Goldman Sachs ou le Mal européen

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Récemment, José Manuel Barroso a annoncé qu’il avait été embauché par Goldman Sachs, la banque d’affaires au passé tumutueux. Une fois de plus, Goldman Sachs s’illustre par sa perfidie au détriment de la démocratie.

Goldman Sachs et le monde de la finance

Goldman Sachs est l’une des plus grandes banques d’investissement au monde. Une de ces banques que les anglophones appellent ”too big to fail” (trop grosse pour faire faillite) c’est-à-dire qu’elle est si énorme et si importante pour le monde financier, bancaire et économique que sa chute risquerait de causer l’anéantissement du système tout entier, comme ce fut le cas en 2008 avec la chute de Lehman Brothers.

Mais Goldman Sachs incarne aussi le monde de la finance et tout ce qu’il a de détestable: la folie d’un monde sans règle, l’avidité absolue des personnes obnubilées par l’argent, l’intoxication de la finance mondiale au “courtermisme“, la déconnexion avec la réalité de la vie des petites gens et de l’état de la planète. C’est simple: pour Golman Sahcs, tout est prétexte à l’argent, tout est prétexte au pouvoir. Le reste n’est que futilité sans intérêt, sic.

En cela, Goldman Sachs est un pouvoir à elle toute seule. Elle peut influencer les plus grands de ce monde, (le fameux lobbying), elle peut imposer des décisions politiques contre l’avis des peuples, (le fameux ”too big to fail ”), elle peut faire la pluie et le beau temps, (le fameux pouvoir de l’argent).

En réalité, Goldman Sachs, qui incarne l’avidité de l’homme sur l’homme, est bien plus que cela. En Europe, elle entretient une relation incestueuse avec le vie politique. La liste est longue des hommes politiques européens de premier plan ayant travaillé pour ou avec Goldman Sachs, il n’est donc pas inexact de considérer Goldman Sachs comme exerçant véritablement un pouvoir en Europe.

Le monde de la finance et le véritable pouvoir

Mario Dragui, actuel Président de la puissante Banque Centrale Européenne, Mario Monti, ex-Commissaire européen (1995-2004) et ex-Président du Conseil, le Premier Ministre italien, (2011-2012), ayant remplacé Berlusconi sans passer par la case élection,  Karel Van Miert, Commissaire européen belge de 1989 à 1999… sont autant d’hommes politiques européens de premier plan à avoir travaillé ou étant sous contrat avec la Banque d’affaires. Les réseaux Goldman Sachs se reproduisent au sein même de la vie politique européenne, pourrissant, tel un ver dans une pomme, le projet européen de l’intérieur.

Mais il serait faux de croire que seule l’Europe est victime des tentacules de la tumultueuse banque américaine. Chez l’oncle Sam, la démocratie a totalement succombé aux sirènes de la Banque d’affaires. Les ministres du Budget de Clinton (Démocrate) et Georges W. Bush (Républicain) sont issus des rangs de Goldman Sachs. En fouillant de plus près, on tombe sur une liste indiquant que de grands ”patrons”, à la tête d’empires industriels, tels ArcelorMittal, un ancien Président de la Banque du Canada ou bien encore un ancien Président de la Banque Mondiale ont travaillé pour Goldman Sachs.

Et si, par malheur, on élargit la recherche à toutes les grandes banques d’affaires travaillant en Europe ou aux Etats-Unis, la liste devient carrément hallucinante. On se demande même qui peut espérer gouverner dans ce bas monde sans avoir reçu, au préalable, le droit d’exercer le pouvoir de la part de la finance mondiale.

Par ailleurs, cette liste va bientôt s’allonger avec un nouveau venu, et pas des moindres, José Manuel Barroso. En effet, l’ancien Président de la Commission européenne (2004-2014), a décidé de rejoindre les rangs, déjà bien garnis, de Goldman Sachs.

Le cas Barroso et la fin de la morale

Le cas Barroso, qui vient de créer la polémique, est l’incarnation même de cette dérive du pouvoir.

C’est vrai qu’il a parfaitement le droit, et c’est sa seule ligne de défense, de travailler pour Goldman Sachs. Le code de conduite des Commissaires européens stipule que les Commissaires doivent attendre 18 mois après la fin de leur mandat pour travailler dans un domaine qui pourrait créer un conflit d’intérêt et des trafics d’influence. Barroso ayant quitter la Présidence de l’Exécutif européen le 1er novembre 2015, on peut dire qu’il n’a pas perdu de temps!

Mais n’oublions pas que ce code de conduite a été proposé… par la Commission européenne, autant dire que les Commissaires n’allaient pas s’interdire de joyeuses pré-retraites grassement payées par des banques d’affaires qui veulent avoir accès au carnet d’adresses de ces anciens piliers de la vie politique, le tout en attendant leur propre retraite de Commissaire européen. De ce fait, le code de conduite est tout simplement insuffisant et doit être immédiatement renforcé afin d’éviter les ”révolving doors”, ce passage incessant entre le sommet du monde politique et le sommet du monde financier et économique qui crée un entre-soi dont la première victime est la démocratie.

Mais bien que légale, cette décision, de la part de Barroso, est immorale. Comment un ancien Président de la Commission européenne (2004-2014) peut-il oublier que Goldman Sachs a été la banque qui a conseillé et aidé la Grèce à truquer ses comptes publics pour ensuite l’attaquer sur les marchés financiers pour sa dette abyssale? Comment un ancien chef de l’Exécutif lusitanien (2002-2004) peut-il accepter de travailler pour une banque qui voit les pays fragiles de la zone euro, dont le Portugal, comme des charognes qu’il faut dépecer. Enfin, comment un démocrate peut-il accepter de vendre son carnet d’adresses et son influence à une entreprise aussi importante sans s’apercevoir que c’est la démocratie tout entière qui est remise en cause par ce choix?

Le choix de Barroso est inacceptable mais, au delà de son cas personnel, il n’est que l’incarnation du système en place: une finance mondiale qui dirige, des gouvernements aux ordres de cette dernière et des citoyens qui acceptent cette soumission.

Les seules questions qui vaillent la peine d’être posées sont: jusqu’à quand accepterons-nous de ne pas être gouvernés par nos élus locaux, nationaux, étatiques ou européens? Jusqu’à quand allons-nous accepter que l’homme soit au service de la finance? Jusqu’à quand tolèrerons-nous de négocier avec le Mal absolu de nos démocraties: le monde de la finance dont Goldman Sachs en est l’incarnation sur Terre?

Roccu GAROBY / Vice-Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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