Brexit: Europe 2 – Royaume-Uni 0

Le 19 juin dernier, les véritables négociations sur le Brexit ont commencé. Et le Royaume-Uni avait perdu la première manche car le cadre des négociations avait été fixé par Bruxelles. Depuis, Londres multiplie les erreurs de défense. Le pire n’est plus à exclure.

Londres refuse l’évidence

theresa mayDepuis le début des négociations, il y a déjà eu 5 rounds de négociations à Bruxelles entre David Davis, le Ministre britannique en charge du Brexit, et Michel Barnier, le ”négociateur en chef chargé de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni”. Et c’est peu dire que Londres est dans un déni de réalité.

Le cadre des négociations était pourtant clair. Le 29 mars 2019 au soir, soit 2 ans jour pour jour après la notification officielle du Brexit par le Royaume-Uni, ce dernier sera hors UE. D’ici là, il faut trouver un accord pour préparer sa sortie. Cet accord doit se faire en deux temps. Premièrement, avant octobre 2017, les 27 et le R-U doivent avancer ”de façon substancielle” sur les 3 points majeurs de la négociation: le droit des citoyens (européens au R-U et britanniques dans l’UE), l’accord financier (combien le Royaume-Uni doit encore payer au budget européen) et la question des frontières (notamment en Irlande du nord où le processus de Paix est en danger). Puis, si et seulement si des ”avancées substancielles”‘ sont faites sur chacun des 3 dossiers, une deuxième étape pourra commencer avec la négociation d’un accord transitoire (applicable pendant quelques années juste après la sortie du R-U) afin d’assurer la sortie la plus harmonieuse possible de l’UE.

Sur le droit des citoyens, le Royaume-Uni a mis des mois pour reconnaître l’évidence: Londres ne pouvait pas demander à Bruxelles ce qu’elle-même ne pouvait offrir aux citoyens européens déjà installés au R-U. De plus, le R-U a traîné pour accepter que ces derniers puissent conserver leurs droits déjà acquis. Mais le dossier n’est pas clos car le 10 Downing street, le Matignon britannique, refuse que la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) soit compétente sur cette question. Pour les hard brexiters, les pro-Brexit les plus durs, la supprématie de la CJUE sur la justice britannique est inacceptable.

Londres refuse de payer son addition

Addition-restaurantMais le plus grand problème est incontestablement, et sans surprise, le refus de Londres de payer ses factures. En comptabilité publique, il y a des engagements, ce qu’on promet, et des paiements, le vrai versement. Or, le budget européen est ainsi fait qu’il y a régulièrement 2, 3, 4 voire 5 ou 6 années (notamment dans la politique régionale) entre un engagement et son paiement.

Le R-U refuse de payer les paiements qui sont la conséquences logique et légale d’un engagement pris plus tôt. Londres souhaite négocier la facture qui pourrait avoisiner les 60 milliards d’euros (le chiffre n’est pas tout-à-fait fixé car selon les modes de calcul, on peut finir avec un chiffre légèrement différent). Théresa May a déclaré qu’elle était prête à clore le dossier avec un chèque de… 20 milliards d’euros! Absolument inacceptable pour les 27 autres pays qui devraient alors passer à la caisse pour éponger la dette si Londres ne payait pas sa part.

En fait, c’est comme si Londres allait au restaurant, commandait un bière belge, une salade grecque, une paella espagnole accompagnées d’un bon vin français, une tarte Zacher autrichienne, un expresso italien et une Palinka hongroise en digestif mais une fois l’addition présentée, était prête à payer seulement la salade qui était bonne, le vin qui était fruité et le café parce qu’italien. Bref, du grand n’importe quoi. Quand on commande, on paye!

Bruxelles hausse le ton

michel-barnierSur l’Irlande, il y a eu très peu d’avancées pour l’instant. Et le fait que le DUP irlandais (unionistes pro-britanniques, pro-Brexit et conservateurs) soutienne le gouvernement minoritaire de Théresa May n’aide pas.

La date limite pour faire des ”avancées substancielles” sur chacun des 3 dossiers était octobre 2017. Et force est de constater qu’on est loin du compte. Du coup, le Parlement européen, puis le négociateur en chef, Michel Barnier, et enfin le Conseil européen, ont proposé de ne pas ouvrir la seconde phase des négociations car les conditions n’étaient pas remplies. Désormais, la date pour avancer sur les 3 dossiers est décembre 2017 mais le temps presse car ”the clock is ticking“, (les aiguilles tournent), comme disent nos amis d’outre Manche.

Londres pensait pouvoir négocier un accord dans l’ombre, voire faire 27 négociations différentes pour fragiliser l’UE comme elle en a eu l’habitude, mais elle vient de se heurter au mur de la réalité. Les 27 font bloc derrière Barnier, le Parlement européen défend plus que jamais le droit des citoyens (européens et britanniques), personne ne veut payer pour Londres et le processus de paix en Irlande du Nord est en danger.

Theresa May l’a bien compris, fragilisée par les dernières élections législatives qui lui ont fait perdre sa majorité absolue, elle l’est aussi en interne par une frange de hard-brexiters, ceux qui veulent quitter l’UE à n’importe quel prix y compris celui de rompre tous les accords liant l’UE et le R-U. Elle est coincée et devra soit accepter l’évidence, (reconnaître les droits des citoyens européens, payer ses factures, protéger le processus de Paix en Irlande du nord) soit quitter l’UE sans aucun accord et donc se retrouver du jour au lendemain avec des droits de douane pour 50% de ses exportations (vers l’UE), des contrôles stricts aux frontières sur les personnes bien-sûr mais aussi sur les biens, les services et les capitaux… L’économie britannique fondée sur la puissance de la City et les exportations pourrait ne pas absorber ce choc extrêmement violent.

Tout est résumé dans la phrase d’un élu britannique, membre de la majorité conservatrice: ”soit on accepte un accord et on brise le parti, soit on ne fait pas d’accord et on brise le pays”. Reste à savoir si Theresa May sera une Femme de parti ou une Femme d’Etat. Aujourd’hui, le score est de 2-0 pour l’Europe et la ReMAYtada s’annonce compliquée!

Roccu GAROBY

Vice-Président de l’Alliance Libre Européenne Jeune

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