bienvenue. Continuer avec le nucléaire serait un suicide financier en plus d’un risque humain et environnemental sans précédent dans l’histoire de l’Humanité. En cela, la seule décision qui vaille, face à de tels défis financiers et sécuritaires et de tels risques sanitaires et environnementaux, et qui aurait dû est prise après Tchernobyl, c’est de sortir du nucléaire!

Mais, pour l’instant, certains persistent malgré le non sens économique. En effet, le nucléaire est en passe de devenir l’énergie la plus coûteuse (programme de recherche, programme d’exploitation, subventions publiques et entretien compris) mais on continue de jeter des milliards d’euros par la fenêtre, notamment en France, pour des couacs à répétition tel que Superphénix, fermé en 1997, l’EPR finlandais et l’EPR de Flamandville, en grand retard et en accumulant des surcoûts astronomiques, sans oublier le trou financier que représente ITER, situé à Cadarache. Ce programme international, co-financé par l’Union européenne coûtera encore plusieurs milliards pour une commercialisation prévue, au mieux, avant… la fin du siècle!

Un risque de catastrophe accru

Avec un parc vieillissant, des (sur)coûts abyssaux, tout gouvernement rationnel prendrait la seule décision sage: sortir du nucléaire. Les Belges l’ont fait au début des années 2000, tout comme les Allemands. A chaque fois, ce sont les écologistes qui ont été à la pointe, sur ce combat. Ils ont été les premiers, depuis suivis par d’autres, fort heureusement, à comprendre le risque inhérent à l’atome. Et les gouvernements les plus sceptiques ont évolué après les accidents nucléaires. Le Japon a payé un lourd tribut, que ce soit via le nucléaire militaire (Hiroshima et Nagasaki) ou civil (Fukushima). Il est fort probable qu’ils ne s’y remettent plus. Angela Merkel aussi a compris, après Fukushima, que le risque 0 n’existait pas, même au pays de la haute technologie et elle a validé la sortie du nucléaire que la droite allemande n’avait pas encore acceptée.

A Fukushima, le risque séisme/ras-de-marée n’avait pas été imaginé par les scientifiques ! On en voit le prix, aujourd’hui. De même, le risque sismique en Alsace est réel et la centrale de Fesseinheim, la plus vieille de France, se trouve à proximité d’une faille sismique active. Ce risque a-t-il été évalué correctement? Et puis, à l’heure des attentats-suicide, qui nous dit qu’un terrorriste ne va pas se faire exploser dans une centrale nucléaire? L’effet serait potentiellement cataclysmique! Eviterons-nous de prendre ce risque supplémentaire?

Oui, le nucléaire est dépassé et coûteux, mais il est toujours -et surtout- dangereux et risqué car le danger inhérent au nucléaire est fondamentalement différent de celui des autres technologies. Si la vie est une succession de risques que l’on prend, celui-ci est incontestablement l’un des plus sérieux car il n’expose pas seulement celui qui le prend, il expose l’ensemble de l’éco-système et l’humanité toute entière, et ce pour plusieurs générations!

Non, décidément, 30 ans après Tchnernobyl, et aussi longtemps qu’une centrale nucléaire fonctionnera, toutes les leçons n’auront pas été tirées!

Roccu GAROBY / Vice-Président for EU Affairs et Vice-Président Vice de l’ALEjeune

Né 9 mois après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl

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