Comment réformer l’Europe ? Unis dans la diversité (3ème partie)

L’Union Européenne souffre de 3 maux principaux, le déficit démocratique, l’absence d’Europe sociale et la promesse non-tenue de l’unité dans la diversité. L’urgence est d’agir sur les trois fronts simultanément.

”In varietate concordia”

drapeau-europeen-4-978a4L’Europe n’est pas -et ne sera jamais- une union monolithique, ”une et indivisible” dirait un bon jacobin. Si tel était le cas, elle serait rejetée bien plus encore que ne l’est l’Europe d’aujourd’hui. Elle le serait en premier lieu par ceux-là même qui ne veulent pas se voir imposer, à raison, une vision centraliste, jacobine mais qui ne peuvent s’empêcher de le faire à l’intérieur des frontières des Etats. Paradoxalement, ces ennemis de la diversité -au sein des Etats- sont nos alliés contre le jacobinisme et le centralisme européen.

Non, l’Europe est riche de sa diversité. Sa diversité linguistique. Sa diversité culturelle. Sa diversité patrimoniale. Sa diversité religieuse. Sa diversité littéraire… Sa richesse est sans limites pour peu qu’on n’en définisse pas d’artificielles.

”Unis dans la diversité” est probablement l’une des plus puissantes devises que l’Europe pouvait se donner. Mais reconnaissons que cette devise n’est qu’à moitié respectée. Avec 24 langues officielles dans une Union à 28 pays, l’UE est l’institution la plus diversifiée au monde. Pour comparaison, l’ONU ne reconnaît que 6 langues en son sein (l’anglais, l’arabe, le chinois, l’espagnol, le français et le russe).

Reconnaître toutes les langues

En refusant de reconnaître certaines langues, l’UE considère qu’il existe deux catégories de langues. Celles qui sont officielles et qui ont une valeur parce qu’elles sont défendues par un Etat (le gaélique est officiel à Bruxelles car défendu par l’Irlande) et celles qui ne le sont pas car n’ayant aucune valeur à ses yeux (le catalan, le basque le corse, le breton…).

Cette discrimination est une violation de la devise européenne et éloigne les nations sans Etat de l’Europe.

Bruxelles peut, sans changer les Traités, reconnaître toutes les langues d’Europe. Ce serait un signal fort d’intégration. L’Union se ferait alors véritablement dans la diversité.

Reconnaître tous les peuples

521690_10151565803735470_1693967964_nSi la reconnaissance des langues peut se faire à Traité constant, celle des peuples nécessite un changement de Traité. Mais cette dernière est tout aussi importante que la première. Un peuple a des droits imprescriptibles et inaliénables.

Dans le cadre d’un fédéralisme européen, pourquoi ne pas donner à chaque peuple faisant partie de l’Union Européenne, le droit d’être entendu et respecté comme n’importe quel autre peuple, qu’il ait ou non son propre Etat?

L’idée est de donner aux nations sans Etat une voix propre au niveau européen. Ainsi, chaque nation, même si elle n’a pas son propre Etat, devra avoir sa propre circonscription électorale, afin que cette nation ait, au minimum, un élu au Parlement européen. Au Conseil, pour un sujet dont la compétence est exercée par la nation/région, c’est cette dernière qui siégerait et voterait au Conseil, les voix de l’Etat seraient ainsi partagées entre l’Etat central et la nation/région compétente au prorata de la population.

Ainsi, les peuples européens non-indépendants jouiraient d’une large autonomie et la vie démocratique en Europe ne se résumerait pas à une relation entre Etats mais à une relation entre peuples.

Pendant près de 2 siècles, l’État a été conçu comme le seul modèle de construction politique capable de protéger la souveraineté. Il est temps de penser l’avenir et d’imaginer de nouvelles formes de souveraineté.

Avec la mondialisation, bon an, mal an, si notre souveraineté est conservée dans le cadre des Etats européens, elle disparaîtra. C’est indéniable. Cependant, on peut la conserver, si on la partage entre les peuples qui adhèrent à un même projet. C’est le cas de l’Union Européenne. Ce projet sera d’autant plus fort qu’il respectera la diversité des peuples qui la composent. Nous sommes unis mais tous différents et nous sommes tous interdépendants.

Roccu GAROBY

Vice Président de l’Alliance Libre Européenne-Jeune

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