Roccu Garoby on the Crimea

La Crimée : au cœur du droit à l’auto-détermination

A l’heure où j’écris ces lignes, le résultat définitif du référendum en Crimée n’est pas encore connu mais les premières estimations confirment un raz de marée (plus de 90%) en faveur d’un rattachement de la Crimée à la Russie. Pourtant, la Crimée pourrait être un ‘‘épiphénomène’’ lié à quelque chose de bien plus grand. 

‘‘Une mascarade démocratique’’

Si les premières tendances, qui donnent une volonté écrasante (près de 93%) des habitants de Crimée, se confirment, ce 16 mars 2014 sera à marquer d’une pierre noire dans l’histoire de la démocratie et du droit des peuples à s’autodéterminer ! En tant que militant de la première heure du droit des peuples à s’autodéterminer et président des jeunes de l’Alliance Libre Européenne Jeune (ALE-J qui regroupe plus d’une trentaine de partis politiques représentant des minorités de régions et peuples sans Etat dont le PNC-Ghjuventù en Corse), je mesure le poids de mes propos.

Cette mascarade démocratique ne sera pas due au fait que l’Organisation des Nations Unies (ONU) aura échoué à condamner le référendum et à le rendre illégal 24 heures avant sa tenue; elle ne sera pas due non plus au fait que la Russie, après son véto à la résolution de l’ONU, aura réussi son pari de ‘‘récupérer’’ ‘‘sa’’ Crimée en poussant les autorités régionales à organiser, à la hussarde, un référendum ; elle ne sera pas due non plus au fait que le nouveau gouvernement provisoire ukrainien, qui comprend des ministres néo-nazis (au sens propre du terme !), n’aura pas eu le pouvoir ni la force d’empêcher un référendum qu’il n’avait pas autorisé.

Non, cette mascarade vient du fait que la Crimée n’aura été, au fond, qu’une pièce dans un jeu d’échecs, aux relents de guerre froide, joué à merveille par le Président Russe Vladimir Poutine devant l’impuissance criante d’une Europe aux abonnés absents dès qu’il s’agit de mener une politique extérieure commune auquel il faut ajouter la timidité du Président américain Barack Obama, qui ne pouvait de toute façon pas se permettre de partir en guerre, a fortiori dans le jardin des Russes, le tout sans aucun intérêt des principaux intéressés : les Tatars, la minorité historique de la Crimée qui eux ont boycotté le référendum,.

La façon dont s’est organisé ce référendum n’est en rien démocratique, à l’instar de ce qui peut se faire en Ecosse où un parti politique, le Scottish National Party, défend le droit du peuple écossais à s’autodéterminer depuis 80 ans et a gagné les élections par deux fois (2007 et 2011). Cependant, les Tatars ont droit à un vrai débat et un vrai vote démocratique.

‘‘Personne n’ira mourir pour la Crimée’’

Pour comprendre la situation actuelle, il faut d’abord se souvenir que la Crimée a été ‘‘offerte’’ à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev en 1954, alors qu’il venait tout juste d’arriver à la tête de l’URSS, afin de fêter les 300 ans du Traité de ‘‘Pereïaslav’’ qui scella l’union entre l’Ukraine et la Russie.

Ensuite, il ne faudrait pas oublier qu’à la chute de l’URSS, et donc avec la fin du pacte de Varsovie (pacte militaire liant entre eux les pays du bloc de l’est pendant la guerre froide), les Occidentaux, autrement dit les Etats-Unis et les Européens, avaient fait la promesse aux Russes que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le pendant occidental du pacte de Varsovie, ne s’élargirait pas à l’est. Or, les Occidentaux ont poussé les feux de l’OTAN le plus à l’est possible, violant l’accord avec la nouvelle et fragile Russie, le tout avec l’accord et le soutien de Boris Eltsine, premier Président russe et fossoyeur de l’URSS.

Enfin, Vladimir Poutine est affaibli en Russie, car les magouilles électorales et constitutionnelles pour rester au pouvoir commencent à se voir, les richesses sont accaparées par une infime minorité d’oligarques, proches du pouvoir, qui se partagent la rente du gaz et du pétrole et la population commence à sentir la crise économique s’amplifier.

Ce n’est donc pas un hasard si les Russes, menés par leur Président, ancien membre du KGB le service de renseignement de feue l’URSS, se sentent, à tord ou à raison, ‘‘encerclés’’ par les Occidentaux et ont réagi en Crimée en 2014 comme ils avaient pu le faire militairement en Géorgie en août 2008 quand, Mikheil Saakachvili, le Président  de la petite république du Caucase voulait entrer dans l’OTAN et l’Union Européenne.

C’est bien connu, la politique étrangère, fondée sur les rêves, les mythes et l’imaginaire des peuples, a toujours été, pour les présidents (russe, français ou américain) un moyen pour resserrer un pays derrière soi, renforcer son image d’homme d’Etat et sortir de l’étau de la politique interne.

C’est pour cela que personne, sous entendu les Occidentaux, n’ira mourir pour la Crimée, le jardin des Russes où se trouve d’ailleurs leur base militaire maritime en Mer Noire. Mais le pire n’est pas là, le pire c’est que sous prétexte de défendre l’auto-détermination de la Crimée, Poutine soutient un processus qui est tout sauf démocratique alors que de nombreux peuples, y compris les Tatars de Crimée, se battent pour ce droit trop souvent bafoué.

Roccu GAROBY

Président de l’Alliance Libre Européenne-jeune

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